Avis. Extraordinaire voyage du Fakir, Ikea – Dhanush – Béjo – Résumé. (2019) 6/10

(d’après L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea)

Il y a de bonnes intentions. Il y a des moyens. Mais pas de quoi auto-qualifier le film d’« extraordinaire ». C’est même faiblard pour un long métrage si récent.

Et puis le nom Ikéa a disparu du film pour ne devenir qu’une enseigne bleue parfaitement reconnaissable pourtant. Il doit y avoir eu un veto d’Ikéa.

Au travers de ces tribulations d’un Indien aux Indes, puis en Europe, on retrouve un canevas assez classique. La prestidigitation doublée de fakirisme n’étant ici qu’un épiphénomène. Et ce voyage n’est même pas initiatique. Il se montre à peine exotique, du genre week-end Easyjet.

Le récit ce qui s’apparente aux malheurs de l’école du crime n’est même pas édifiant. Et pourtant, curieusement, il est supposé servir à l’éducation carcérale de délinquants mineurs. Pas fastoche le redressement de teigneux version « 4 ans de prison » !

Il montre un désuet côté socialo : « c’est parce que j’ai été comme vous un mauvais gars, que je suis légitime pour vous montrer qu’on peut s’en sortir ». Cela ne vaut pas tripette.

  • Comme si les éducateurs devaient tous avoir des années de taule pour valider leur CV. On connaît ce trope en médecine, avec ceux qui pensent qu’un pneumologue devrait nécessairement être tuberculeux pour comprendre ses patients (déjà qu’il n’est pas rare qu’il soit fumeur!), un cancérologue un cancéreux, un psychiatre un fou (quoique ce dernier cas de figure peut quand même s’envisager !).

A force de grossir les aspects « bon sentiment », les auteurs n’ont fait que créer une baudruche grotesque, un Mickey obèse et édenté.

On sent là derrière une pression de la production pour faire un film « familial » dont le but principal est de ratisser large.

Le côté bénévolat universaliste ne fait vraiment pas dans la légèreté. On est dans le registre bas de gamme de « la philanthropie pour les nuls ».

Et on nous tartine des histoires conventionnelles comme il n’est plus permis, de sans-papier méritants et d’administration stupide. Le tout en long et en large.

La romance filée d’un bout à l’autre du film, est sirupeuse. L’idylle circonstancielle sur fond Ikéa, de la blonde et de l’homme de couleur, n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais son développement manque de finesse. Cela tient du conte maladroit.

On est tellement sur les rails habituels que l’on ne s’en fait jamais pour ces deux tourtereaux disparates.

Qui peut douter qu’ils finiront par s’unir juste avant le mot Fin. Vu qu’ils sont des héros du film. Cette canalisation implicite qui vaut pour tous les sujets, réduit à néant les présumées surprises, et ce malgré les surenchères.

L’insistance à vouloir en faire une sorte d’illustration de l’importance du hasard dans notre destinée, cache mal ce qui n’est que le désordre généralisé d’un scénario rapiécé. Mis bout à bout, ces rebondissements finissent par n’avoir ni queue ni tête. Il y a de l’arnaque scénaristique dans l’air.

Il s’agit clairement d’un film grand public. Le titre aguicheur ne laisse pas de doute.

Et même en cela, il manque de rigueur et de bien d’autres éléments susceptibles de nous embarquer agréablement. Il y a ce côté peu engageant des pochettes surprises à prix modique. C’est plein de pacotilles et sans une seule chose qui nous satisfasse vraiment.

  • Dhanush nous fait l’Indien de service. Il serait passe-partout s’il n’était pas aussi un danseur bollywoodien talentueux. Mais même ce double talent n’est que de le b.a.-ba là bas. Les autres font davantage avec la triplette : chant, danse et comédie.
  • Bérénice Bejo nous joue la star. Je l’aime mieux quand elle s’oppose adroitement à un Dujardin OSS117 couillon. Cette actrice est au meilleur quand on sent qu’elle ne se prend pas au sérieux. Le côté grosse tête, même saupoudré de deuxième degré, ne lui va pas si bien.
  • Gérard Jugnot est très mal doublé par lui-même. Mais on peut lui reconnaître une vraie tête de chauffeur de taxi (à l’ancienne).

Le produit déçoit. On a fait une mauvaise affaire. On finit par regarder sa montre… La critique anglo-saxonne le considère comme mawkish, ce qui n’est pas un compliment. Un gros bide de cinéma avec une entreprise qui a pris l’eau, vu qu’elle n’a récupéré que moins du cinquième de sa mise initiale. Ils ont voulu faire un coup et ils se sont pris des coups. Au paradis des cinéastes, il y a donc une justice ; en enfer aussi.

La talentueuse réalisatrice Marjane Satrapi a quitté très précocement ce vaisseau fantôme. Ceci explique peut être cela.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Extraordinaire_Voyage_du_fakir

Dhanush
Bérénice Béjo

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