Avis. Jackie Brown – Tarantino joueur – Résumé. (1997) 7/10

Les films policiers avec une arnaque comme dans Jackie Brown, veulent toujours paraître plus intelligents que le spectateur. Question de standing. On traite de gros malins, alors le réalisateur fait le malin, les acteurs aussi, pour ne pas paraître à la traîne.

Et pour tenter de nous convaincre qu’il a autant de talents que ses personnages, Tarantino fait crépiter sa cervelle. Et pour que l’on s’en rende bien compte, il nous met toutes les cartes sur table.

Tous les rôles sont « smart » (intelligent) dans le film, à l’exception notable, et provocatrice, de ce repris de justice joué par De Niro. De cet acteur, on attend toujours à ce qu’il soit un gros rusé. Il joue ici un gars à l’esprit bien limité. Et ce n’est pas une ruse, car il ne sera pas brillant de bout en bout. Joli piège.

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On sait très rapidement que tout le monde convoite les 500.000 dollars cachés au Mexique par le trafiquant retors, incarné par le bouillant Samuel L. Jackson. C’est son pognon et donc c’est lui qui organise le rapatriement. Ça s’agite dans les neurones.

Jackie Brown est une hôtesse de l’air, qui a échoué dans une compagnie minable. Elle a eu des problèmes. C’est cependant une pointure impressionnante dans son genre. Elle attend juste son heure. Et c’est elle qui doit passer en douce la magot, question de survie. Elle est très futée elle aussi.

La première fois elle se fait pincer par les flics. Sans doute une dénonciation. Il ne s’agit pas des douanes, mais de ceux qui pistent Samuel pour son trafic d’armes. Les deux inspecteurs ne sont pas bêtes non plus. Il propose un « deal » à la belle et fière noire. Elle doit continuer son manège en donnant des éléments permettant de coffrer le caïd.

Cette femme très rusée accepte la proposition. Elle signale quand même cette nouvelle donne à son commanditaire. Ce double jeu est risqué. Mais elle démontre au malfrat que la seule solution consiste à feindre de marcher avec les autorités. Ainsi, ils la laisseront passer « officiellement ». Et si ils s’y prennent bien, le magot sera livré à bon port. Tout bénéf.

Mais il faut jouer serré. Samuel est prudent. Il organise une première importation de 50.000 dollars seulement, pour voir ce qui se passe. Jackie doit transmettre cette somme à une complice une fois aux USA, en échangeant un sac en papier anodin, avec le logo d’une enseigne d’un centre commercial. Elle n’est pas informée qu’il y aura en fait un double échange. Elle ne voit que sa partie à elle. La première réceptionnaire transmet à son tour à une tierce personne, à la même terrasse de bistrot. Trois sachets analogues. C’est assez bien vu.

Entre temps, De Niro et la petite copine de Samuel s’imaginent eux aussi qu’ils vont faire main basse sur la future livraison, la grosse, la vraie.

Et pour compliquer le tout, Jackie se lie à un prêteur sur gage (Robert Forster) afin qu’ils puissent détourner les fonds en leur faveur. Cela commence à faire beaucoup de personnes sur le coup.

La manœuvre de ces derniers, pour ce deuxième round, consiste à intercaler une étape inattendue, où Jackie achète une tenue dans le centre. On l’attend en bas, mais l’échange de paquets se fait à l’étage dans une cabine d’essayage. Les flics sont bernés. Et Jackie se justifie a posteriori en prétendant que la copine de Samuel la suivait et a forcé l’échange.

De plus le paquet ne contenait qu’à nouveau 50.000 dollars, car elle a mis de côté les 450.000 restants. Et le prêteur ami l’a rejoint au magasin de fringues, pour prendre la somme principale.

Samuel rejoint De Niro qui affirme qu’il n’est pas un voleur. Il raconte qu’il a fait semblant de rentrer dans la combine de la jeunesse. Il la même tué sur un coup de sang. Il tend confiant le paquet. Mais Samuel découvre que ce ne sont que 40.000 dollars (10.000 ont été prélevées par la jeune). Il est furax et assassine De Niro.

Il commence à comprendre que c’est Jackie qui mène la danse à présent. Laquelle joue à l’innocente et arrive à le convaincre de le rejoindre pour lui rendre tous les fonds restants.

C’est un piège où il est tiré comme un lapin par la police. Elle embrouille tout le monde et met le détournement des fonds principaux sur le dos des autres. Elle a fait préalablement un deal avec la justice, pour mener à bien le piégeage du trafiquant. Elle n’aura donc pas d’ennuis judiciaires.

Jackie n’est plus inquiétée et elle peut disposer de la grosse somme.

Vu de loin cela paraît idyllique, en particulier pour ceux qui auraient un faible pour l’actrice principale.

Mais à y regarder de près, Tarantino n’a pas été si rigoureux que cela.

  • Il n’y a jamais aucun alibi dans ces multiples tueries, alors qu’il y a plusieurs équipes de fins limiers qui cherchent la faute. Le sérieux du projet ciné en prend un coup.
  • Le rapatriement dans le grand magasin du sac avec le plus de pognon, par le prêteur complice, doit être très facilement traçable par les caméras. Ce « petit » élément ne tient pas, si l’on considère que les flics restent sur le faim. Ils devraient nécessairement remonter la filière et coincer Jackie et son pote. Car Robert Forster est connu de tous dans cette histoire.
  • Samuel a pris soin d’organiser cette histoire de double sachet la première fois. Et là le double sachet est mis en place par Jackie, en cachette et d’une toute autre manière. Pourquoi n’a-t-il pas fait lui ce système à deux sachets ? Il prétendait pourtant avoir plein de meufs à sa disposition pour exécuter cela. C’est nul !
  • Le titre désigne clairement Jackie Brown et personne d’autre. Il n’y a donc guère de doute que cette personne s’en sortira mieux que les autres. On sait cela avant même de se mettre devant l’écran. Bonjour le suspense et la déduction, avec ce présupposé là !

Sur ces seuls arguments, je peux affirmer que le spectateur peut être plus malin que le réalisateur.

Et puis il y a cette inutile romance ratée entre Robert Forster et Pam Grier.

Il n’est pas moins vrai que Pam Grier est formidable dans ce rôle. Quelle classe !

La prise de vue est bonne, le rythme soutenu. Hormis son sujet assez convenu et le fait qu’on y fume encore beaucoup de cigarettes, ce film n’a pas trop vieilli. Mais j’avoue une nette préférence pour Pulp Fiction de 1994.

Cet opus de 12 000 000 $ a quand même rapporté sept fois plus.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jackie_Brown

Pam Grier
Samuel L. Jackson
Robert Forster
Robert De Niro
Bridget Fonda

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