Avis. Juste la fin du monde Dolan – Baye – Cassel Ulliel – Seydoux – Résumé (2016) 7/10

C’est un travail original qu’on ne doit pas se sentir forcé d’aimer… ou de détester. Je dis cela car le travail de Dolan est mythifié par une certaine critique et abhorré par d’autres. Il faut donc se méfier des jugements extrêmes.

Qu’il me soit permis de rajouter que cet adaptateur, réalisateur, monteur, coproducteur, qui est clairement dans la cour des grands, n’a alors qu’à peine 26 ans ! Il a du naître avec une mini caméra en or dans la bouche.

Avant tout, ce huis clos filmé est une pièce de théâtre. Et donc l’enfermement palpable des personnages est largement entretenu par l’unité de temps, de lieu et d’action.

On connaît bien la plupart des acteurs. Et de les voir avec tant de difficultés « voulues » dans l’idéation et l’élocution est assez surprenant. Ce parti pris irritant devient l’essence du film, mais aussi un style en soi. Rien de bien réaliste au demeurant. Un travail expressionniste par de violentes éclaboussures de couleurs mais aussi impressionniste par de simples touches, pouvant se réduire à un clin d’oeil minimaliste repris ou non.

Mais cela permet surtout de beaux numéros, aux limites de ce que peuvent donner ces comédiens de premier plan. Et sans ces pointures, ces chaussures trop grandes deviendraient vite très fatigantes.

L’univers de cette famille est déconstruit, mais paradoxalement très solide. Ce sera donc ainsi pour les dialogues.

Le ressentiment général tient au fait que le fils prodigue, joué par Gaspard Ulliel, a laissé un trou en s’éloignant tant d’années. Et puis il n’a pas donné d’explication pour ces douze ans de liberté. Ça sent la trahison.

Mais son départ pourrait être du aussi au fait que cette famille exprime curieusement son amour par des messages conflictuels, avec une sorte de hargne haineuse.

Il a réussi dans le milieu artistique, c’est à dire aux antipodes de la trivialité du clan.

La violence vient principalement du frère sédentaire, dont le rôle est tenu par Vincent Cassel. Il ne veut absolument laisser aucune place à l’autre, quel qu’il soit. Il interrompt tout le monde de manière cassante et heurtée. C’est un fil sans réelle consistance et qui ne sert qu’à brimer ses proches et réprimer leurs élans. Il se débat avec un registre très limité. On se croirait dans la zone… ou dans feu la campagne profonde. Un no man’s land bizarre.

Sa tête de Turc principale est sa sœur, incarnée par une Léa Seydoux. Elle cherche à esquiver les coups et réplique en permanence. C’est un combat corps à corps, qui ne laisse pas le temps de la réflexion.

Mais son frère de retour en prend plein la tronche aussi. Cassel refuse que du haut de son nouveau statut conféré par la réussite, le revenant lui fasse de l’ombre. D’ailleurs il ne comprend pas du tout ce qu’il est devenu. Il ne peut pas être autre chose qu’un frère soumis, comme il le fut sans doute jadis. C’est comme cela qu’il l’aime. C’est instinctif et profond.

Marion Cotillard tient le rôle de la femme effacée et conciliante de Cassel. Mais ce faisant elle est toute aussi rabrouée par ce dernier, voire plus. Elle cherche à prendre le moins de place possible.

Nathalie Baye règne sur la tribu, mais pas en despote, juste en diplomate. Pour esquiver les coups, elle feint une certaine stupidité. Mais son amour plus policé est tout aussi véritable.

C’est un intéressant travail de desexistentialisme. C’est à dire que celui qui ramène de l’extérieur une épaisse couche civilisée et signifiante doit être démonté pierre par pierre et ramené aux liens primitifs qui sont l’essence de cette famille. C’est la seule possibilité d’en être un constituant à nouveau. Tout ce qui ne peut être compris des autres doit être éliminé. Et l’artiste va finir par s’en convaincre lui-même.

On entend très discrètement au début qu’il vient pour mourir. Cette «  fin du monde » est la sienne. Mais dit si furtivement cela ne prète pas à conséquence. Je pourrais parfaitement m’abstenir d’en parler. Cela peut passer pour une image, il va « s’enterrer » en quelque sorte au village. Une petite mort irréversible.

Mais en réalité, et ce n’est absolument pas explicite, l’artiste homosexuel va mourir du SIDA et c’est en effet son dernier voyage. Ce fut le cas pour Jean-Luc Lagarce l’auteur de la pièce. Et donc Cassel et Baye ont bien raison de lui demander avec insistance « pourquoi es-tu venu ? ».

Interrogation équivoque et sans réponse et qu’on prendre aussi dans l’acception suivante « pourquoi es-tu venu nous remettre en cause ? ». D’autant plus qu’il a l’air bien portant et qu’on lui rend grâce pour sa bonne mine.

La bande musicale francophone est de qualité.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Juste_la_fin_du_monde_(film)

Nathalie Baye
Vincent Cassel
Gaspard Ulliel
Léa Seydoux
Marion Cotillard

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