Avis. Baïes, cité des plaisirs de Néron. Critiques veules. Racolage documentaire 6/10

Pourquoi nos concepteurs de documentaires se sentent obligés d’en faire autant dans le tapageur ? On se croirait dans un tabloïd par moment. Je sais, à l’heure de instantanéité il faut savoir agripper le nouveau chaland, qui n’est pas réputé pour avoir des trésors de concentration.

  • C’est l’ère du zapping et des like Instagram. J’ai quand même du mal à m’y faire. D’ailleurs je n’en suis pas.

La cité balnéaire de Baïes vaut bien plus que sa présentation « teasing » consumériste :

  • « Refuge de Néron dans le golfe de Naples et lieu de débauche, Baïes incarna toute la démesure romaine. Avec des archéologues et des historiens, une exploration des secrets millénaires de la cité engloutie. »

Il y a bien sûr des fresques coquines et d’indiscutables lieux de plaisirs. Mais on en trouve aussi à Pompéi. Pas de quoi s’exciter autant.

Ce sont avant tout de somptueuses villas, et la métaphore de Saint-Tropez est plus pertinente. Ces lieux sont recherchés et on devine une forte spéculation immobilière. Comme les empereurs ont leur pied à terre, il faut un gros ticket d’entrée pour le côtoyer. Ce n’est pas pire à Beverly Hill. Et ce n’est pas un endroit si méphitique que cela.

De grands propriétaires ont bati un amphithéâtre de mille places, mais aussi une autre grande scène pour le théâtre et la poésie. Je ne vois pas le côté orgiaque de la chose.

Ce ne serait pas une ville recommandable car il n’y a pas d’édifices publiques et/ou administratifs. La belle affaire !

Mais le réalisateur Stuart Elliott veut à tout prix y voir le diable, là où il y avait sans doute juste des oligarques.

Il est aidé dans sa thèse par la présence de Néron, qui a bénéficié d’une première somptueuse demeure en héritage. La deuxième, héritée également, l’aurait été par des moyens expéditifs.

  • Le fils est supposé avoir fait tuer sa mère. Laquelle avait supprimé son mari pour permettre l’avènement de son rejeton. Cela se faisait souvent ainsi dans les successions de ce niveau. D’ailleurs les Français savent que ces méthodes ont existé aussi dans leur propre histoire.

Le « dictateur » Néron n’a donc pas simplement pris ce qu’il désirait. Il y a mis plus ou moins les formes.

Pour les orgies extrêmes on repassera. En dehors des textes à charge de l’époque, il n’y a pas tant de preuves sur les lieux. Les Romains n’avaient pas le même rapport à la chose que nous. C’est un fait.

Si l’on veut être honnête, pour Baïes, il faudrait plutôt parler de luxe insolent. Pour la « décadence » on repassera. La présumée coupable « cité des plaisirs » aurait pu être tout simplement un innocent lieu de villégiature avec parfois du bonheur sans contrainte.

Ne sont pas décadents ceux qui créent autant et qui placent l’art bien en avant. On y trouve par exemple la première coupole géante en ciment du monde. Cette pure « invention » a largement précédé celle du Panthéon. Mais il y aussi un aqueduc et une citerne géante. On est dans un savant engineering, dont les retombées sur le confort de tous, à long terme, tiennent du sain ruissellement.

En ce qui concerne la fin de la cité, de grâce, ne suggérez pas une punition divine, dans un anachronisme puritain. Si elle fut submergée, cela a pris beaucoup de temps. Je n’imagine pas un châtiment sur plusieurs générations, cela ne serait pas juste.

Et à nouveau, les documentaires bénéficient d’une sorte d’immunité médiatique. Les critiques peu regardants, se gardent bien de prendre des risques en s’attaquant comme ils le devraient à ces remugles de « culture ». Du coup les réalisateurs en profitent pour y caser tout ce qu’ils veulent. C’est consternant !

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