Avis. Concerto pour violon. Beethoven, Karajan, Mutter. 1984. 8/10

Trois Allemands de concert.

En général, je n’aime pas trop qu’on dissèque l’œuvre à ma place et qu’on me suggère quoi penser. Surtout quand les commentateurs cherchent à se mettre en avant. Mais ici, compte tenu de l’importance du propos et d’une relative sobriété, je peux faire une exception.

La toute jeune Anne-Sophie Mutter domine son violon et sait en tirer toute la force et toutes les nuances. C’est même étonnant comme ce tout petit instrument domine, dans cette masse sonore. Mais on sait l’intérêt de son mentor pour la prise de son et la qualité du rendu, tout comme pour le visuel qui est particulièrement soigné et bien dramatisé ici.

Herbert von Karajan est un opportuniste. Il s’est même inscrit jadis deux fois au parti nazi, pour être sûr qu’on ne l’oublie pas. Mais le plus souvent ses paris servent la cause musicale. Cette forte personnalité exige un respect et une obéissance absolus. On retrouve cela dans ses interprétations.

Dans sa manière à lui, il donne de quoi douter à ceux qui mettent en cause le fait que le chef d’orchestre soit indispensable. Et ce dictateur de la baguette a souvent raison. Il poussera l’exploit dans son agonie, jusqu’à sa mort.

Anne-Sophie est son instrument et le Conducător parvient à en extirper tout l’extraordinaire potentiel. Ces deux là se sont trouvés. Herbert von Karajan a trouvé le trésor caché : « C’est la révélation du siècle ! ». Il ne la laissera pas s’échapper. Il la burinera à sa manière. Et pour cela il faut une poigne de fer.

Mais d’abord il a discipliné l’Orchestre philharmonique de Berlin. Les musiciens sont à l’unisson dans une sorte de monolithe extraordinaire. Rien ne dépasse. La force est colossale. Sur cette toile de fond ultra-solide, la jeune violoniste peut tout donner.

Le concerto a été enregistré une première fois en 1979 (Anne-Sophie Mutter à 16 ans). Mais ici il s’agit d’une version non publiée de 1984 (Anne-Sophie Mutter à 21 ans). La réalisation est de l’homonyme Ernst Wild.

En 2019, ce travail est abondamment commenté par des solistes de l’Orchestre philharmonique de Berlin et par de jeunes prodiges contemporains, dont la violoniste Lisa Batiashvili (Géorgie)

Götz Teutsch — Violoncelliste

Anna Mehlin — Violoniste

Ye-Eun Choi  (née à Séoul) – Anne-Sophie Mutter Foundation Scholarship holder

Alexander Wedow — Violoncelliste

Robin Ticciati — Chef d’orchestre

Rudolf Watzel — Contrebassiste

Wilfried Strehle — Altiste

Le réalisateur Eric Schulz de cet épisode notable de la série Les grands moments de la musique laisse s’exprimer la vedette féminine qui a 56 ans. Elle ne renie aucunement son passé avec la maestro. Si c’était à refaire avec lui, elle serait dans la même transe lucide. Elle développerait le même génie d’interprétation. Ce qui ne l’empêche pas de dire qu’à présent, alors qu’il a disparu, elle le jouerait autrement. Les temps ont changé, on n’est plus dans les années 80. Je me permettrais de rajouter que c’est bien dommage !

A tout seigneur, tout honneur. La vraie star c’est bien entendu Beethoven. Et cela, il ne faut jamais l’oublier. Aussi glorieux soient-ils, les interprètes passent, la création originale demeure. On a là, avec le Concerto pour violon, un des plus grands sommets de la musique classique. Aucune âme un tant soit peu sensible et avertie, ne peut résister à son charme.

Comme de nombreuses créations en avance sur leur temps, ce travail a été plutôt fraîchement accueilli à sa sortie en 1806. Plus de deux siècles après, les esprits sont désormais mûrs et réceptifs. En tout cas espérons-le.

https://www.arte.tv/fr/videos/082786-002-A/anne-sophie-mutter-herbert-von-karajan-le-concerto-de-beethoven/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne-Sophie_Mutter

https://www.mezzo.tv/fr/Classique/Berliner-Philharmoniker-Herbert-von-Karajan-Anne-Sophie-Mutter-Concerto-pour-violon-de-Beethoven-6847

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