Au Nom du père (1993) Daniel Day-Lewis, affaire Dreyfus, Ulster, IRA 8/10

Terrorisme, Irlande du nord, IRA, violences policières, tout cela fait très peur quand c’est mélangé dans un film. On sent de suite le risque de l’approche militante, avec son cortège de partis pris, de victimisation, de bravoure et de bons sentiments.

Ici, bien que les problématiques soient issues des mêmes terres, il s’agit de bien autre chose.

Voir ici :

C’est avant tout le récit d’une famille prise dans la tourmente du conflit en Ulster, à son corps défendant.

Il y a bien la critique violente de la police britannique, mais ce n’est pas instrumentalisé au profit d’une cause politique.

Il s’agit plutôt de la dénonciation d’une énorme bavure d’état.

Ce cas d’école s’apparente à notre affaire Dreyfus. A ceci près que c’est un jury populaire qui a tranché et que les juges ont sans doute été trompés. Mais la thématique du bouc émissaire est le même.

Il y avait des attentats terribles à Londres dans ces années là, il fallait donc des coupables. Et pour nos Anglais tourmentés, tous les catholiques d’Irlande du nord avaient forcément quelque chose à se reprocher. Qu’importe qu’ils fussent des victimes collatérales.

On a donc bâclé cette célèbre affaire et on s’est muré dans une sorte de raison d’état.

Le fils qui est au centre de l’intrigue est admirablement interprété par Daniel Day-Lewis. C’est un jeune de Belfast qui fait n’importe quoi. Sans emploi, assez simple et mal dégrossi, il vole du métal sur les toits pour le refourguer. Sa famille très pratiquante et qui a un grand sens moral, finit par prendre conscience que ce Gerry est en train d’emprunter un mauvais chemin. Il n’est pas trop tard, ils l’envoient à Londres où il y a plus d’opportunités de travail.

Mais dans ce milieu des années 70, l’esprit est ailleurs. Il va fréquenter des hippies et se laisser vivre davantage. Sexe, drogue et vols à nouveau.

Par un coup de malchance, il va se retrouver avec un pote à Guildford, là où va être commis un terrible attentat à la bombe. Son alibi est précaire, ils ont dormi dans un parc à côté d’un clodo. Il a une grosse somme sur lui, car il a dévalisé l’appartement d’une prostituée. Comme il est catho et qu’il vient juste de débarquer d’Ulster, la police va faire le rapprochement.

La police veut absolument des aveux et elle utilisera pour cela des méthodes inqualifiables. Torture physique et morale. Le principal responsable de ces méthodes est joué par Corin Redgrave.

Comme on menace d’exécuter son père, Gerry signera n’importe quoi. Son camarade endosse également des faux aveux, car on lui met un pistolet dans la bouche. Par contre il prendra la précaution de désigner des complices totalement improbables.

Les autorités n’en restent pas là. Deux autres personnes qui résident à Londres seront inculpées elles aussi. En tout, ce sont les fameux Quatre de Guildford.

Mais sa famille de Belfast est sérieusement mise en cause aussi. Ce qui fait sept autres personnes dont des enfants et son père ! On aurait retrouvé des traces de poudre sur eux.

Les réquisitoires seront terribles. On déjouera les accusations de violence policière en en faisant des manœuvres de la défense. Ce qui augmentera l’idée d’un complot très organisé contre le peuple britannique. La justice prononcera de lourdes peines dont de la prison à vie.

 Gerry  purgera 15 ans dans les geôles avant d’avoir enfin un nouveau procès plus équitable. Ce ne sera pas facile, car on mettra plein de bâtons dans les roues de la défense (Emma Thompson). On constate qu’il y a eu dissimulation de preuves qui auraient pu innocenter nos gaillards.

Son père, cet homme strict qui persiste à croire aux valeurs classiques (Pete Postlethwaite), est mort en prison, avant la réhabilitation.

Un grand mouvement citoyen permettra de grandes démonstrations. Enfin tout ce monde bénéficiera d’un non-lieu. Mais les responsables de la police qui ont volontairement trafiqué le dossier ne seront pas inquiétés. Et le vrai coupable de l’Ira qui s’est clairement dénoncé n’aura pas un procès pour cela. On est donc dans un entre deux inconfortable. Avec une justice qui donne raison du bout des lèvres.

Il y a une histoire B involontaire. Le père rigoriste et le fils peu sérieux seront pendant des années dans la même cellule. Ce qui n’est pas sans générer des conflits. On sent de l’affection réciproque mais aussi de l’incompréhension. Le fils tend à reprocher à son père, sa rigidité et sa soumission générale. Il lui jette aussi à la figure qu’il aurait manqué d’estime à son égard alors qu’il était gosse et qu’il cherchait tant à lui plaire. C’est par contre coup qu’il en serait devenu menteur et voleur. C’est de la psychanalyse habituelle et cela vaut ce que ça vaut. Par contre cela permet à Daniel Day-Lewis d’être remarquable là aussi. Au total, au fur et à mesure que Gerry avance en âge, l’acteur donnera de multiples nuances d’interprétation. Voilà un gars qui sait choisir ses rôles et ne se disperse pas.

C’est vraiment étonnant qu’il n’ait pas eu l’Oscar pour lequel pourtant il avait été nominé.

Le réalisateur Jim Sheridan est Irlandais de Dublin ! Les ambiances sont très bien rendues. On retrouve ce climat d’insécurité nord-irlandais, mais sans pathos. Les années hippies, avec leur naïveté et leur opportunisme, sont vraiment restituées fidèlement. Les procès sont bien filmés également.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Day-Lewis

https://fr.wikipedia.org/wiki/Au_nom_du_p%C3%A8re_(film,_1993)

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