Au nom de tous les miens. Avis film Robert Enrico. 6/10

Pas fastoche cette critique !

Globalement, les films qui traitent crûment de ce sujet si hautement sinistre qu’est la Shoah, nous obligent à nous taire et à nous incliner respectueusement.

Et bien entendu le fond et les réalités que ces faits très documentés recouvrent maintenant, ne « doivent » pas être discutées. C’est comme critiquer un mort lors d’un enterrement. Désormais comme dit Brassens « ce sont tous des braves types » (*) – Argument d’autorité.

Reste à évaluer la forme et les spécificités de ce récit très personnel.

Max Gallo, l’historien, a aidé Martin Gray pour la rédaction de son livre autobiographique (1971). Wikipédia nous dit que la véracité de certains épisodes a été mise en doute.

Le film est sorti en 1983.

Le point de départ c’est l’horrible ghetto de Varsovie. On a tous en tête ces images de gamins qui sont battus par les nazis pour avoir transporté des patates à ces morts en sursis. C’est incontestable et le film s’en sert comme caution. Cela démontre-t-il pour autant que tout s’est enchaîné exactement pour la famille Gray comme le fils Martin le soutient ?

Lui aurait eu 14 ans pour aider son prochain par le marché noir et les allers retours au-delà des limites permises. Il forme un réseau avec des délinquants polonais non juifs.

Et déjà le fait que les paquets de vivres transportés par le petit tramway auraient fait plus d’une tonne cinq par jour fait tiquer. C’est simplifié comme cela dans le film, mais c’est plus compliqué dans le bouquin.

Il revendique d’avoir gagné beaucoup d’argent de cette manière et que cela aurait été pour la bonne cause. Le film met en scène de petites actions de charité, comme pour ces gâteaux de la pâtisserie Gogolewski à une enfant des rues. Son père, qui se prévaut d’une bonne conscience, renâcle mais finit par être de la partie.

Les choses se gâtent et la mère et les frères de Martin se planquent dans un rangement dissimulé derrière des étagères façon Anne Franck.

Martin est pris sur le fait plusieurs fois et il s’en serait sorti en s’évadant ou en arrosant les bourreaux. Dans ses premiers camps il aurait été protégé par les autres droits communs dont on connaît la réputation sulfureuse. Plus tard à Treblinka, il saura que sa mère et ses deux petits frères sont exterminés. Lui-même parvient à nouveau à s’échapper à son triste sort. Son père aurait lui réussi à fuir avant d’arriver dans le camp. Là encore les images burinés dans notre mental collectif des corps empilés nus fait son effet.

Vers la fin de la guerre il rejoint l’Armée rouge. Il ascensionne vers quelques hauteurs dans ce milieu, grâce à la délation d’anciens collabos. C’est maintenant un officier du NKVD. Il traite des gamins enrôlés dans le Werwolf hitlérien. Il n’a que 19 ans quand il rentre à Berlin avec les soviétiques. Il fait du trafic de fourrures. Le film le dédouane en expliquant qu’il s’agit ainsi d’amadouer par des cadeaux sa hiérarchie.

Il finit par rejoindre les USA, où il se livre à nouveau à quelques trafics. Plus tard il fait fortune avec le commerce de fausses antiquités et de nombreux autres mensonges.

Martin Gray se réfugie en France avec sa nouvelle épouse incarnée par Brigitte Fossey.

Le récit combine « astucieusement » ce qui « tombe mal » et ce qui « tombe bien », au point d’en faire un récit linéaire et d’inspiration hollywoodienne. Plusieurs historiens renommés se sont offusqués d’évidentes contre-vérités. A la base nos « biographes » auraient pompé le bouquin de Jean-François Steiner, Treblinka, y compris avec ces erreurs.

A noter que ce mélange d’imaginaire et de réalités inscrites désormais dans notre mémoire visuelle, n’aide pas. Ce n’est pas du niveau du film Le Pianiste – 2002 – ni même de la La Liste de Schindler (Schindler’s List)  » 1993.

Reste sans doute un très jeune homme réellement éprouvé et meurtri, doublé sans doute d’un habile petit escroc.

Le patibulaire Michael York ne m’a jamais vraiment convaincu. Jacques Penot qui joue lui Martin jeune, est très présent.

Cette théâtralité de Martin plus vieux n’est pas la bienvenue. Il souhaite se suicider après la mort des siens en France et on le suppose tous les malheurs qui lui sont tombés dessus depuis son adolescence. Mais il se rappelle une maxime forte de son père « …les enfants sont notre avenir, comme toi tu es le mien », qui le pousse à recommencer une nouvelle fois sa vie en couple, comme l’indique le générique final.

Le réalisateur français Robert Enrico n’a pas vraiment réussi son coup. Il en a même rajouté une couche en romançant les histoires de cœur de notre héros séduisant, joué par Jacques Penot.

(*) Il est toujours joli, le temps passé
Une fois qu’ils ont cassé leur pipe
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
Les morts sont tous des braves types

https://www.paroles.net/georges-brassens/paroles-le-temps-passe

https://fr.wikipedia.org/wiki/Au_nom_de_tous_les_miens_(film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Au_nom_de_tous_les_miens

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pianiste

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Liste_de_Schindler

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Enrico

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Penot_(acteur)

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