Avis commentateurs sportifs TV L’Équipe – marathon Barcelone – Métaphores 2022 – 2/10

Quoi de plus paisible que de suivre à la télévision un marathon citadin ? Les beaux boulevards défilent, plus que ne semblent le faire nos héros à deux pattes, qui ont je ne sais quoi de statique avec leur 20 km/h si constant. La métaphore est inversée, c’est le « serpent de bitume » qui bouge.

On note de belles places. Et ceux qui connaissent la ville – ici Barcelone – peuvent se faire plaisir en redécouvrant les lieux. Il y une particularité dans le tourisme des grandes villes, c’est qu’on les « fait » à pieds… comme à présent nos valeureux sportifs. On se sent solidaire de ce fait.

On dirait un interlude. Simplement cela dure 2 heures. Il n’y a vraiment rien d’énervant au contraire, cela reste un spectacle zen, aussi régulier et sans surprise que ne l’est un voyage en train de nos jours.

On ne trouve même pas les coups bas liés à une certaine dramaturgie sportive, comme dans le vélo, qui donneraient des rebondissements. Il n’y a pas de gentil héros et pas de méchant challenger. Et ce ne sont que les initiés qui peuvent détecter un éventuel Poulidor, éternel second.

Les athlètes aguerris semblent calmes et déterminés. Ils filent avec une hypnotisante régularité. Et même les béotiens comme moi savent que ce sera un Éthiopien ou un Kényan qui va gagner.

A moins d’être soi même un marathonien, on est donc le non suspense absolu.

Il faut se pincer pour croire qu’on est dans une compétition, tant le destin semble avoir tout prévu.

Les commentateurs sportifs doivent tenir la distance eux aussi. Et leurs difficultés à passionner le public semblent insurmontables. Ils n’ont vraiment rien à dire et il faut pourtant qu’il parle en un flot continu aussi longtemps. Quel exploit !

La vacuité est la règle. Que peuvent-ils faire ?

Ils exploitent leurs fiches en se donnait des airs de connivence. A les entendre, il serait presque de la famille des sportifs. Ils voudraient donner l’impression de connaître leur palmarès sur le bout de doigts. Ils sont généralement en couple et se renvoient cette balle usée.

Mais cela ne fait pas long feu. Il faut se résigner à commenter la course. Ils égrainent donc leurs métaphores sportives. Des phrases hors sols qui peuvent s’adapter à tous les évènements. On y va du « mano à mano » et de ce qui seraient des « explications » entre les compétiteurs. En réalité à l’écran il ne se passe absolument rien.

Ils n’ont plus rien à dire après 2 heures. Ils montent le ton, active le flot de paroles (toujours vides) pour tenter de nous faire partager une fausse excitation finale. Pourtant, il n’y a qu’eux qui sont speed. Les Africains qui vont gagner sont de plus en plus sereins. Belle dignité ! Les seuls essoufflés sont les présentateurs.

On nous parle de record battu, sans bien entendu préciser de quel record il s’agit. Autant faire croire au spectateur qu’il a eu le privilège d’assister à un record du monde. Il n’en est rien, c’est le record à Barcelone, mais sur un trajet totalement différent des précédents. On a enlevé toutes les pentes. On ne peut donc pas comparer.

Ces médiocres speakers n’ont rien à dire, et leur « science » consiste à délayer.

Ces incultes ne voient même pas les immeubles Gaudi non répertoriés dans leurs notes. Ils n’ont aucune initiative. Ils se contentent de bâcler leur pensum.

Il ne détecte pas non plus ce gamin qui dans le dernier kilomètre se fait la joie de sa vie. Il courre 100 mètre sur le trottoir en parallèle au même train que nos gagneurs. Et ça ce sera « gravé » à jamais sur la vidéo.

Il est de bon ton de prétendre que le « sport de télévision » intéresse aussi les intellectuels. On pourrait citer des noms. Mais je doute que cela soit cette daube là dont on parle.

A oui au fait c’est la victoire de Yihuniligne Adane… qui s’en soucie ?

Métaphores sportives et codes de communication.

Sur ce marathon, Antoine RIPOCHE de Ouest-France, qui pourtant n’est pas en direct, y va de son blabla :

Ils commencent en tentant lui aussi de capter l’attention avec les « records ». Mais sans préciser que le parcours a été adouci.

« tirer leur épingle du jeu »… qui était sans doute dans une botte de foin

« ont signé le plus beau succès de leur carrière » : je n’ai pas vu le stylo.

« l’emballement s’est longtemps fait attendre » : litote que nous pouvons traduire par « quel ennui »

« mis sous pression »… où était donc la cocotte minute ?

« une attaque tranchante »… où ont-ils planqué le couteau, l’arme du crime.

« signant un excellent chrono ». C’est une métaphore croisée. La métaphore du stylo est de retour et se prend « les pieds » dans celle du chronomètre.

***

« Dans le discours journalistique sportif, les commentateurs se doivent, par une convention

qui s’est imposée depuis les débuts de la profession, de suivre un style extrêmement

codifié par des usages linguistiques et extralinguistiques précis que nous définissons

comme étant stéréotypés [Vanoudheusden 2010] »

Julien Hirt : « Attention également aux métaphores croisées. Parfois, on utilise une expression courante sans se rendre compte qu’il s’agit d’une métaphore, et on y ajoute une métaphore supplémentaire, pas forcément de même teneur »»

« Les commentateurs sportifs sont particulièrement adeptes de métaphores croisées et il n’est pas rare de les entendre lâcher des phrases telles que « Le stade est un champ de bataille où chaque artiste a du mal à garder le cap en attendant le coup de sifflet de l’homme en noir. » »

Olivier De Bruyn : Une équipe «trônera sur le toit du monde»

Top des métaphores médiatiques : Cerise sur le gâteau – Lanterne rouge – Dans la cours des grands – remontada –

Il y a aussi « décrocher le Graal». Au moins cela donne une indication qui pourrait aider Arthur. Le fameux vase sacré du Sanct Real est accroché quelque part et non pas posé sur un guéridon.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02007572/document

https://www.ouest-france.fr/sport/running/marathon/direct-marathon-de-barcelone-suivez-la-mythique-course-catalane-en-live-b125a9a4-cdd8-11ec-a6a8-aa0fbe61df0e

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