Avis film Jafar Panahi. Taxi Téhéran. 8.5/10

Ce film documentaire est incroyablement habile. Il joue en permanence entre plusieurs partitions possibles et le chef d’orchestre de tout cela est au milieu, déguisé en chauffeur de taxi.

Les différents regards portés semblent vouloir intéresser le spectateur. Tout en l’amusant. Ceci est renforcé par la bonhommie de Jafar Panahi. Ils respectent cependant le précepte « instruire et divertir ».

Certains passagers, qui sont bien entendu des acteurs, font mine de reconnaître Jafar, comme dans une caméra caché comique. Pourtant à chaque fois, en filigrane, passe un message plus ou moins explicite sur les abus de pouvoir du gouvernement iraniens.

Jafar n’oublie pas de faire des portraits caustique de ces différentes personnes. Il est indulgent quand elles sont attachantes et dévouées et qu’elles prennent des risques. Mais certaines sont égoïstes, superstitieuses et se cachent la réalité. Sans compter les débrouillards de tous poils qui traficotent pour survivre. Ici c’est un petit commerce de DVD et CD largement piratés et souvent interdits.

Une petite nièce, un brin enquiquinante, se charge de relayer la parole d’État à son oncle, telle qu’elle est enseignée dans les écoles. Vu son âge elle ne peut évidemment pas avoir de recul. Même si elle pose parfois de bonnes questions. Elle représente la masse naïve du peuple qui se laisse facilement berner par le vernis qu’on met sur chaque chose. Les héros d’une vidéo scolaire se doivent d’être des hommes barbus et ainsi de suite.

Et bien entendu, par petites touches, on se prend la violente réalité en plein gueule.

On fait mine de louvoyer avec la censure, alors que bien entendu il n’est pas question qu’un tel film soit autorisé.

Et le réalisateur se permet, dans ces jeux d’esprit à l’infini, de mettre en scène la caméra interne au taxi, qui sera volée à la fin.

Mme Nasrin Sotoudeh est elle même dans le film : pour mémoire elle a eu le prix Sakharov 2012 et du prix Nobel alternatif en 2020. Elle est actuellement prisonnière politique en Iran. Quand on est à ce niveau d’exigence et de réalisme, bien des films de « consommation » paraissent vains. On en vient même à souhaiter la mort rapide de cet épouvantable cinéma français subventionné qui a si peu à dire et qui use de moyens qui seraient bien plus profitables à d’autres.

L’Ours d’or largement mérité en 1975. Car cela c’est du cinéma dans toutes ces dimensions les plus profondes, c’est aussi du courage non ostentatoire, c’est du panache !

On se lève tous pour applaudir cet immense talent.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nasrin_Sotoudeh

https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxi_T%C3%A9h%C3%A9ran

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jafar_Panahi

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