Avis. Homo sapiens, nouvelles origines – Arte – Résumé. (2020) 8.5/10

Arte en replay.

Ce documentaire rigoureux, didactique et plaisant, est réalisé par Olivier Julien.

L’archéologie humaine et/ou la paléoanthropologie ont fait un prodigieux bond quantique, en mettant à profit les concepts et techniques les plus avancées.

D’abord ils ont tiré profit des progrès de la datation.

  • Il se passe quelque chose d’énorme vers 42.000 ans avant notre ère. L’Homo-sapiens « moderne » remplace à peu près tous les hommes anciens qui restaient sur la terre. Mais la datation au carbone 14, peine à aller plus en arrière dans le temps. Et donc le concept homo-sapiens se trouvait un peu bloqué à cette date, par ces horloges imparfaites.
  • La thermoluminescence se base sur la restitution d’énergie quantifiable de corps cristallins. Ces éléments se comportent comme des compteurs de radiation. Ils sont remis à zéro quand ils sont soumis à plus de 450 degrés. C’est alors le point de départ d’une nouvelle accumulation d’énergie, par la radioactivité naturelle du site, que l’on peut mesurer après l’avoir étalonnée selon les époques. Elle sera libérée sous forme de lumière dont l’intensité sera évaluée avec précision, si on la sollicite à nouveau par la chaleur.
  • Et donc cela concerne des outils de silex qui ont été brûlés pour des raisons diverses. On croise avec d’infinies précautions ces éléments datables avec les restes humains qui les accompagnent, au sein des couches stratigraphiques. On étalonne chaque couche et on multiplie les mesures. Rien que pour connaître la très faible radiation naturelle – permettant de tarer chaque niveau – cela peut prendre des mois, des années.
  • La digitalisation progressive des sites, assure la parfaite pertinence des localisations des strates.
  • Avec tant de rigueur, les efforts sont récompensés. On parvient maintenant à dater avec précision des sujets de plusieurs centaines de milliers d’années.
  • C’est comme cela qu’une équipe a réussi à donner l’âge de notre candidat premier homo-sapiens, au Maroc à Djebel Irhoud, près de Khénifra : plus de 300.000 ans ! Bravo à cette équipe internationale conduite par Jean-Jacques Hublin (Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig et Collège de France) (*) !

Un autre progrès considérable est l’analyse 3D statistique des morphologies.

  • On sait bien que les crânes d’Homo-sapiens et de Néandertal sont fondamentalement différents.
  • De plus, dans chacune des catégories, sapiens ou non, il existe de nombreuses variations, tant au niveau des individus que de certains caractères, dans la mesure où ils ont évolué lors des progrès de l’espèce. Il faut donc savoir ranger ses « affaires » dans l’une ou l’autre case en fonction de critères mathématiques et statistiques. Ces fragments plus ou moins bien conservés, voire déformés, d’homme, de femme, d’enfant, d’adulte, de bien portant, de taré – à des degrés divers d’évolution – permettent-ils de les rattacher à une famille ?
  • Les chercheurs ont catalogué et paramétrés la plupart des plus anciens squelettes, près de 4000), grâce au système des coordonnées de points significatifs, afin d’en déterminer la « formule » par des équations probabilistes. Ils redressent et/ou complètent aussi ce qui a été abîmé.

Le faciès de ce premier homme marocain de 315.000 ans est clairement homo-sapiens.

  • Jusqu’à lui et ses proches, et pendant des temps immémoriaux, les outils de pierre étaient rustiques et toujours les mêmes. Preuve de l’incapacité à progresser de ces lointains ancêtres.
  • Avec lui, on voit des instruments plus fins avec une taille sophistiquée, qu’on appelle le type Levallois, et qui sont plus aptes à la propulsion. Des encoches permettent de les fixer au bout d’un bâton ou sur les flèches.
  • On observe également dans des sédiments équivalents, des coquilles volontairement percées qui témoignent sans doute d’un soucis d’ornementation. C’est le témoignage d’une forte abstraction, puisque ainsi l’espèce sort du strict utilitaire. C’est clair et net.

Mais la calotte crânienne de ce vieux Marocain, et donc son cerveau, n’est pas encore comme la nôtre, loin s’en faut.

On a donc la démonstration de l’existence d’un homo-sapiens à un stade de maturation différent que le notre. Et c’est bien plus logique ! Il a fallu une lente évolution compétitive pour que tous les avantages s’accordent entre eux et se potentialisent. Tout ne peut pas arriver d’un coup, sans essais, sans erreurs et sans réussites intermédiaires.

L’Homo-sapiens n’est pas cet individu survenu de nulle part et qui aurait d’emblée tous les attributs différentiels qu’on lui connaît. Avec tout son lot de particularités qui lui permettent une meilleure cognition, la conceptualisation, la symbolique, la parole articulée etc.

Cette vision « créationniste » m’a toujours parue suspecte, comme d’ailleurs l’idée qu’il n’ait pas cohabité, ne fusse qu’un moment, avec d’autres êtres humains moins aboutis que lui, en dehors du très différent et très localisé Néandertal.

Me voilà réconcilié avec ces sciences.

  • (*) www.inrap.fr Jean-Jacques Hublin a commencé sa carrière au CNRS avant de devenir professeur d’anthropologie à l’université de Bordeaux 1. Depuis 2004, il est professeur et directeur à l’Institut Max Planck d’Anthropologie évolutive de Leipzig (Allemagne) où il a fondé le Département d’évolution humaine. Il est professeur invité au Collège de France depuis 2014. Ses recherches ont principalement porté sur l’émergence des Néandertaliens et des Hommes modernes, et il est le père du « Modèle d’Accrétion » expliquant l’origine des Néandertaliens. Il s’est aussi intéressé aux interactions entre Néandertaliens et modernes en Europe. Il a été pionnier dans le développement de la paléoanthropologie virtuelle et a conduit de nombreuses opérations de terrain en Europe et en Afrique du Nord. Jean-Jacques Hublin est le président de la Société européenne pour l’étude de l’évolution humaine (ESHE) fondée en 2011.

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/une-nouvelle-decouverte-remet-en-cause-levolution-de-lhomo-sapiens

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