Avis. Le Pacha – Audiard – Gabin – Gainsbourg – Résumé. Aperçu (1968) 8/10

Les gens de ma génération ont sans doute vu ce film plusieurs fois. C’est dire le plaisir qu’ils y trouvent.

Et je connais des jeunes qui sont très sensibles aux dialogues d’Audiard en général. On peut donc considérer un certain côté intemporel à ces œuvres.

Avec le recul, il me semble que Le Pacha est au polar traditionnel, ce qu’un Il était une fois dans l’Ouest est au western classique.

  • Déjà c’est un film policier où l’enquête en soi passe au second plan. L’intrigue est foncièrement simple. En fait c’est juste un support.
  • D’abord ce sont deux casses « cowboy » qui en soi ne brillent pas trop par leur technicité. On n’est pas dans Mélodie en sous-sol. Mais plutôt dans l’attaque de la diligence.
  • Et en toile de fond, c’est le flic et/ou ripoux habituel, doublé de l’encombrant « ami d’enfance de Maigret ». Ce camarade poissard, devenu flic comme lui, qui a toujours eu « la galipette maudite », qui « veut avoir l’air » et qui a fini par se compromettre avec le milieu parisien (mitan) pour épater les filles.
  • Il s’est fait butté et quelle que soit son implication, la nécessaire solidarité des poulets fait que cette déclaration de guerre des voyous réclame vengeance. Il n’y a pas de western sans vengeance. Ce sera donc en version française, la Saint Barthélémy du mitan (*).
  • Non, ce qui importe avant tout ce sont les gueules et ce que les protagonistes ont à dire sur leurs contemporains… et sur nous-mêmes ou sur ce que nous voudrions être.
  • On pourrait souligner la même chose pour les caractères bien tranchés dans les Sergio Leone.
  • Ici c’est l’ordre qui compte. Un flic est un flic, et un voyou est un voyou. On ne mélange pas les genres ! Cette adresse vaut pour tout.
  • « Moi, je suis pour l’ordre. J’aime que les voyous soient d’un côté et les poulagas de l’autre. Et votre pote, on ne savait plus très bien de quel côté il était. À force de fréquenter le milieu, il s’y était fait des relations. Même, en quelque sorte, de la famille. »

Et quand Gabin déboule dans la boite de nuit « Le Hippie’s », pour des raisons professionnelles, on aucun doute que ces deux mondes là sont totalement hermétiques l’un pour l’autre.

Gabin devient subitement le grand-père outré et dépassé. Et les jeunes totalement « space-out » sont dans une sphère située à un million d’années-lumière de celle du vieillard.

  • Une belle danseuse nouveau genre nous fait d’ailleurs un très beau numéro érotique, encore très regardable à présent. On est loin du strip-tease des aïeux ou du french-cancan.
  • Incompréhension totale de part et d’autre.

Dans ces genres renouvelés, les lieux ont également une grande importance. Il faut que cela soit beau et démonstratif. D’un côté le désert aride et ses canions, de l’autre la morne plaine française à perte de vue, sous le givre. Un point jaune là bas au fond devient une camionnette des postes qui s’approche. C’est la même devinette qui fait apparaître très progressivement un cow-boy au loin dans un paysage immobile.

Le polar était noir par définition. Là on entre de plein pied dans la couleur. Et on est gâté. Presque trop.

Ainsi un meurtre sera haut en pigments. Je pense par exemple au truand qui est achevé alors qu’il cherche son instrument derrière des pots de peintures. Lesquels, percés, se répandront sur les mains du trépassé et sur la scène de crime, en un mélange arc-en-ciel. Un beau massacre multicolore.

Mais il y aussi ces Matra en plastique bien bleu de la police. Avec là encore un contraste éloquent entre le vieux Gabin foncièrement gris et la modernité ultra-colorée. C’est voulu par Lautner et Gabin acteur n’a pas trop aimé qu’on lui fasse ce piège là.

On peut rajouter les aménagements d’intérieur aux couleurs vives, très années 60.

En poursuivant l’analogie, on se doit de parler de la musique. Elle est essentielle de part et d’autre.

Je n’ai pas à vous faire la leçon sur la bande son d’Ennio Morricone. Tout le monde est au courant. Chacun sait qu’elle est essentielle et même consubstantielle de l’oeuvre.

Et bien ici, je l’avoue, la bande son et le Requiem pour un con de Gainsbourg, me motive sans doute encore plus que le film en soi. C’est tout bonnement remarquable. Magnifique en soi, mais aussi très bien ajusté au propos. On sent avec le thème récurrent, dont les habiles percussions seules, les pulsations dans le cerveau des personnages. Et puis il y a ces ruptures brutales. Je n’ai besoin de rien d’autre.

  • La diffusion du Requiem a été interdite à la radio !

Il faut aussi signaler les dialogues minimalistes, métaphoriques et comminatoires. On ne parle pas inutilement dans le nouveau western, comme dans ce policier revisité. Les mots ont un sens… et parfois plusieurs.

A ceci se rajoute les phrases cultes de Audiard. J’ai déjà eu l’occasion de faire un parallèle avec la forme et le fond des écrits de Lao-Tseu.

Dommage qu’à force de les entendre, on n’ait plus l’effet de surprise. Ça gâche un peu.

Ces créations originales sont devenues du langage commun et on ne s’en rend plus compte. On croit même que le film emprunte des adages populaires, c’est un comble :

  • – « Je pense que quand on mettra les cons sur orbite t’as pas fini de tourner »
  • – « On n’emmène pas des saucisses quand on va à Francfort. »
  • – « Tu sais, quand on cause pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute ! »

Georges Lautner nous a fait là un nouveau film culte – il nous avait concocté ce long-métrage majeur, Les Tontons flingueurs en 1963 et c’était du noir et blanc alors. Le passage multicolore a été bien négocié finalement.

Plusieurs scènes, dont une quasi ratonnade chez le Coréen par le divisionnaire, ont fait que le film a été interdit aux moins de 18 ans. Ces « pudeurs » paraissent à peine croyables de nos jours.

Les acteurs ne déméritent pas : Jean Gabin bien sûr, mais aussi la craquante métisse Dany Carrel, un André Pousse impeccable, un Louis Seigner majestueux et j’en passe … Jean Gaven, Maurice Garrel, Félix Marten, Robert Dalban, Léon Zitrone…

  • (*) Le mitan, j’en ai jusque-là ! Voilà quarante ans que le truand me chagne ! Dans mon bureau, au ciné, dans le journal ! En costard clair ou en blouson noir, je l’ai digéré à tous les âges et sous toutes les modes ! Ça tue, ça viole, mais ça fait rêver le bourgeois et reluire les bonnes femmes ! C’est romantique ! Alors je vais me mettre au goût du jour. Les voyous, je vais plus les confier aux jurés de la Seine, je vais les sortir du bal ! Et pas à coup de mandat, à coups de flingue ! Cette fois, y aura pas de non-lieu, ni de remise de peine ! Je vais organiser la Saint-Barthélémy du mitan ! Et je compte sur personne pour me couvrir. Je décroche dans six mois. Je sais que vous avez déjà préparé les allocutions et commandé les petits fours. Alors qu’est-ce que tu veux qui m’arrive ? Je serai privé de gâteau ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pacha_(film,_1968)

Jean Gabin
Dany Carrel
Jean Gaven
André Pousse

Georges Lautner
Michel Audiard
Albert Simonin

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