Avis. À la rencontre de Néandertal – culture – Résumé (2019) 7/10

+ une compilation de documentaires et d’articles sur les Néandertaliens, avec de nombreuses interventions personnelles.

On sait maintenant énormément de choses sur les Néandertaliens. Mais par contre, on peine encore à en tirer des conclusions indiscutables. En particulier, on n’arrive pas à se mettre dans la tête de ces cousins (très) éloignés. Mais le peut-on vraiment ? Et le doit-on ?

Les preuves permettant de les catégoriser, peuvent être directes, comme avec les nombreux ossements, les artefacts, les traces diverses, l’écologie et le climat du système d’alors que l’on peut mesurer avec précision… On bénéficie d’une aide précieuse avec le séquençage complet du génome, la paléogénomique (système immunitaire, microbiologie, relation hôte-pathogène, etc.) la thermoluminescence et autres instruments de datation, les techniques de reconstitution 3D, l’analyse du tartre, l’étude du système de santé (survie post trauma nécessitant une collaboration) …

Mais l’approche peut être aussi comparative et indirecte. Cette aptitude et son présupposé organique, que d’autres ont, sont-ils là chez lui ou non ?

Dans ce cas il s’agit de voir dans quelles cases connues peuvent rentrer ces bonshommes. Sont-ils proches de nous, proches d’autres mammifères etc. ? Et alors, sa façon d’assurer la diversité génétique, son organisation sociale, et tous ses autres comportements sont-ils tribaux, et de quel type ?

En réunissant toutes les options possibles selon les fonctions étudiées, on devrait pouvoir avoir une analyse statistique logique et imparable. Mais pour cela il faudra unir la plupart des sciences à notre disposition. La grande théorie uniciste devrait pouvoir bientôt arriver.

A noter cependant que notre regard d’aujourd’hui n’est pas exempt de connotations diverses qui ont fini par gêner la lecture.

Certains voudront voir chez ce gaillard, un écologiste de la décroissance avant la lettre (ou plutôt de la non-croissance) – D’autres verseront des larmes pour ce supposé frère à qui on n’aurait pas laissé sa chance. Le fait que l’Homo Sapiens paraisse s’être substitué au Néandertal, semble le désigner comme coupable aux yeux d’étroits déterministes, alors qu’il peut s’agir de simples facteurs concomitants. Ces groupes génétiquement différents étaient distants les uns des autres, la nourriture semble avoir été abondante, on ne voit pas comment l’un aurait décidé de génocider l’autre ?

Dans cette affaire, on manie aussi les totems de la biodiversité, de l’écologie, de la défense des minorités, du féminisme, de l’idéologie politique…

On y verra un présumé âge d’or avec des communautés paisibles – car sans sens de la propriété – qui auraient vécu en équilibre avec la nature, en profitant de l’abondance du jardin d’Éden. C’est à dire un regard embué par toutes les illusions rousseauistes ou à la Proudhon, de nos citadins de maintenant.

Les micro-sociétés de carence et de rationnement étaient tout bonnement forcées de mettre tout en commun, sinon elles disparaissaient. Ce n’est pas un principe hautement altruiste qui les guident. Arrêtons avec ces âneries !

Autant de présupposés idéalisés et subjectifs qui sont perturbateurs. Et je ne parle pas ici des répugnances à constater les vraies différences qui existent dans divers groupes de populations sapiens de maintenant ! Un sujet définitivement tabou et qui étend sa langue de bois à la comparaison Sapiens Néandertal.

Heureusement que les homos intermédiaires et inaboutis ont disparu ! Sinon nous ne serions pas là ! Au diable la biodiversité !

A l’heure actuelle on peut se permettre le luxe de tout préserver ce que l’on peut (hors les nuisibles, j’espère). Car la sélection des bons gènes ne se produira plus par la compétition mais par le travail direct sur le génome. Avant c’était une autre histoire. Ne commettons pas de stupides anachronismes.

Quelques grandes questions :

  • Pourquoi cette espèce a pu résister pendant des centaines de milliers d’années, avec si peu d’individus ?
  • Pourquoi n’ont-ils jamais dépassé de petites dizaines de milliers d’individus dans tout le monde ? 500.000 renards et autant de sangliers seraient tués chaque année rien qu’en France, ce qui donne une certaine idée de l’importance d’une faune sauvage, pourtant quasi invisible !
  • Pourquoi ont-ils si peu évolué en tant que genre et techniquement. Leurs outils sont restés très longtemps sommaires. La technique sophistiquée Levallois pourrait juste avoir été copiée.
  • Comment ont-ils fait pour assurer le renouvellement indispensable des gènes, alors qu’ils vivaient en très petits groupes distants les uns des autres. Sont-ils comme les loups avec des mâles qui vont voir au dehors et tentent de prendre la tête d’autres groupes ? On appelle cela la dispersion et elle peut se combiner avec la recherche d’autres sources alimentaires. Il y a-t-il eu enlèvements de femmes d’autres tribus ? Pour tenter de trouver une solution pour échapper à la fatalité de la consanguinité, on évoque maintenant de paisibles rencontres périodiques avec d’autres clans avec échanges de femmes. Speed dating annuel ? Peut-on vraiment y croire, pour cette espèce qui projette si peu ?
  • Quand ce sont produits les brassages Sapiens/Néandertal ? Pourquoi la proportion génomique est-elle plus importante dans l’est de l’Asie (on passe de 2 % à 4 %?) ? Et dans cette affaire on parle peu des Dénisoviens, nos autres cousins asiatiques, dont certains homosapiens auraient 5 % du génome (aborigènes australiens, Tibétains…) ! Les Dénisoviens et Néandertaliens ont même parfois cohabité.
  • Quelle était la véritable structure tribale des Néandertaliens ? Hiérarchie ? Le développement long des enfants nécessite une certaine cohésion du groupe, mais cela se trouve chez de nombreux mammifères sans qu’il soit besoin de parler de société évoluée. Le sexe était-il cyclique  (rut) ? D’après l’étude de traces de pas, on a pu déduire qu’il y avait de nombreux jeunes dans le petit groupe. La fertilité était donc bien présente. Par contre la mortalité devait être importante puisqu’au total les Néandertaliens sont restés peu nombreux. On est loin du bon sauvage idéalisé. Il y avait il des accès prioritaires pour des alpha à la nourriture et à la sexualité ? Au fond étaient-ils vraiment des « animaux » sociaux ? Certains ont vu en eux un quasi autisme, avec des aires cérébrales sociales peu développées.
  • Quid des grandes différences de cerveau ? L’homo sapiens a un cervelet et une aire temporale plus développés. Ce qui combiné avec les autres aires, favoriserait des fonctions intellectuelles supérieures, comme le langage, la mémoire, l’attention ou l’imagerie mentale.
  • Quel habitat ? Uniquement des occupations d’abris naturels ? N’ont-ils jamais été capables de construire ? Pourtant ils n’étaient pas si migrateurs que cela. Un habitat stable aurait pu aider, s’ils avaient été capables de le concevoir et de le réaliser. De nombreuses conclusions découlent de la répartition spatiale et fonctionnelle de lieux occupés.
  • Pourquoi sont-ils restés pratiquement toujours strictement utilitaires. Il ne suffit pas d’un contre-exemple – souvent contestable – pour en faire la règle. Leur art est pour le moins mineur, voire inexistant. Et comme il est tardif, il pourrait n’être qu’une imitation des sapiens. Les enterrements, rituels ou non, sont très contestés. Creuser une sorte de tombe sur les lieux mêmes où ils résident est assez curieux et ne signifie pas forcément une symbolique.
  • L’histoire des pigments (jaune et rouge), ne me convainc pas trop. Les flamants roses se maquillent pour séduire leur partenaire. De nombreux animaux se camouflent. Ce ne sont pas des manifestations artistiques.
  • Ils ont certes utilisé le feu ici ou là, mais très peu. Ce qui est étonnant vu qu’ils étaient souvent dans des climats froids. La cuisson des aliments n’étaient pas vraiment leur truc. Et on doute même qu’ils aient vraiment su le démarrer et l’entretenir.
  • Le cannibalisme était par contre plus fréquent. Mais il l’a été aussi chez les sapiens (Iroquois…), cela ne les déprécie donc pas spécialement. Sauf à dire qu’ils étaient en manque. On note d’ailleurs souvent des traces de carence.
  • Ils vivent de la prédation, et en dehors de simples techniques de chasse, cela ne demande pas des efforts évolutifs particuliers. A quoi bon se casser la tête ? Tant que le milieu le permet…
  • Leur chasse consistait plutôt à attaquer un groupe d’animaux, à le mener vers un piège (poche, précipice…), à tuer sans discernement, puis à être sélectifs sur le choix des carcasses. Ils chassaient aussi certains animaux qui ont des abris.
  • On connaît leur appétit pour les coquillages mais on disserte peu sur leurs éventuelles techniques de pêche. On connaît des dépôts d’arêtes chez l’homo sapiens. On ne les retrouve pas vraiment chez le Néandertaliens. Trop compliqué d’attraper un poisson ? Les homo-sapiens étaient eux des pêcheurs doués.
  • A quoi correspond cette consommation constante de la moelle extraite de grands animaux. N’auraient-ils été qu’en fin de chaîne alimentaire, après que tout le monde se soit servi (hypothèse perso) ?
  • Mais il faut aussi être en mesure de transmettre sa précieuse culture, quand elle existe. Cela nécessite au moins un langage élaboré et donc une incroyable convergence de circuits et supports organiques. Cela nous semble courant et survient chez tous les sapiens de la terre, mais ce n’est pas si fréquent que cela en dehors de lui. Le Néandertal reste muet sur ce sujet. Certes il parle sans doute un peu et de manière répétitive. Sans doute mieux que d’autres mammifères. Mais ce n’est pas suffisant pour permettre un enseignement productif avec ses effets multiplicateurs.
  • Pourquoi au final ont-ils disparu ? L’hypothèse de transmission de maladies (dont les virales) des grands voyageurs immunisés, les Sapiens, à ces populations qui avaient peu de brassage et donc qui n’avaient pas fabriqué de résistance, est très intéressante et fort plausible. On retient également l’appauvrissement génétique, mais pas seulement. Il y a d’innombrables autres hypothèses plus ou moins sérieuses. De violents changements du milieu et des ressources sont inévitables, seules les espèces qui se modifient et s’adaptent peuvent persister. Pour ce faire il y a deux méthodes, soit une meilleure coopération entre individus avec pour y parvenir un plus grand contrôle social, soit des améliorations génétiques. Encore est-il nécessaire de savoir moduler les avantages des antagonismes suivants : coopération/compétition et normalisation/diversité. Ils étaient certainement incontrôlables par eux-mêmes ou par l’homo-sapiens. Collaboration impossible. Emprise impossible. Et sans doute étaient-ils incapables de s’organiser sur un mode élaboré et spécialisé. Ce qui aurait été la seule voie d’évolution possible. La plus grande différence cérébrale constatée est celle du cervelet. Elle nous permettrait d’être meilleur dans le cognitif et le social. On parle aussi d’inégalité du lobe temporal, qui a un rôle dans la mémoire et le langage.
  • Selon le modèle d’Harari dans Sapiens, notre avantage par rapport aux Néandertaliens, c’est que nous pouvons nous collaborer à grande échelle. Grâce à la transmission d’une abstraction commune, notre espèce peut faire se déplacer des milliards de personnes. Alors que notre cousin ne peut coordonner que quelques dizaines d’individus. Ce « récit fictif » pourra être l’idée d’un paradis après la mort, le grand soir du communisme, un idéal républicain, la participation au destin d’une entreprise comme Google, Peugeot etc.
  • Une autre approche tend à démontrer que la survie de l’espèce dépend de ses capacités migratoires indépendamment de toutes compétitions darwiniennes. Et donc de la capacité de faire se déplacer des groupes importants. Des petits groupes qui se déplacent indépendamment finissent par s’éteindre. Ils doivent être remplacés par d’autres migrateurs. Et là encore nos gaillards n’étaient pas des as.
  • D’autre part une grande population prend le dessus sur une plus petite selon le modèle Lotka−Volterra. Mais une plus petite population en avance culturellement peut y arriver aussi.
  • Tout ceci nécessite des efforts d’adaptation. Or ce n’est pas le point fort du Néandertal.
  • Cela dit l’extinction d’espèce est la règle, plus de 99% des espèces répertoriées ont disparu… et encore il ne s’agit que de celles qui ont laissé des traces. On pourrait donc parler de fatalité. On ne doit pas se sentir coupable. Pas de repentance !

