Avis. Fleurs de Shanghai – Hsiao-hsien – Résumé (1998) 7.5/10

Certaines mœurs très particulières de la Chine de l’avant-dernier siècle peuvent être vues assez librement du côté de l’actuel Taïwan.

Il s’agit du sort de belles courtisanes, étroitement dépendantes de leurs clients. Cela se passe dans la concession anglaise de Shanghai vers 1884. Mais on ne verra pas un étranger ici.

Un sujet qui doit faire dresser les cheveux sur la tête nos féministes infatuées, avec leur arsenal d’anachronismes approximatifs. Elles vont aussi se pincer le nez. Je n’ose pas imaginer les bouses de clichés qu’elles vont émettre si elles osent regarder ce film. Les mauvaises odeurs sont de leur côté.

Une œuvre sans concession sur la forme et le fond. On parle à juste titre de cinéma d’auteur. C’est plutôt un bon signe.

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Dans les premiers temps de ce long exposé, les occidentaux peuvent avoir certaines difficultés à identifier les différentes prostituées de luxe. A nos yeux elles paraissent assez semblables, avec cette beauté poudrée uniforme et ces riches parures. Mais progressivement, par tableaux successifs, on est amené à découvrir leur caractère et leurs façons de faire assez différentes. Même si toutes se conforment à une soumission analogue, devant leurs « protecteurs ». Un respect relatif très codifié vis à vis de leurs seules sources de revenu.

Les hommes oisifs qui les convoitent sont nécessairement très friqués. Ils dépensent pas mal d’oseille à entretenir ces geishas sexuelles et leur maisonnée. L’argent assure clairement le pouvoir sur ces femmes et tout le reste n’est qu’un bel emballage.

D’abord on achète leur gentillesse et leurs belles manières. Puis on les « entretient ». Mais il peut se glisser là un peu d’amour. L’horizon de ces femmes d’exception reste le mariage, avec là, qui sait, peut être une véritable union des âmes, après celle des corps. Ce n’est pas plié.

Cette « assistance » au bien-être des hommes, est très personnalisée. Il ne s’agit pas de prostitution tout venant. Untel ira avec celle-ci ou celle-là et inversement. Cela se saura. Elles seront presque sous le régime de la propriété, mais en fait il s’agit plutôt d’un leasing avec option d’achat. Des « couples » se formeront et se déferont.

Bien entendu tout n’est pas rose.

Pour les femmes, c’est assez clair.

Les hommes riront ensemble de leurs déconvenues.

Ils peuvent aussi se fâcher entre eux. Mais des arbitres adouciront les positions, autant que faire ce peut. Il y a tout un étagement des mâles entre eux, qui permet la cohabitation. Cette stratification du pouvoir et de la sagesse sera assez bien respectée par tous.

Elles accompagnent leurs jeux et leurs libations dans les « maisons » spécialisées.

La suite se passe dans un petit nid d’amour individuel et douillet. Grâce à leur(s) cuisinière(s) et à leur(s) servante(s), elles leur font aussi profiter des arts de la table et de la fumette. On est vraiment dans l’idée d’un service adapté. Ne sortent la tête de l’eau, que les plus douées.

L’esprit de ces petites collations est charmant. Il y a un indéniable art de vivre, on n’est pas chez les cowboys.

De loin, une maquerelle veille au grain et supervise ses troupes, même quand elles profitent d’un appartement bien à elles. L’appartenance est contractuelle. Elle repose sur des actes notariés.

Instruites dès l’âge de 7 ou 8 ans, elles ne deviendront « productives » que dix ans après. On est donc dans une logique d’investissement. Au bout du compte, les plus douées pourront être « rachetées » et se marier.

Il y a de la concurrence et des bisbilles entre ces « fleurs ».

Si l’homme cherche le monopole, il doit en assumer la dépense. Sinon ce sont plusieurs clients pour une jeune femme et plusieurs jeunes femmes pour un client. Il faut savoir ce qu’on veut et ce qu’on peut.

Ce qui complique les choses, c’est l’importance de l’opium et de l’alcool. Il y a fort à parier que cela change les comportements. Des « pensionnaires » peuvent s’avérer dépressives et/ou démobilisées. Et des hommes en arrivent à se lâcher violemment ou bien ils sombrent dans l’inertie et la résignation. Tout le monde n’est pas égal devant les addictions.

Ce climat finement toxique rend l’atmosphère assez curieuse. Une sorte d’estompement bien visible dans les images et que souligne discrètement la musique répétitive qui les accompagnent.

Des femmes sortent du lot et en deviennent quasiment des stars locales. Leur assurance mêlée de suffisance ne déplaît pas. Elle passe même pour de la grandeur. On n’est pas loin de l’esprit des salons de la dame aux camélias, une légende qui est totalement contemporaine alors.

Monsieur Wang est quelqu’un. Ce jeune monsieur respecté s’imprègne de drogue quand il visite ces demoiselles. Personne ne lui en fait le reproche. Il a du mal à choisir entre deux courtisanes au tempérament opposé, Rubis et Jasmin. Et puis il y a ces questions d’argent, dont une lourde dette non épongée, pour l’une d’entre elles. Il a promis mais ne s’est pas exécuté, alors que la dame est au bord du gouffre. On lui fait la leçon.

Les hésitations de ce grand fonctionnaire sont un sujet central. Mais cette histoire montre également des destins connexes. Les autres noms sont en phase : Émeraude, Perle, Fleur d’or…

Ce récit complexe, original et décadent est vraiment troublant. Le réalisateur chinois (originaire de Chine continentale) Hou Hsiao-hsien nous laisse un total libre choix d’appréciation. A chacun de se construire son opinion ou bien simplement de se laisser glisser dans l’histoire sans se donner la peine de juger quoi que ce soit. Certains se sentiront perdus qu’on ne les prenne pas plus par la main.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fleurs_de_Shanghai

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