Avis Film. Mère-fille, mode d’emploi. Jane Fonda – Lindsay Lohan – Felicity Huffman 8/10

Le titre français est pourri. Il est juste aguicheur et fait faussement penser à une comédie.

  • D’ailleurs la même année 2002, il a été utilisé par Mère, fille : Mode d’emploi, un film oublié avec Maruschka Detmers (vous noterez la différence subtile qui tient à un tiret ou une virgule)

Ces drames psychologiques familiaux, qui nous viennent des USA, semblent tous bâtis sur le même modèle. Leur idéologie sommaire a même déteint sur des créations françaises, pas très inspirées.

Dans cette Amérique des nantis, les générations d’adolescents et/ou de jeunes adultes, semblent toujours avoir un compte à régler avec la génération précédente. Ils mettent tous leurs problèmes, tous leurs échecs, sur le dos des parents. Et c’est vrai, qu’en cherchant un peu, on trouve toujours quelque chose.

  • Il faudrait instituer une sorte de service civil à nos jeunes occidentaux favorisés, pour qu’ils comprennent la chance qu’ils ont, par rapport aux gamins de tous ces pays défavorisés. L’extrême pauvreté, la violence, l’insécurité, le travail des enfants et toutes ces choses, sont causes de grandes difficultés bien réelles, sans qu’on ait à brandir le spectre des petites névroses. Si on leur appliquait l’échelle psychiatrique de nos pays développés, ils seraient tous fous à lier là bas. Et ce n’est pas le cas.
  • Cette complaisance de chez nous, pour ce psychologisme de trottoir est assez dérisoire. Mais elle se prête bien à des films ouatés à final cathartique. Ce juteux business de la romance de gare explique en partie la prospérité de ces idées là. Ça passera.
  • Et puis c’est un trait civilisationnel, très lié au péché judéo-chrétien, à la confession et au pardon. Il faut trouver une faute « originelle », qui serait forcément responsable de notre trop forte sensibilité aux tourments. Bull-shit !
  • Et les anglo-saxons nous ont légué la traduction juridique de cette expiation. Le violeur éventuel prend le risque d’être inculpé et de passer à la caisse. Avec 10.000.000 de dollars, les personnes lésées peuvent se passer de cures psychanalytiques. Ils guérissent subitement. Miracle du billet de banque vert avec marqué « in god we trust ».

Parmi les griefs classiques, il peut s’agit de parents trop rigides, comme ici avec la grand-mère très bien interprétée par Jane Fonda. A force de vouloir façonner la réussite de sa fille sur la base de règles numérotées (Georgia Rule) et de ne pas lui avoir manifesté clairement son amour maternel par des « je t’aime », elle aurait engendré son mal-être et son alcoolisme.

  • Que la quasi libertarienne Jane Fonda joue une sorte bigotte enfermée dans ses rituels, est un morceau de bravoure.

Cette femme de la deuxième génération, incarnée par une surprenante Felicity Huffman, d’âge mûre maintenant, est à la dérive. Et ce malgré (à cause de ?) un beau deuxième mariage avec un richissime avocat (le beau-père de Lindsay).

L’actrice donne ici bien davantage que dans Desperate Housewives, où elle semblera enfermée à jamais, à partir de 2004.

Ces deux là se parlent à peine. Felicity va ramener sa fille agitée Lindsay Lohan chez sa grand-mère, pendant les vacances, en attendant l’entrée à l’université.

Elle va juste la laisser, échanger quelques mots acerbes et partir pour ne pas avoir à dormir dans la maison de sa jeunesse. On en est là.

Et tout cela semble être des tracas de riches. Bien qu’on soit contraint dans des situation de forte précarité à de conditions autrement plus difficiles, on n’en est pas à toujours vouloir présenter l’addition à ses géniteurs. J’insiste !

Moi, quelque part, ces drames bourgeois s’insupportent… mais ici comme vous pourrez le voir, se greffe une autre dimension qui fait qu’on monte d’un étage et qu’on sauve le film.