Il est grand temps que l’on sorte de notre anthropomorphisme naïf. Pourquoi vouloir à tout prix voir en eux des humains ? On doit en finir avec ce mauvais paradigme qui voudrait soit en faire des cousins avisés, soit des lourdauds débiles.

Le fait qu’ils aient pu se croiser avec nous à plusieurs reprises n’en fait pas des individus d’une même « race ». Il faut abandonner ce principe uniciste étriqué. Le cheval peut se croiser avec l’âne, le bouvier bernois avec le teckel, une lionne avec un tigre, un coyote avec un loup… Et alors ? Cela prouve juste une sorte d’indépendance de la machinerie de la reproduction dans l’évolution. On peut faire « marcher » cela en dehors d’autres considérations. De la même manière qu’en découpant un poulet on peut retrouver une organisation des organes proches de la notre. Le cœur, les poumons etc ont la même fonction. Cela fait pas du gallinacé un frère !

Il serait temps qu’on envisage de les regarder autrement. Et si en fait c’étaient de remarquables félins bipèdes. Des sprinters puissants et agiles, avec un instinct bien adapté à une chasse directe, sans calculs. Des mammifères doués pour l’escalade et les coins d’accès difficile. De bons fouineurs très concentrés sur leur proie, avec des sens développés. Ils n’auraient pas besoin dans leur niche d’un système cognitif élaboré. Pourquoi se torturer à tenter de leur en fabriquer un rétrospectivement ?

https://books.openedition.org/editionsmsh/14527?lang=fr

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6309227/

https://www.nature.com/articles/s41598-018-24331-0/

https://www.journals.uchicago.edu/doi/pdfplus/10.1086/692095

https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2018/08/medsci180221s/medsci180221s.html

https://www.nature.com/articles/s41598-017-06587-0/

https://www.pnas.org/content/pnas/116/36/17707.full.pdf

https://www.nature.com/articles/s41467-017-01043-z

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0186970

https://www.pnas.org/content/113/8/2134

http://dro.dur.ac.uk/17856/1/17856.pdf

https://www.inrap.fr/la-rencontre-de-neandertal-14564

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