Avis. Les dents de la mer – Spielberg – John Williams – Résumé. (1975) 8/10

Bien que ses sujets puissent parfois paraître anecdotiques, Spielberg est bel et bien un Maître es cinéma. Ici il n’a que 29 ans, et il fait un chef d’œuvre indiscutable. Ce qui n’empêche pas que cela soit un blockbuster.

Le petit génie maîtrise parfaitement le scénario et la caméra. Tous les ingrédients sont calibrés à la perfection. Et cela fourmille d’idées.

Le récit est fluide, sans temps morts mais aussi sans précipitation. Il y a du suspense, de la tension et de la respiration.

On sait bien sûr à quoi s’attendre, mais on sursaute encore à chaque bruit suspect, à chaque leurre visuel, tout autant qu’aux bribes de réalités. Autant de pièges que l’auteur à soigneusement mis sous nos pas.

  • Il faut noter que le monstre ne dévorera franchement quelqu’un devant nous qu’une seule fois. Le reste du temps ce sont des signes indirects. On ne peut donc pas vraiment parler de film d’horreur.

Les plans sont esthétiques et s’ajustent parfaitement les uns aux autres, dans un renouvellement constant. La photo est belle à souhait.


Les acteurs Roy Scheider, Robert Shaw et Richard Dreyfuss, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

On ne lésine par sur les figurants. Comme pour ces mouvements de foule complexes sur les plages, sur les quais.

La bande son de John Williams vient adroitement souligner, ce qui apparaît au total, comme une véritable symphonie.

Le réalisateur pose bien la problématique de la responsabilité et de la prise de décision, en période de crise aiguë.

Il oppose le policier soucieux de la sécurité et le maire qui défend les contingences économiques. Avec des allers retours, de fausses joies. C’est plutôt relevé et crédible.

Bien vu aussi, l’enjeu collectif et l’enjeu privé. On se remue davantage quand son propre enfant est menacé. C’est bien normal, mais cela peut compliquer les choses si on doit assurer la surveillance de tous.

On assiste même à un couplet sur les différences sociales.

Il y a ce qu’il faut de psychologie, de réflexion et d’indétermination.

Comme par exemple pour ce trio improbable que forment le chef Brody, le chercheur et le vieux briscard. Une belle dynamique de groupe.

Au début de leur expédition, un rituel sacré consiste à une surenchère de démonstration du courage par chacun. C’est une pièce d’anthologie. Deux d’entre eux montrent l’une après l’autre, des cicatrices de plus en plus graves. Et le dernier, démuni, tentant maladroitement d’apporter un peu d’humour. C’est une « battle » à la fois dérisoire et grandiose.

Et il faut voir le final de cette joute, quand l’aventurier mettra finalement sur la table son récit de rescapé du bateau de guerre Indianapolis. Avec ces 1000 requins dévorant les marins abandonnés. Nous aussi nous sommes scotchés par ces héros discrets, qui en ont dans le ventre.

Contrairement aux récits classiques, ici le héros n’est pas fixé d’avance. Ce ne sera ni le plus fort, ni le plus savant, ni celui qui a commis le moins d’erreurs. C’est un héros de circonstances, impliqué dans cette prouesse collective, mais qui mérite tout autant le respect.

Spielberg n’aura pas besoin de susciter la haine, ni contre qui que ce soit, ni contre le monstre marin. C’est autre chose. Il s’agit de peur et sans doute d’un peu de respect.

Ce film qui a 45 ans, n’a pas pris une ride (*) ! Un spectacle chaudement recommandé et par seulement pour ceux qui aiment avoir peur. C’est plus subtil que cela. Ce qui ne l’empêche pas d’être un colossal succès en salle.

  • (*) Depuis, Richard Dreyfuss a pris sérieusement de la bouteille. Il sait en tirer parti dans cette histoire drôle de maison de retraite dans « Juste pour rire » de 2019.
A peine 7 millions USD !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Dents_de_la_mer

Roy Scheider
Robert Shaw
Richard Dreyfuss
Lorraine Gary
Murray Hamilton

la version deux est cariée

Illustration empruntée à Julieta d’Almodovar – cette fois l’amour en mer

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