Avis. King of Staten Island – Judd Apatow – Résumé. (2020) 8/10

C’est l’histoire d’un « Tanguy » problématique de 24 ans qui ne veut pas quitter le doux foyer familial.

Voilà un thème qui n’est pas nouveau en soi, mais qui est traité ici en profondeur, sur de nouvelles bases et avec un réalisme saisissant. Et pour cause !

On a à faire ici à un jeune inadapté « misfit », qui vit dans une famille décomposée, avec pourtant une mère bienveillante. Le père pompier est mort dans un incendie quand il avait 7 ans. Depuis il se laisse vivre et en fait le moins possible.

Il est caractériel, flemmard, démotivé, querelleur. Il passe son temps à fumer du shit avec des amis peu reluisants. C’est un misanthrope moderne qui dit ses quatre vérités à tout le monde. Il est persuadé de voir plus clair que n’importe qui. Du coup son contact est refroidissant. Son attitude hostile est devenue une sorte de carapace qui l’isole des autres. C’est au fond ce qu’il veut, dans l’état où il est.

Il n’a vraiment pas toutes les chances de son côté, on lui a diagnostiqué une maladie de Crohn digestive, – mais qui n’est plus invalidante que cela ici – et de sérieux troubles de l’attention qui ont compromis son parcours scolaire.

Il en fait des bêtises. Sa bande chaparde et deal.

Il essaye de se convaincre qu’il a un avenir dans une formule qu’il a inventé, le resto-tatouage. Mais personne ne peut croire à son projet. Qui aurait envie de dîner devant ce charcutage ? Et puis il n’est vraiment pas très bon dans son art. Il s’accroche pourtant à sa bouée trouée, feignant d’avoir un but dans la vie. Il en veut à la terre entière, se posant comme un incompris.

En réalité, il ne sait pas qui il est et où il est. Il est proche du naufrage. Et de fait, il se sent profondément mal-aimé, déprimé et abandonné. Cela dit, il y est pour quelque chose. On dirait même que c’est voulu. Avec ces oppositions systématiques et une certaine suffisance, il a fini par se mettre tout le monde à dos. « tu rends cinglé tous les gens que tu rencontres ».

On comprend bien que le contexte ne lui a pas été favorable, mais franchement il déconne à plein tube.

Seul son petit gang, fait de gars aussi frappés que lui, le tolère. Mais c’est tout juste, là aussi.

Il casse tout (au figuré) et met la honte à ses proches.

Il fait une grosse connerie en tentant de tatouer un enfant, juste avec un semblant de consentement du gamin et par bravade auprès de ses mauvaises relations. Le père furieux va demander des comptes. Ce faisant il rencontre la mère du paumé. Il est lui aussi pompier.

L’homme du feu va se calmer en voyant qu’il a à faire à une femme mûre encore désirable (Marisa Tomei) – Il va même tout faire pour se mettre avec elle.

Qui plus est, il va entraîner la mère à couper le cordon ombilical. Le fainéant, qui n’aide même pas dans les tâches domestiques, va être foutu dehors. Il devra chercher un vrai boulot et se débrouiller pour se loger.

Le rebelle ne l’entend pas de cette oreille. Il remue dans les brancards. Il a senti que le nouveau compagnon de sa mère brode un peu sur la réalité. Et comme il est persuadé que c’est ce bonhomme qui l’a évincé, il fait tout pour qu’il soit déconsidéré. Il cherche des infos chez l’ex de celui-ci. Laquelle, aigrie, en rajoute forcément des tonnes à charge.

Il pense avoir découvert que ce divorcé refuse d’avoir un tant soit peu la garde des ses deux mioches, qu’il vit à la caserne comme un nécessiteux… bref on est loin du beau chevalier sauveur.

Il apparaît plutôt comme un opportuniste qui cherche à squatter chez la veuve.

Les deux finiront par être lourdés. Fini le sweet home avec la maman bonniche.

Le jeune insurgé n’a pas le choix, il est quand même dehors finalement. Il trouve un petit boulot de serveur. Et bien entendu, notre électron libre n’est pas très bon dans ce job subalterne. Cela ne va pas fort non plus dans ses amours. Il traite sa copine comme un coup et rien d’autre. Et surtout il n’a pas peur de lui dire. Elle va finir par en avoir marre elle aussi. Dehors !

