Avis. Fusion, The Core – Aaron Eckhart – Résumé. (2003) 1.5/10

Voilà un film catastrophe, de type SF pseudo-scientifique, qui risque de ne jamais être égalé. Dans cette « œuvre », l’absurdité et l’imbécilité sont portées à leur paroxysme.

On a touché le fond.

Le pire film de tous les temps ?

A l’origine de tout cela, le complexe militaro-scientifico-industriel a joué avec le délicat équilibre des couches terrestres. Et figurez-vous qu’il a bloqué la rotation du magma, le centre magnétique de la terre. D’où une série de catastrophes.

Appelés à la rescousse, les Macgyver de la science, vont sauver le monde et se sauver eux-mêmes. Juste avec quelques bouts de ficelles, du métal indestructible et l’énergie absolue.

Ils vont démontrer une nouvelle fois, que dans le monde rêvé du cinéma, il n’est pas nécessaire de beaucoup d’intelligence pour réussir. Il suffit de quelques intuitions. La démagogie en grand écran, a un bel avenir devant elle.

L’histoire consiste à remettre en route la machine Terre. La manivelle qui doit redémarrer notre Ford Terre, est un petit vaisseau supposé forer jusqu’au centre de la planète, sans effort et sans douleur. Il devra déposer des bombes atomiques au bon endroit. Et boum, la Terre sera réparée. Puis on remontera comme si de rien n’était, malgré la puissance des explosions et tous les obstacles physiques. C’est le scénario le plus débile qu’on ait imaginé de mémoire d’homme.

– Toute la panoplie des clichés du genre :

Par exemple, cette ambiance Cap Canaveral des sixties, avec une salle de contrôle panoramique et des console en rangs serrés. Bien sûr, les écrans ont perdu du poids à présent. Mais la révérence à ces centres névralgiques est immuable. Ce sont les cathédrales des temps modernes.

Cet amphithéâtre idolâtre une technique de pointe. Elle doit obligatoirement rester incompréhensible pour les non-initiés. Sans le latin, la messe nous emm…

On y voit des shamans angoissés, bien propres de leur personne, qui pianotent furieusement sur leurs ordinateurs. C’est le rythme démoniaque de ces cliquetis obscurs qui assouvit les nouvelles divinités. Rien à voir avec la matière grise.

De temps à autre, entre deux grésillements, on entend des nouvelles alarmantes venues généralement d’en haut (et ici d’en bas). Des gammes imposées, sur l’air de « Houston, we have a problem ».

Et après quelques soupirs entendus, suivis des considérations rapides sur l’inévitable dilemme en cours, on profère des ordres courts et cinglants. Tout en se regardant les uns les autres avec consternation. Les dés sont jetés. Et à ce stade, on voit bien que tout est foutu, à moins d’un miracle. Et le miracle arrive toujours, tant tout cela est grotesque, formel et répétitif.

Ah, ces beaux costumes militaires qui peuplent la salle. Ils rassurent toujours depuis les tuniques bleues. Ah, cette rigueur militaire US, le doigt sur la couture. Ou le sempiternel retour de la cavalerie qui sauve le monde. Manque plus que les Hummer.

Depuis Dr Folamour, et pour corser un peu le scénario insipide, on place aussi quelques gros méchants gradés qui abusent de leur pouvoir. Ça fait bien et ça occupe ! On travestit avec un semblant de complexité, le manichéisme guerrier habituel.

Et ces petites bisbilles, entre d’une part l’autorité carrée à cheval sur les principes et d’autre part la souplesse du visionnaire. Qu’est-ce qu’on en a soupé !

On y rajoute maintenant un geek débraillé à la figure de lutin, qui inévitablement découvre le code d’accès le plus complexe. Juste avec quelques tentatives. Croyez-vous vraiment que les talentueux hacker d’aujourd’hui n’aient que cette seule approche ?

N’importe quoi ! Nouvelle figure imposée, pour béotiens admiratifs et/ou ahuris.

– Suspense :

Ces films donnent toujours l’impression d’un contre la montre. Tout doit se jouer à un millimètre près, avec un maximum d’énervement possible (*) ? Il paraît que ça s’appelle le suspense.

Le magma en fusion dépasse les 1000 degrés. Et là on nous parle même de 4000-5000 degrés, mais cela n’empêche pas nos héros de s’y balader en ténu scaphandre. Et bien entendu, c’est rigoureusement impossible, ne fusse qu’en y restant à peine un millième de seconde. Même à distance, ils seraient désagrégés.

Grâce au ciel, et parce que ce sont des gentils, ils échapperont pourtant aux lois physiques. Ce sera comme par hasard, un degré de moins que la limite fatale, et un rab de quelques millisecondes. Le cinéma a inventé le calcul d’improbabilité, voire de l’ impossibilité crasse. Mais qu’y faire ?

