Avis. Faites entrer l’accusé « Hugues Pignal, meurtre à la Saint-Sylvestre » Résumé 8/10

Les émissions de ce genre sont nombreuses. Chacune tente de se distinguer. Les Américains déclinent cela en « couples tueurs », « femmes tueuses » et j’en passe. Ils savent aussi traiter in extenso de grandes affaires non résolues type « cold case ». Il arrive même que parfois ces émissions délient les langues et fassent avancer les dossiers.

En France on a le choix également. Mais c’est vraiment ces « Faites entrer l’accusé » et les émissions rigoureuses de ce genre qui tiennent la palme. Plusieurs journalistes d’investigation s’y sont succédés. Il s’agit de Rachid M’Barki, de Frédérique Lantieri et surtout de Christophe Hondelatte. Ce dernier partait en éteignant la lumière façon « les 5 dernières minutes ». Dominique Rizet est une aide précieuse.

On peut apprécier aussi Arnaud Poivre d’Arvor, Jean-Marc Bloch et Negar Haeri dans «Non élucidé»

A l’inverse, les tristes navets présentés par Morandini, qui écrèment systématiquement les plus tristes faits divers de toute la France, se contentent de jouer sur les émotions et la surprise. Pas très rigoureux !

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« Hugues Pignal, meurtre à la Saint-Sylvestre » est un cas d’école de « Faites entrer l’accusé » – Le suspect a été adopté. Il est dispendieux et n’a fait que dilapider l’héritage de son « père ». Au moment du drame il est criblé de dettes. Sa « mère » veuve qui possède encore le gros de la fortune est retrouvée mourante avec un couteau planté dans le corps. Elle signalera « ils étaient deux » avant de disparaître à jamais.

Pignal avait intérêt à la mort de sa « mère ». D’ailleurs il a mené un grand train immédiatement après le décès. On parle là de plusieurs millions d’euros de dépense.

Son alibi est curieux. L’agenda de sa « mère » mentionne qu’elle a rendez-vous avec lui le matin de sa mort, pour déménager quelques meubles. Le « fils » signale qu’il s’est levé tôt mais pas pour se rendre chez elle. Il n’a fait qu’acheter le journal et chercher des croissants. Et cela s’est fait curieusement de l’autre côté de la ville, en direction de chez sa « mère ».

Il prétend qu’il n’a rien à voir là dedans et on finit par le laisser tranquille. Trois ans plus tard, des écoutes finissent par mettre en évidence une possible participation de deux autres personnages.

Un homme, le dénommé Hardy, lâche le morceau. Lui et un autre sont allés avec Pignal à la maison du crime, mais dans l’idée d’un simple déménagement. Pignal est monté seul, il y a eu des cris, les deux hommes sont montés et ont constaté le meurtre. Pignal aurait dit que c’était un accident et qu’il allait les dédommager. Et en effet, alors que Pignal prétend qu’il ne connaît pas cette « balance », on comprend qu’il a reçu le prix de son silence, de manière indirecte. Mais le gars est suffisamment honnête pour dire qu’il n’est pas sûr à 100 %, que ce meurtrier prétendument accidentel, vu si peu de temps, était bien Pignal.

L’intermédiaire c’est Balland, ce nageur accompli, disparaîtra mystérieusement et fort opportunément, pour ne pas être jugé, dans le lac du Bourget. Le corps ne sera jamais retrouvé. Toujours vivant ?

Pignal le « coupable idéal », vers lequel tous les indices convergent, sera condamné à 20 ans de prison, lors des deux procès d’assises. Il n’en passera que la moitié en prison. Il est sorti et prétend toujours être innocent.

Dans ce cas précis, l’armée des avocats de la défense a fait feu de tous bois. Ils se sont appuyés sur l’absence d’absolue certitude dans le témoignage de visu de Hardy. Mais aussi sur le timing qu’ils estiment irréaliste. Il ne restait que 4 minutes pour commettre l’irréparable. Enfin le « ils étaient deux » de la « mère » sonne bizarre, si elle a vu son « fils » lui planter l’arme.

Mais rien n’a été volé et les deux gars annexes ont été récompensés par Pignal. Un lien clair a été démontré entre les 3 hommes. Et on ne voit pas ce qu’ils auraient faits sur les lieux spontanément dans ces circonstances, avec un meurtre sur le dos et sans en tirer un profit direct.

Il est vrai qu’en l’absence du récit de Hardy, Pignal qui « clame son innocence », qui a cherché à faire taire les témoins, qui a compris le « n’avoue jamais », comme tant de coupables, aurait pu s’en sortir. Malgré les enchaînements, l’absence d’alibi sérieux, sa conduite et le mobile évident. Ce qui donne à penser.

On n’a pas généralement une « photo » probante du crime. Et donc pas mal de choses sont affaire d’interprétation. Les lectures de mêmes faits peuvent varier.

Et l’intime conviction des jurés, celle qui mène à la décision finale, n’est pas un mécanisme d’horlogerie infaillible. Ce n’est pas une logique implacable mais plutôt un torrent de petites convictions, basé sur quelques points relativement indiscutables, et qui tendent à former le jugement. On n’est pas loin de l’addition des 1/10èmes de certitudes de l’ancien régime. A part qu’on est du côté de l’addition des 9/10èmes.

Et ce flux impétueux et incertains, les avocats habiles s’appliquent à le dévier. Il s’agit de remettre en cause le moindre élément accusateur, quitte à friser l’absurde dans la « démonstration » et de tenter de dévier le cours en orientant vers les « autres pistes ». Ce sont de grands classiques qui sont constamment mis au goût du jour. Il doit exister un bréviaire de ces ficelles là.

Ayant vécu des circonstances analogues, je sais que cette technique de brouillage et de camouflage est un supplice pour le parties civiles. Lesquelles sont parfois pointées du doigt par les défenseurs pour semer encore plus de confusions et décourager les critiques. Du sale boulot.

Certains de ces avocats sont célèbres comme Acquitator, notre ministre Éric Dupond-Moretti. Ils guettent le vice de procédure. Mais ils sont capables d’intimider toute opposition et de faire passer d’immenses constructions mentales improbables pour des alternatives crédibles. Une fois le trouble dans les esprits, ils abattent leur dernière carte « le doute doit profiter à l’accusé ». Ce qu’on ne dit pas c’est qu’il s’agit « du doute raisonnable », pas des états d’âmes qu’on a réussi à manipuler. A noter qu’avec cela on doit avoir quand même pas mal de gars qui passent à travers les gouttes.

Cela dit, fort heureusement ces avocats défendent le criminel et non pas le crime. Ils ont même un certain panache de défendre les causes perdues, « l’indéfendable » et la pire espèce. Sous réserve quand même d’une certaine déontologie.

Il est de bon ton d’applaudir une justice qui n’enferme pas des innocents. Mais peu s’inquiètent des coupables qui ont leur pleine liberté. Les victimes et ayant-droits n’ont sans doute pas la place qu’ils méritent. Mais qu’y faire ? La justice reste faillible et probabiliste. Elle a quand même réussi à mettre entre parenthèse la vendetta et l’esprit de vengeance.

https://blogavocat.fr/space/florise.garac/content/plaider-pour-un-coupable_8cc7e6ce-2b02-4bc1-905a-2898938bde69

https://fr.wikipedia.org/wiki/Faites_entrer_l%27accus%C3%A9

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