Avis. Gens de Dublin – Les morts – Film. Résumé. Huston père et fille (1987) 7/10

La note de 7/10 vaut surtout pour les citations de Joyce.

Ça ne colle vraiment pas cette histoire de testament, reprise ad nauseam.

On parle toujours de testament cinématographique, pour cette réalisation des Gens de Dublin (The Dead) tournée par John Huston. Ce qui est discutable, déjà médicalement parlant.

Le film a bien été tourné par en 1987, peu avant sa mort du metteur en scène. Mais comme c’est une brutale crise cardiaque qui l’a emporté, on n’imagine pas le réalisateur s’y prendre des mois avant, pour rédiger un film en forme de dernières volontés prémonitoires. Et puis il a entamé un autre opus juste après celui là.

Le fait que le final du film soit emprunt de tristesse ne suffit pas à en faire une oraison funèbre. Ici si c’est une mort, c’est juste une mort symbolique qu’on appelle la vieillesse.

John donne un rôle important à sa fille Anjelica Huston et fait de son fils Tony Huston, son scénariste.

Le film est une adaptation d’une petite nouvelle des Gens de Dublin (Dubliners) de James Joyce (Les Morts – The Dead). C’est la quinzième et elle termine l’ouvrage.

  • A signaler aux non spécialistes, que Joyce passe pour un écrivain au style révolutionnaire. Son œuvre maîtresse Ulysse n’est lue en général que par des initiés de la littérature. Sa densité et sa complexité ne convenant pas à tout le monde. Les Gens de Dublin est un livre sage en comparaison.
  • Il y a un peu de l’esprit du Monde d’hier, souvenirs d’un Européen de Stefan Zweig, dans ce qui peut passer pour une description de ce monde d’avant, qui en ce début de siècle, dix ans avant 14-18, est en train de finir.

– – –

Cette histoire de veille de Noël 1904 dans le froid Dublin, n’a pas un grand intérêt scénaristique en soi. Il ne se passe pas d’évènements considérables, dans ces retrouvailles annuelles de fin d’année.

Les invités bourgeois sont toujours les mêmes. Ils chérissent ces trois demoiselles Morhan, qui les ont pressé de venir et qui ont préparé pour cela des agapes chez elles.

Les convives leur montrent bien. Chacun le manifestera selon son talent. Il y a des musiciens, des chanteurs, de bons danseurs et des gens ordinaires qui sont juste contents d’être là.

On y célèbre une certaine nostalgie proprement irlandaise, ou voulue comme telle. On y parle du monde ancien. On flatte son vis à vis. Il n’y a guère de fausses notes. Même Teddy le fils alcoolique est canalisé.

On dîne, on boit, on prononce des discours, on lit de la poésie, on danse gentiment, on écoute la pianiste. Tout est bien orchestré. Les dialogues sont de qualité. Il y a un relatif non-conformisme, mais qui reste civil et bon enfant.

On apprécie la « débordante hospitalité », on regrette en commun ces « valeurs du passé » qui sont dépréciées. On souhaite « longue vie à la coutume et à l’esprit de camaraderie ».

Pourtant, alors que tout le monde rentre chez soi satisfait, Anjelica près du seuil est soudainement attristée. Une dernière chanson fredonnée lui rappelle un amour de jeunesse. Pressée de questions par son mari, elle lui révèle cet épisode qu’il ne connaissait pas. Et il sent là qu’une partie de sa femme est toujours restée en arrière, avec sa peine et ses regrets, pour cet amant délaissé qui a fini par mettre fin à ses jours.

Même si c’est un souvenir lointain, cela n’en est pas moins une « réalité » sentimentale, brutale, sauvage et massive, qui contraste avec les politesses convenues et les autres rites du repas qui vient de se terminer.

A partir de là, on ne sait plus trop bien ce qui peut être important. Le mari devient conscient d’une certaine vacuité. Il parle de la « stupidité » de son discours, lequel avait pourtant fait l’unanimité en sa faveurS. Face à ce que ressent encore sa femme, il se rend compte qu’il n’a jamais connu vraiment l’amour. Mais bien entendu, c’est maintenant trop tard (*)

Et on termine en guise de conclusion par des paysages désolés d’hiver. Ils lui répondent en substance : « la neige recouvre tout, autant les morts que les vivants » (**). C’est un message de vieux, que prend à son compte John Huston, alors âgé de plus de 80 ans.

Je n’aime pas trop les comparaisons, mais je n’arrive pas à en chasser une de mon esprit. Il s’agit de Fanny et Alexandre (1982) de Bergman, dans lequel il me semble retrouver certaines ambiances intimistes de la première partie, dans ces grands appartements nordiques, où des occupants de toutes sortes cherchent à se réchauffer le coeur, l’esprit et les os

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la plupart des films de Huston nous disent quelque chose. On y rencontre de très grands acteurs. Certaines oeuvres sont justement célèbres, voire mythiques, d’autres le sont beaucoup moins.

J’ai bien aimé, pour son humour décalé et sa « richesse », L’Homme qui voulut être roi (1975), d’après la nouvelle de Rudyard Kipling avec Sean Connery et Michael Caine.

Je peux citer aussi : Quand la ville dort (1949) avec Marilyn Monroe, Moby Dick (1954) avec Gregory Peck, African Queen avec Humphrey Bogart, La Nuit de l’iguane, avec Richard Burton, Ava Gardner et Deborah Kerr, Moulin Rouge (1952) avec Bogart et Katharine Hepburn, Le faucon maltais avec Bogart, Le trésor de la Sierra Madre toujours avec Humphrey Bogart, Les désaxés avec Clark Gable et Marilyn Monroe.

Joyce

(*) « Il n’avait jamais lui-même rien éprouvé de tel pour une femme, mais il savait qu’un tel sentiment devait être de l’amour » – « Son âme s’était approchée de cette région où demeurent les vastes cohortes des morts. Il avait conscience de leur existence capricieuse et vacillante, sans pouvoir l’appréhender. Sa propre identité s’effaçait et se perdait dans la grisaille d’un monde impalpable : ce monde bien matériel que ces morts avaient un temps édifié et dans lequel ils avaient vécu était en train de se dissoudre et de s’effacer.« 

(**) « Oui, les journaux avaient raison, la neige était générale sur toute l’Irlande. Elle tombait sur chaque partie de la sombre plaine centrale, sur les collines sans arbres, tombait doucement sur le marais d’Allen et, plus loin vers l’ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s’amoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement tandis qu’il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l’univers, et, telle la descente de leur fin dernière, évanescente, tomber sur tous les vivants et les morts. »

http://agora.qc.ca/thematiques/mort/dossiers/john_huston_lhomme_qui_voulut_etre_libre

http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=9360

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gens_de_Dublin

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire