Avis. Les Hommes le dimanche. Nouvelle objectivité. Billy Wilder, Fred Zinneman, Siodmak, Ulmer 8/10

Le titre a tilté dans ma tête. J’avais entendu parler de cette œuvre novatrice à l’occasion de ce documentaire De Caligari à Hitler.

Les interprétations qui accompagnaient cette compilation étaient globalement discutables, mais ce panorama avait le mérite de montrer une multitude d’extraits du cinéma allemand d’avant guerre. De quoi mettre l’eau à la bouche.

Ce film se situe clairement dans une nouvelle vague ou un nouveau réalisme. Dans l’Allemagne de 1930, on appelle cela « nouvelle objectivité ». Ce terme est bien plus intéressant.

C’est un film de réalisateurs en herbe, qui deviendront des grands noms du cinéma :

Robert Siodmak, Edgar George Ulmer, Billy Wilder,Fred Zinneman – On pourrait comparer ce travail révolutionnaire à ce que fut L’As de pique (Černý Petr) pour Miloš Forman.

Les Hommes le dimanche est en effet un film muet en noir et blanc dans lequel on ne voit pas le futur cinéma abouti de ses concepteurs. Mais c’est une réalisation chorale et quand même homogène, qui signe une franche rupture avec ce qui précède. Dans ce Berlin insouciant avant l’orage on note le fort sentiment libérateur de ces années folles.

Ce travail est une sorte de saut quantique du septième art.

La vie à Berlin est banale mais plutôt gaie. Ce sont de petits employés ou représentants de commerce. Ils sont à la recherche de partenaires. L’intrigue sentimentale est simple, mais elle échappe quand même au déterminisme habituel.

Un jeune couple est composé d’un gaillard un peu lourd mais sympathique et d’une belle paresseuse qui aime bien rester au lit. Il a tendance à s’énerver un peu, vue sa léthargie.

Un beau gosse, qui est ami du jeune homme précédent, drague dans la rue une belle gamine brune à peine sortie de l’adolescence. Elle est moderne et coiffée à la garçonne. Il arrive à lui fixer un rendez-vous au lac pour le dimanche suivant.

Les deux hommes vont se rendre au lieu dit le dimanche suivant. Le plus gros voudrait que sa squatteuse de lit les rejoigne. Mais elle n’en fera rien.

La brune rancardée est venue accompagnée de sa meilleure amie, une blonde.

Le gros a bon caractère et s’amuse comme un enfant.

Le finaud tente d’aller plus loin avec la brune. Laquelle n’est pas insensible, mais ne voudrait pas avoir l’air de céder trop rapidement. Du coup le gars se rabat sur la blonde. Ils s’éloignent en faisant une pseudo poursuite. Et cela se termine comme il faut. L’union n’est pas montrée mais elle est évoquée de manière assez claire.

La brune fait la tête. Ils embarquent tous sur un pédalo. Les hommes vont aider deux autres femmes qui ont perdu une rame et sont désemparées au milieu du lac. Ils vont leur envoyer un billet qui ne laisse pas de doute sur leur caractère volage.

Du coup la blonde et la brune refont front commun. Ce qui n’empêche pas celle qui a été séduite et qui est maintenant franchement amoureuse, de réclamer un nouveau rendez vous pour le dimanche suivant. Cependant les forbans avaient programmé un match de foot. On ne saura donc pas s’ils vont donner suite.

C’est grave et léger à la fois. Grave, car ces filles croient tenir leur avenir en main et que tout peut s’envoler. Et léger car elles peuvent s’en accommoder quand même. Peine d’amour n’est pas mortelle. Cette ambivalence, c’est la vie.

Ces personnages et ce qu’on voit de Berlin, 3 ans à peine avant la prise de pouvoir définitive d’Hitler, est totalement opposé à l’image rigide, totalitaire, violente de ce qui va advenir bientôt. Mais cette autre réalité est bien là, et elle respire à pleins poumons.

La plupart des auteurs s’exileront intelligemment.

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27As_de_pique_(film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hommes_le_dimanche

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