Avis. La maison (pas très loin du Donegal) – Jackie Berroyer – Résumé. (2019) 8/10

Un titre complexe, comme celui-ci avec ses inhabituelles parenthèses, est souvent le signe distinctif d’une entreprise qui se veut ambitieuse.

Là pourtant, c’est (ce n’est qu’un) un court métrage. On le doit à Mme Claude Le Pape.

Qu’est-ce qu’un court métrage ? Une entreprise inachevée ? Un travail de débutant ? Une œuvre en soi, qui serait au cinéma, ce qu’est la nouvelle au roman ?

Le court métrage est avant tout une séquence courte et bien délimitée. Le plus souvent il y a une unité de temps et d’action.

Des longs métrages peuvent ainsi héberger des sortes de courts métrages.

Le court métrage étant souvent un travail initial de réalisateur, il peut pécher par excès de zèle ou incompétence. Soit qu’il y en ait trop, soit pas assez.

Rares sont les courts métrages mémorables. Il faut bien l’avouer. Les critiques, en dehors des circuits spécialisés, ne s’y intéressent pas.

Celui qui nous occupe est un joli exercice de style.

L’excellent Jackie Berroyer campe un vieux d’apparence insignifiante, peut être un peu sénile et qui semble perdu dans ses souvenirs. Il fait visiter une maison à un agent immobilier. Par petites touches élégantes, on commence à comprendre ce qui se passe.

D’abord elle ne lui appartient pas. Ensuite il faut tout pour s’accrocher à ce foyer. Feu le propriétaire tolérait sa présence en échange de petits services. Ses enfants adultes veulent se débarrasser de la propriété rapidement.

Ce personnage un peu négligé, est à la fois repoussant et attirant.

On se rend vite compte qu’il va tout faire pour que la vente échoue.

Aux visiteurs il glisse des mots clefs, comme si de rien était : il parle d’amiante, de rats, de balcon qui s’effrite, de bêtes mortes, de terrain militaire proche, de chiens loups agressifs, de plantes poisons, de situation plein nord. Et il finit par dire que la propriété est vraiment proposée trop chère pour ce que c’est. Et le vieux renard rajoute même : « il faut être honnête ».

On comprend parfaitement son souhait de rester ici. On imagine très facilement le désastre que cela va être pour lui d’être littéralement déraciné. Il devra partir sans moyens, dans un monde forcément hostile.

Et pourtant les enfants du défunt ne sont pas ogres. Ce sont simplement des êtres qui sont dans une autre histoire et qui n’ont pas à s’embarrasser de ce vieux inutile, qu’ils ne connaissent pratiquement pas.

Je ne sais pas si Jackie Berroyer a juste voulu faire une bonne action en portant sur ses larges épaules ce petit film, mais le résultat est vraiment étonnant. Du bon travail.

  • Depardieu avait participé bénévolement à l’excellent Mammuth. De grands acteurs peuvent être généreux. Et c’était un long métrage.

Les deux fils sont sobrement interprétés par des Le pape, du même nom que la réalisatrice Claude Le Pape. La famille ça aide.

  • Ils finissent par arriver dans la maison de leur père disparu. Ils vont annoncer au squatter qu’ils ont vendu et qu’il doit bientôt quitter les lieux.
  • Leur trajet presque silencieux dans les pièces, alors qu’ils soulèvent quelques objets souvenirs, est poignant. Et pourtant c’est principalement du non-dit et des banalités sans conséquence. Preuve qu’on peut faire bien, sans pathos.
  • Leurs interactions et les distances qui les séparent et les rapprochent, montrent clairement qu’ils sont réellement des frères dans la vie, avec des rapports bien établis.
  • On arrive rarement à rendre cela aussi clairement au cinéma.
  • Le plan final a lieu sur une plage désertée. La scène exprime bien cette solitude embarrassée, après la mort de leur père. Quand on ne sait pas trop bien où on est. Un moment curieux où on se retrouve à la fois acteur et spectateur.
  • Leurs gestes simples comme de lancer banalement quelques cailloux à ricochet dans l’eau, en dit beaucoup plus qu’un long discours, sur le deuil.

Si je dis, vivement que la réalisatrice fasse de solides longs métrages, peu de gens pourront affirmer le contraire. Mais implicitement, on aura remis les courts métrages à leur place. Décidément on n’en sort pas.

https://www.unifrance.org/film/51930/la-maison-pas-tres-loin-du-donegal

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jackie_Berroyer

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