Avis. La moutarde me monte au nez – Jane Birkin – Pierre Richard – Résumé. (1974) 5/10

Un film pas trop drôle finalement.

Un comique connu, c’est quasi un copain. Alors excusez-moi de vous tutoyer.

Sérieusement, mon pauvre Pierre Richard, tu ne m’as jamais fait vraiment rire !

Pas que je déplore, que tu sois fondamentalement triste et accablé dans tes rôles. Ça c’est voulu, pour le genre de comique que tu as choisi. Non, simplement, tu n’es pas très bon.

Tu as eu la chance insigne, d’occuper presqu’à toi tout seul, ce créneau. Un registre bien connu et honorable, mais passablement déserté à l’époque. Mais on ne peut pas dire que tu aies porté ta charge au plus haut. Tu étais au contraire, au rez de chaussée de la farce et de la bouffonnerie.

Même si tu te gardes de dire des gros mots, et que tu te donnes des airs, ton jeu reste fondamentalement vulgaire.

La Bible parle de gâcher son talent. Encore faut-il en avoir.

Comment ne pas être affligé, quand comme ici, tu n’es qu’une pâle caricature des amuseurs du muet ? Une sorte de Yéyé de la blague, qui ne fait qu’interpréter lui aussi des succès américains, et qui s’imagine ainsi être devenu un grand artiste. Usurpateur, va !

D’une manière plus générale, presque tous les scénarios de ce type, que tu as accepté, tentent maladroitement de recycler de très vieux gags.

A moins d’avoir l’infinie indulgence d’un enfant, comment ne pas être navré de ce comique potache et éculé ? Les Américains appellent ce burlesque lourdingue, du « Zaney antics » (ou Zany).

Avec ta gueule, qui se voudrait celle d’un Pierrot lunaire, tu voudrais amener à toi l’indulgence poétique et usurper le prestige d’un Keaton.

Tu nous refais, une fois encore, le coup du grand dadais, aux laborieuses maladresses et qui se prend sur la tronche toutes les tartes à la crème de l’univers. Sans compter ce fameux râteau de cinéma. D’immangeables pots de peinture remplacent ici la goutteuse chantilly. Quant au râteau, il est figuré par les innombrables machins qui te cognent en permanence le crâne. Pas étonnant que tu es fini par devenir bête.

Pourquoi te fourvoyer dans ces spectacles qui n’avancent qu’à coups de quiproquos grotesques et de situations loufoques, le tout passablement avarié ?

Ce serait Jean-Paul Belmondo qui a d’abord été pressenti pour ce rôle, puis écarté. Il est clair que ce titan, aurait pu lui, sauver ce navet. De Funes, ailleurs, grâce à une infinité d’expressions, savait également élever le niveau, de scénarios désespérants.

La plupart des situations comiques du film ont déjà été vu cent fois.

  • Le coup de la prise de vue de cinéma, qu’on ne peut faire qu’une fois, et qui est définitivement gâchée par le clown, c’était dans La Party (The Party). Ce film culte de Blake Edwards, dans lequel brillait le grand Peter Sellers. C’était en 1968, six ans avant. Et ce truc a du être mis en scène d’une manière ou d’une autre, au moins plusieurs fois avant.

Les jolies formes d’alors de Jane Birkin, ne sauvent rien. Dans une autre Piscine, en 69, avec Delon, Ronet et Schneider, dans sa juvénile insouciance, elle a pourtant fait des merveilles.

Mon dieu comme cette starlette a mal vieilli, et c’était déjà avant le changement de siècle ! Ça fait de la peine.

Il en est de même d’une Bardot, mais pour elle, en dehors de ce physique passager, il n’y avait pas grand-chose d’autre à sauver.

Et que dire de l’angle politique ultra convenu de ce long métrage, qui fait tellement années 70 ? De Gaulle à peine dans sa tombe, on se moquait plus facilement de ces messieurs en DS noir et fanions. Piéplu y fait le notable. C’est un bon artiste, mais on l’a vu dans de meilleurs rôles.

La démagogie au pouvoir.

En forçant le trait, on nous donne à choisir entre d’un côté, une droite désagréable, coincée et quasi pétainiste, et de l’autre, d’orgasmiques secousses libertaires et manifestement lévogyres. A priori, on ne devrait pas hésiter à choisir entre ces caricatures.

Cette motivante carotte pour les ânes, on appelait cela la libération sexuelle.

Tous les plaisirs du monde étaient promis à la nouvelle génération narcissique. La précédente s’était serrée la ceinture, il fallait maintenant la desserrer. De là, il n’était plus très difficile de baisser le pantalon…

Pour atteindre ce paradis déboutonné, il suffisait de remplir quelques conditions très acceptables :

– se tourner les pouces, se tripoter, fumer, contester toute autorité, se vautrer et s’abêtir le plus possible.

L’idéal était en bas, chez le mythique ouvrier ou chez le paysan façon Larzac. En tout cas dans une vue de loin, passablement idéalisée.

Pour ces pauvres là, les loisirs n’étaient qu’un but lointain. Mais pour les fils et les filles de famille, ceux qui ne prenaient pas de grands risques en ayant le poing dressé, autant se servir tout de suite. Ils ont fourni les cohortes du « voyage de masse ».

Vive les lendemains paresseux qui chantent sous la couette, près de l’Himalaya, à Goa, Ibiza, San Francisco ou dans les Andes !

Sans doute une utopie tentante pour l’époque, mais on en paye encore aujourd’hui l’addition. Et ça ne me fait plus rire.

Bon d’accord, dans ce film, les « journaux d’opposition » en prennent aussi pour leur grade. Mais ils évoquent plutôt les tabloïds britanniques, dont on sait qu’ils n’ont pas tant le cœur à gauche que cela finalement.

Et la vie des homos à cheveux roses et voiture rose, n’était pas encore tout rose. Il était en effet interdit d’interdire quoique ce soit, y compris le ridicule. Et donc le rire moqueur se devait d’être sans limite. De ce côté, on a bien reculé depuis. L’ordre moral est revenu, et pas forcément par le côté droit de la route.

SVP chers descendants de « droit de réponse », ne ne faites pas un mauvais procès. Je vous assure que je n’ai pas envie de chanter « Maréchal, nous voilà… », ni d’assurer la promotion des chantiers de jeunesse.

Et bien sûr, je garde la révolution sexuelle. A ceci près que je ne l’attribue pas à Marx ou Mao, mais aux découvreurs de la pilule et des traitements efficaces contre les maladies vénériennes.

D’ailleurs, cette révolution s’est bien assagie, quand par la suite, on a pris pleine connaissance des méfaits cruels du SIDA. Faute de traitements parfaits, il a bien fallu reculer. Les « manifestes » n’y étaient pour rien. CQFD.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_moutarde_me_monte_au_nez

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