Il va même participer à un casse foireux de pharmacie. Il fait cela de loin et un tantinet contre son gré, c’est plutôt par « amitié ». Toute la bande va se retrouver derrière les barreaux. Lui s’en sort et ne se sent pas coupable, n’ayant fait que le guet. Il n’a pas conscience de son implication, c’est tout lui cela.

Le séditieux est dans un long parcours fait de délinquance, d’opposition systématique, mais rassurez-vous il va finir dans une sorte d’adaptation rédemptrice.

Comme il ne sait plus où aller, il a l’audace de demander refuge à la caserne, là où se trouve le soupirant éconduit de sa mère. C’est fort de café. Mais le perdant ne lui en tient pas rigueur, il est plus grand âme que cela. Et finalement ses faiblesses sont moins graves que ne le prétendait son ex femme.

De plus les gars de la caserne ont un souvenir ému de feu le père du jeune, qui est mort courageusement dans les flammes. Cela crée une sorte de dette morale. Ils remboursent.

Il commencera par les corvées et se fera bizuter allègrement. Mais cette fois il tient bon. Il apprécie ce climat de tolérance, de franchise brute et de chaude camaraderie. « C’est la première fois que tout le monde ne me déteste pas ».

Il apprendra que son père pompier, qu’il n’a pas si bien connu que cela, n’était pas aussi clean que le prétendait sa mère. Il avait des faiblesses très proches de celles de son fils. Du coup le jeune reprendra confiance en lui petit à petit.

Un brin émancipé, il arrivera même à rétablir un lien plus profond avec sa mère, avec une autocritique salutaire. « Je suis un abruti, abruti… » « je n’arrive pas à me concentrer ».

Il encouragera le retour de l’amant auprès d’elle. Et lui même se rabibochera avec sa copine.

La psychologie de l’ensemble des caractères et aussi cette sorte de psychopathologie du protagoniste principal, sont finement décrites.

Et le happy end n’est pas juste là pour faire du bien. Cela aurait pu également mal se terminer.

Non, ce récit est fidèle à une réalité fragile et préoccupante qui n’est pas si rare que cela. Ce faisant, avec ce scénario méticuleux, les auteurs nous conduisent à une possible compréhension des mécanismes sous-jacents. Et ce n’est pas inutile.

On est loin du manichéisme habituel pour aborder des sujets de la sorte.

Il y a de réelles difficultés de « traiter », voir juste de « composer » avec telles personnalités insaisissables, tant elles sont à la fois fascinantes et repoussantes.

Pourtant on échappe ici aux deux écueils habituels que sont la culture de l’excuse avec rien de plus derrière et la religion du tout répressif qui tend à éloigner le plus possible la question. Le film nous montre une grande étendue du spectre et nous propose une solution dynamique qui épouse le parcours de la personne centrale et de son entourage. Chacun participe finalement.

La leçon de vie principale c’est que tout le monde est amené à s’adapter en permanence (la mère, l’amant…). Il faut tenter de lutter en permanence contre la rigidité et l’inflexibilité. Ou aider subtilement ce qui sont piégés dedans (le fils…) en leur montrant des chemins non directifs. Lesquels finalement ne peuvent s’en sortir que seuls..

L’acteur principal Pete Davidson, au physique un tantinet ingrat, représente bien le n’importe qui déboussolée qui pourrait se trouver dans ce dangereux no man’s land. Lui et le réalisateur se sont grandement impliqués dans l’écriture. Cela se sent.

Mais Pete aurait vraiment été dans une situation proche et d’ailleurs le film est dédié à son père pompier mort dans les attentats du 11 septembre 2001. Le fils bien réel avait lui aussi 7 ans quand le drame s’est produit. Belle concordance des temps, des lieux et des contextes.

Bill Burr qui joue le pompier de service, est également très bon dans sa composition.

Marisa Tomei n’a rien perdu de son charme troublant. A 55 ans elle ne peut plus jouer les jeunes premières, mais elle nous fait une femme épanouie de cet âge. Bien joué !

Le réalisateur Judd Apatow aime bien se confronter aux personnes à problèmes. « 40 ans, toujours puceau » c’est lui.

https://fr.wikipedia.org/wiki/The_King_of_Staten_Island

Pete Davidson
Bel Powley
Ricky Velez

Envoi
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