Alexandre le bienheureux (1968) 7/10

Le cinéma considéré comme un art naïf.

Yves Robert a une filmographie intéressante. Elle est marquée par un style bien personnel, fait de douceur, de traditions et d’empathie. On pourrait dire que le climat agréable qui y règne est reconnaissable par tous. Peut être faut-il y voir la Douceur angevine ( Joachim Du Bellay : « Et plus que l’air marin la douceur angevine ») ? C’est un natif de Saumur.

Ce film de 1968 est étonnement désuet, même pour un film de cette époque. Mais sa force tranquille a assez bien franchi les ans.

Ce qui ne m’empêche pas de trouver le scénario paresseux. On peut partir 5 minutes et revenir, on aura pas perdu grand-chose. J’en ai fait l’expérience.

Alexandre le paysan (Philippe Noiret) est un véritable esclave de son arriviste de femme (Françoise Brion). Il doit travailler tout le temps et son épouse le surveille et le sermonne. L’argument est développé en long et en large et pratiquement sur tous les tons. On finit par se lasser de ces gammes caricaturales et on fini par bailler.

Il va s’émanciper le jour où la malheureuse, qui aime tant la vitesse, va être écrasée lors d’un accident de voiture.

A partir de là, il part pour un long repos, l’histoire de récupérer. Il reste toujours au lit et finit par ne plus vouloir en sortir. Il a confectionné tout un attirail de fainéant. Des victuailles à portée de main, grâce à un réseau de poulies et de ficelles. Une poubelle « naturelle » dans la cour. Il n’a qu’à jeter ce qui l’encombre à travers la fenêtre. Cela doit plaire aux enfants, ce schéma là.

Son petit Milou intelligent lui fait les courses, grâce à un panier dans sa gueule. Petite incise, ce chien est tellement bien dressé qu’il sait pratiquement tout faire. Il en devient un acteur à part entière.

Noiret pourrait en rester là, mais il y a deux menaces.

– D’abord les villageois travailleurs qui sentent que leurs fondamentaux sont mis en cause. Pourtant certains vont même se ranger de son côté et se laisser gagner par la paresse. Il ne faudrait pas que cette gangrène je-m’en-foutiste gagne tout le village.

  • Malgré les opinions très à gauche d’Yves Robert, je n’en fais pas pour autant un manifeste politique pour une société des loisirs, du genre « 45 heures à 0 heure en passant par la case 35 heures ».

Marlène Jobert qui est a priori une autre paresseuse, est en embuscade. Elle convoite ce dormeur au long cours. Elle est charmante, à l’ancienne, et parvient à ses fins, en feignant la faignasse.

Mais sous chaque paresseux, il y a un actif qui sommeille. Et donc une fois le mariage annoncé, devenue possédante, elle s’avère autoritaire et hyperactive comme la première. Ricercare, thème de l’éternel recommencement. Je n’oserais pas évoquer l’éternel féminin, mais quand même.

Alexandre s’enfuit de l’église, comme un bienheureux qui retrouve enfin sa liberté.

Il y a un côté nostalgique et décalé à la Tati, mais malheureusement sans son génie poétique.

On peut y voir aussi une révolte a minima du type « zéro de conduite » (Vigo 1933). D’ailleurs sa Guerre des boutons a remporté le Prix Jean-Vigo

Je n’aime pas trop la critique faite uniquement de comparaisons soporifiques. C’est le lot des critiques flemmards.

Quoique ici pour ce film gentillet voire gnangnan, cela peut aider au sauvetage.

A voir surtout pour Noiret, aussi bon et polymorphe qu’à l’habitude. A lui seul il fait passer la note à 7/10.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_le_Bienheureux

Philippe Noiret
Françoise Brion
Marlène Jobert
Paul Le Person
Tsilla Chelton


Ni vu, ni connu

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