Avis. Citizen KITANO – documentaire – Avis. Résumé (2020) 7/10

Juste après avoir visionné L’été de Kikujiro, j’ai profité d’un bon documentaire sur lui : Citizen KITANO – ARTE Distribution. Le titre est nul mais le contenu est bien instructif.

Il apparaît que Beat Takeshi est un nom de scène qui cache plusieurs personnalités. On y trouve un farceur loufoque qui pousse le bouchon le plus loin possible, quitte à choquer. Il a sévi dans les cabarets et a obtenu une incroyable notoriété à la télévision.

C’est aussi un tragédien/réalisateur qui a fini par être accepté comme tel. Il sait mettre en scène l’univers sombre des yakuzas, entre autres.

Figurez-vous qu’il a aussi joué dans Furyo, de Nagisa Oshima (1983) en opposition frontale avec David Bowie. Ce rôle n’a pas été pris au sérieux par ses compatriotes nippons.

Le grand Akira Kurosawa, l’a reconnu ouvertement, alors qu’ils étaient face à face, comme son égal avec son talent propre. On peut difficilement espérer mieux.

Takeshi un peu dépité dira, qu’au Japon on n’existe pas si on a pas été consacré par un grand label. Ce fut le cas avec ce Lion d’or à Venise (1997) qu’il a obtenu pour Hana-bi. Cela lui a permis de se consacrer à bien autre chose que sa carrière de comique.

Il ne se repose jamais, il a donc entrepris une carrière parallèle d’artiste touche à tout. Son œuvre est à présent reconnue dans le milieu de la peinture et des arts associés. Au sommet de cette gloire, il a réalisé une brillante exposition à la fondation Cartier.

Enfin pourrait-on dire, il est lui-même un être hybride. C’est d’abord un enfant qui a grandi dans les bas quartiers de Tokyo et qui a du se débrouiller souvent seul. Il est resté cet enfant, on le voit clairement dans son processus créatif et par son côté intransigeant et caractériel. Il le revendique d’ailleurs. Mais c’est aussi une grande personnalité, pas mal envahissante, et qui cherche par tous les moyens à s’imposer à tous. Mais il garde au fond de lui ce qu’il faut de bienveillance.

Il a démarré des études d’ingénieur jadis. Ce n’est pas ce qui transparaît dans ce que d’aucuns considèrent comme de la balourdise dans son cinéma. Il en a sous le capot. C’est fondamentalement un wanderer, c’est à dire un esprit éclairé qui se remet en question en permanence, et qui cherche toujours à aller plus loin, plus haut. On le sent très bien et c’est une grande partie de son charme.

Il n’y a qu’à mesurer ce qu’il dit de son œuvre graphique. Alors qu’il s’y est vraiment investi, il ne sait pas si c’est de l’Art. Et il rajoute, que si les connaisseurs considèrent que cela en est, il en sera très content. C’est donc une démarche post-post-moderne de grand intérêt. On peut la considérer comme une sorte de vrai happening avec des doutes permanents. Mais c’est aussi quelque chose de fort, qui s’impose à lui, et qui n’a pas besoin de la bénédiction de ses pairs ou du marché.

On est loin du conformisme d’un certain art moderne, qui est devenu le plus souvent une forme de savante manipulation du spectateur et donc des acheteurs. Ce ne sont que des succès artificiels dues à de dociles poulains élevés dans de grosses écuries. Leurs maîtres ont du mal à cacher leurs arrières pensées financières.

Une autre composante de notre personnage est très actuelle. Il s’agit d’une sorte de bulle de notoriété qui se nourrit du vide et qui se suffit à elle-même. Un mécanisme médiatique bien connu qu’on retrouve dans la surévaluation étonnante du monde on ne peut plus vide des Kardashian, de Paris Hilton, de notre petite Nabilla Vergara et j’en passe. Il s’agit d’une notoriété en soi, qui finit par être reconnu par les autres et qui ne repose sur rien de concret. Il n’y a pas de doute qu’une partie de Beat Takeshi participe de cela. Mais lui au moins peut faire cohabiter cela avec de la création.

A ce sujet on peut citer un précurseur illustre : Andy Warhol.

Kitano/Takeshi procède de cette absolue dérision, dont le processus a démarré au milieu du siècle dernier et qui trouve son apogée à notre époque. D’où ce relativisme foutraque, mais qui est poussé chez lui jusqu’au morbide, pas loin du grand cataclysme. Ici ce ne sont pas de causeries avec de simples sarcasmes convenus des bouffons, mais un rendez-vous avec des monstres grinçants qui préfigurent la mort.

D’ailleurs il est lucide sur son accident de moto qui l’a défiguré. C’était un suicide manqué. Avec Takeshi, on est pas là que pour rire.

Et pourtant qu’il est fier de repartir, aux yeux de tous, dans son immense Rolls blanche !

Il est donc un peu tout cela à la fois.

Mikoko Kitano : 72-year-old Takeno Kitano had divorced 20 billion

https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/03/31/le-documentaire-citizen-kitano-sur-arte-traque-l-insoluble-equation-takeshi_6075160_3246.html

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