Parlons du conflit entre Felicity et sa fille Lindsay. C’est surtout du non-dit pesant et de l’ambivalence. On sent que la fille méprise sa mère alcoolique tout en réclamant implicitement son amour. D’autre part cette Lindsay se conduit comme une moins que rien. Elle tombe dans tous les travers de la délinquance des petits bourgeois. Drogue, sexe à outrance, larcins… C’est déjà pas mal, mais il y a quelque chose d’autre de bien plus grave. On va le découvrir chemin faisant.

Évoquons maintenant les frictions naissantes entre la grand-mère et sa petite fille Lindsay.

En voyant débouler cette gosse de riche incontrôlable chez Jane la rigide, on assistera vite à de fortes divergences de point de vue.

Cette mijaurée (on dit encore cela?), qui est née avec une cuillère en or dans la bouche, se sent très au dessus de ces ploucs villageois.

Elle voit sa grand-mère comme une antiquité appartenant à un monde improbable, sans smartphone et tout en contraintes surannées. On y mange à heure fixe. Et comme la petite à 5 heures de retard, elle devra attendre le repas suivant. On est croyant et on ne jure pas. Sinon c’est du savon dans la bouche. Lindsay croit à une plaisanterie, mais finira par s’y plier. Et puis ce ne sont pas des vacances oisives. Si tu es là ma fille, tu dois travailler ! Elle lui a trouvé un emploi de remplaçante au secrétariat du véto. Non, je ne travaillerai pas ! Sauf que le véto l’attire et qu’elle va s’en accommoder.

Lindsay connaît son pouvoir sur les hommes. Et finalement ses échanges humains se résument à cela. Elle va s’empresser de détourner de son chemin tout tracé, un jeune mormon (Garrett Hedlund). Le pauvre « subira » une pipe, dont il aura du mal à se remettre. Comment dieu va lui pardonner. Cela semble grotesque, mais c’est crédible de la manière avec la manière avec laquelle cela est exposé.

  • A noter que le film est bien moins prude que ceux qu’on fait maintenant. Les producteurs actuels trembleraient à l’idée demettre en scène une fellation, faite par une dévergondée déviergée à l’âge de 12 ans !

Elle voudra aussi suborner le vétérinaire (Dermot Mulroney), qui est devenu un veuf inconsolable. Mais lui, bien qu’attiré par la belle, résiste. Il faut dire qu’il a été un des grands amours de sa mère Felicity. Cela sent un peu trop le dévergondage intra-familial. Et puis il y a la différence d’âge. Tant pis !

C’est là que les choses prennent une autre dimension. La petite qui cherche à réveiller le vétérinaire fatigué de la vie, lui lance en substance : « moi aussi j’ai souffert, j’ai été violée par mon beau-père entre 12 et 14 ans, je n’en fais pas toute une histoire. Il faut savoir aller de l’avant ! »

– Badaboum !

Lindsay, qui tient bien le rôle, est connue (dans le film) pour être une redoutable menteuse. Et donc le film connaît des mouvements de balancier. Tous le protagonistes finissent par être au courant. Et tantôt on la croira, tantôt non. Sa mère en particulier retombera dans des beuveries sordides, ne sachant plus où est la vérité. Une fois, Lindsay inversera la formulation de telle manière qu’on pensera que les viols se sont effectivement produits :« tu ne penses quand même pas qu’il m’a mis la main là à table, quand tu étais à la cuisine… ». Une autre fois, en bonne Samaritaine, elle désamorcera cette bombe, en prétendant que c’était pour éprouver son amour maternel. Mais cela ne suffira pas à rendre la raison à sa mère. Et ainsi de suite.

Vous pensez bien que je ne vais pas gâter l’intrigue en vous disant ce qu’il en est réellement.

Le film se termine avec une invraisemblance. Un pick-up va se trouver pile poil là où il faut pour récupérer une de ses femmes qui était partie dans un autre véhicule et qui est largué au bord de la route, n’importe où. Dommage car dans l’ensemble, le film était bien construit et logique.

Le film mérite au maximum un 7/10, mais comme nos actrices sont vraiment remarquables, je monte la note à 8/10.

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A8re-fille,_mode_d%27emploi

Jane Fonda

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