Ce sont ces mêmes lois qui font que les lourds sas métalliques, dans les films, se ferment toujours soit juste à temps pour passer, soit juste à temps pour être coincé.

Le vaisseau est fait de métal rigidifié et ignifugé selon des principes inconnus, en l’état de la science. Il aurait aussi une source d’énergie suffisante. Tout cela est scientifiquement et mathématiquement impossible, vues les lois de la thermodynamique, et le peu de fret possible pour un si petit engin.

Pourtant, Virgil, ce tube de métal habité, est en mesure de traverser gaillardement la croûte terrestre à des vitesses record. Il n’a que faire de toutes les objections élémentaires.

Pas plus de difficultés que pour un sous-marin dans l’eau. Ah bon ?


Ça fait longtemps que dans ce type de film, on s’affranchit de la logique élémentaire. Il suffit de proclamer, qu’un jour on y arrivera « forcément » … et que ce jour est arrivé.

Des questions, espèce de pinailleur rabat-joie ? Heureux les simples d’esprit !

Virgil se retrouve ainsi devant obstacle impossible, un champ dense de diamants de plusieurs centaines de tonnes chacun. Et bien entendu, sueur du capitaine oblige, le vaisseau s’y faufile quand même. On ne se rend pas assez compte du pouvoir magique de nos glandes sudoripares.

Ouf ! Juste une éraflure, même pas mal ! On nous prend pour des billes.

Après une série d’épisodes plus consternants les uns que les autres, quelques morts héroïques, tout se termine bien. Ainsi se termine l’éprouvant voyage de ce suppositoire récalcitrant, dans le rectum incandescent du centre de la Terre. Le zinzin n’a pas fondu.

Jules Vernes avait lui des excuses, pour les impossibilités de son « Voyage au centre de la terre ». D’abord la licence poétique, ensuite les limites des connaissances à son époque. Ici rien de tout cela. La stupidité à l’état pur.

Que dire des acteurs ? Ils font ce qu’ils peuvent, en se débattant dans le magma indigeste de ce film alimentaire.

  • Aaron Eckhart joue le beau gosse généreux. Comme d’hab.
  • Delroy Lindo est le savant compétent créateur du vaisseau, mais qui a été mis jadis sur la touche. C’est également un acteur noir. Cela aide pour les quotas que s’imposent le cinéma.
  • Hilary Swank est la femme. Elle a l’air d’être née dans un costume militaire. Elle m’agace. Pour adoucir la « technicité » du sujet, elle ajoutera cette aura de séduction, à laquelle le héro ne sera pas insensible. Figure imposée, bien entendu.
  • Stanley Tucci, au gré des films, semble toujours jouer le même rôle, avec son petit sourire en coin du gars qui sait. Pas convaincu.
  • Tchéky Karyo doublé par lui-même en français, nous donne un peu d’humanité. Mais on aurait plutôt besoin d’intelligence.
  • DJ Qualls, c’est le geek lutin. Et c’est son vrai nez.

Et comme bien entendu, on ne doit pas avoir le moindre interstice pour réfléchir, on nous assaisonne en permanence d’une grandiloquente musique héroïque. Elle a l’air de dire « taisez vous, je suis là, je prends les commandes de votre cerveau ». Ah vraiment, je n’aime pas être piégé comme cela !

On voit bien là, que la musique n’est pas juste un bel art, mais qu’elle peut devenir un instrument de manipulation. Et certains d’entre nous, inévitablement marcheront au pas.

Un film pour enfants ? Je n’en suis même pas sûr. Ils méritent mieux que cela. Que gagnerait-on à leur fournir de la science frelatée ? Je n’ai jamais été un fervent partisan de la vulgarisation. Pourquoi voudriez-vous qu’ils profitent de sous-Mozart, de sous-Flaubert et autre sous-Poissons panés congelés ? Ils vont juste être dégoûtés pour un bon moment.

A ne regarder donc, que si vous êtes un masochiste du cinéma et/ou si vous voulez, comme nos héros, voir ce qu’il y a au fond, tout là bas. Eh oui, on a touché le fond !

(*) maximum d’énervement possible : le public doit en demander, c’est sûr. D’où par exemple cette sacralisation d’une certaine médecine d’urgence au cinéma ou dans les séries. C’est bon, surtout quand tout est supposé se jouer à la seconde près. Plus un exploit sportif, qu’autre chose. Il faut sauver des vies … ou rien. Nous les pros cela nous fait plutôt marrer. Le corps qu’on répare patiemment et intelligemment, c’est long et pas trop passionnant. A quoi bon lutter, la médecine subtile et qui réfléchit n’intéresse pas grand monde.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusion_(film)

Aaron Eckhart
Delroy Lindo
Hilary Swank
DJ Qualls
Bruce Greenwood
Stanley Tucci

Les Américains sont tellement centrés sur eux-mêmes, que quand il y a une cata de cinéma, cela leur tombe sur leur nez à eux. Bien fait !

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