Avis. Le dernier safari – Stewart Granger – Gabriella Licudi – Résumé (1967) 5/10

On a beau jeu avec de tels films, situés dans l’Afrique occupée de l’époque, de « chasser » à notre manière, de nos jours, toutes les arrières pensées colonialistes. (The Last Safari).

Il y en a pas mal. Et alors ?

Ne commettons pas d’anachronisme ! Le réalisateur Henry Hathaway est d’un autre siècle (né en 1898). Déjà dans son fameux « Les trois lanciers du Bengale », il démontre qu’il est nostalgique du passé colonial.

Son combat, ou son alibi, est ici tout autre. Dans les années 60, il y avait déjà un embryon de conscience écologique et les anti-chasse commençaient à être bien vus. Ils allaient devenir majoritaires longtemps après et sombrer dans l’extrémisme.

Par la suite, mais c’est une autre histoire, le regard de nos sociétés sur la nature a changer radicalement. Par exemple, avant Cousteau, au cinéma, la mer est l’occasion de grandes bagarres à mort avec d’affreuses créatures des abysses. L’essentiel est de faire peur au spectateur et de vaincre ces bêtes effrayantes et supposées immondes. Après c’est tout juste si on ne lui fait pas des bisous.

  • Le requin sournois en particulier est mal vu. Spielberg l’a un peu travesti pour rendre son extermination encore possible bien après. Mais c’est une exception.

Le mouvement s’est poursuivi avec la disneyisation rousseauiste du monde. L’animal est devenu aussi tabou que le bon sauvage. Au point que de fil en aiguille, on en est même arrivé au totalitarisme Végan. Même un verre de lait est suspect maintenant, grâce à quelques contorsions cérébrales.

Notre civilisation est en mal de prêtres. Et les candidats, en quête de pouvoir sur les naïfs, se sont insinués dans chaque brèche possible. Eux, ils ont mangé du lion. Les interdits alimentaires et apparentés ont toujours été une des bases de la religion. La boucle est bouclée.

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Le vieux héros est un chasseur professionnel mais il conspue, comme il se doit, la chasse imbécile. Il doit être quelque part dans le mythe de l’égalité au combat entre la proie sauvage et l’homme blanc. Cette supposée noblesse de corrida passe plutôt mal aujourd’hui. Il est parti pour son dernier combat, qui ne peut être que solitaire.

C’est le raide Stewart Granger qui s’y colle. Un beau spécimen du self control bien british. J’aimais bien cette figure paternelle, quand j’étais tout jeune, comme dans Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang.

  • Pour honorer quand même sa mémoire, il faut rappeler qu’il a été courtisé par deux beautés incontestables, Grace Kelly et Ava Gardner, et qu’il a épousé la magnifique Jean Simmons. Un tel homme ne peut pas être mauvais.

Le jeune Américain fortuné est un playboy à la Gunter Sachs, comme on en faisait à l’époque.

Rien ne doit lui résister, pas même notre vieux chasseur d’éléphant. Il veut absolument avoir Granger comme guide. Il fait tout ce qui est possible pour lui faire baisser la garde et obtenir sa bénédiction. Et c’est loin d’être gagné, car le sage a besoin d’être seul. Le rôle de l’obstiné est tenu par le Lituanien Kaz Garas.

Gabriella Licudi, qui n’est pas moche du tout, est très mal mise en valeur dans ce film. Elle est bizarrement coiffée et mal maquillée. Elle se laisse aller à des danses très années 60 dans les villages ancestraux du Kenya. Le tournage ne lui a pas fait un cadeau.

  • Elle et son mari ont d’ailleurs été à la tête d’un safari lodge dans les années 70. Comme quoi un scénario peut laisser des traces dans la vraie vie.

Développer plus avant l’histoire n’a pas grand intérêt.

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Je pense maintenant à une jolie connaissance du Kenya. Comment peut-elle recevoir un tel film ? Il doit quand même rester les beaux paysages et quelques coutumes villageoises, si la réalisation et/ou la modernité n’a pas trop martyrisé tout cela.

Il n’y a pas d’obligation à faire le procès du colonialisme d’alors. Mais s’il reste des traces, à charge ou à décharges, ce ne sont que celles rapportées par de tels films. Où est la réalité ? Quelle foi leur accorder ? Alors ?

Le Kenya est colonisé depuis le VIIIe siècle avec quelques comptoirs arabes et perses. Et la variante anglaise n’a pas été un exemple de générosité. La guerre qui a permis l’indépendance en 1963 a été terrible pour les autochtones. Le film est donc post-colonial.

La colonisation de la France par les Romains est bien antérieure et bien entendu plus paisible. Et bien entendu, on ne pleure pas. Que tout cela est compliqué !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_Safari

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