Avis. Objectif mode : F. C. Gundlach – dans les yeux du plus grand photographe de mode allemand – Résumé (2018) 8/10

Encore un de ces reportages très bien faits, qui retracent les étapes majeures de la vie d’un artiste. A noter cependant qu’il ne porte que sur les bons côtés.

C’est sans doute le prix à payer pour obtenir la collaboration d’un éminent notable. Et c’était vraiment à une date limite puisque notre homme nous a quitté, là maintenant, il y a quelques semaines à peine.

Il s’agit de F.C. Gundlach, qui a été un très grand photographe de mode. La qualité de ses œuvres est indiscutable. Il a l’œil, c’est évident pour tout le monde. Et là où d’aucun n’aurait pas vu grand-chose, lui sait capter la meilleure composition. Et en tant que photographe de beautés exceptionnelles et de célébrités, il se donne le temps de composer, pour un rendu parfait. Il a en effet atteint la perfection dans son style.

Au point qu’un jour il a décidé de passer la main. Il avait sans doute tout dit ce qu’il avait à dire.

Il est devenu alors un des plus fameux expert et galeriste. Il a vraiment compris, bien avant les autres, la valeur de la photo. Il a fait des choix très visionnaires, comme d’acheter du Warhol alors que ses œuvres n’étaient pas si recherchées que cela, mais aussi du Munkácsi, du Mapplethorpe. Ce dernier immense artiste, à la fois crucifié et maudit, était davantage en enfer qu’au purgatoire, chez les collectionneurs. Le choix était vraiment audacieux.

Dans ce film, le léger effeuillage de l’artiste, même s’il est avant tout à sa gloire, a le grand mérite de nous donner à connaître un peu sa version de ses photos et de ses méthodes. Très instructifs ces rares propos du Maître ! Il y a du didactisme dans l’air pour qui se sentirait pousser des ailes et serait couvé par Apollon, dieux des arts et de la beauté.

Il faut l’entendre commenter sobrement la toute petite photo d’un couple nu et stylisé, fait par un de ses confrères, et qui pour lui est un des plus beaux clichés qui soit. Et comme lui, on en perçoit immédiatement ce qui nous semble une absolue perfection. Quand bien même on ne sait plus trop si c’était réalisé en plein air ou dans une sorte de mise en scène sur un balcon.

Et pour nous cela restera un Mystère (*). Comment ces lignes épurées nous transmettent tant ?

Cartier-Bresson en son temps disait qu’il a eu une révélation : «J’ai soudain compris que la photographie peut fixer l’éternité dans l’instant.». Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les instantanés de ce dernier artiste, sont en effet des fulgurances fixées à jamais, et au plus haut niveau qui soit.

En tout cas à notre humble « haut » niveau de simple humain, aux dernières portes de notre perception (doors of perception).

Ces simples 2D esthétiques, sont alors des équations complexes, engendrant des synesthésies, mêlées d’affects mais aussi d’évocations métaphoriques et d’échappements vers de l’abstraction. vallons < = > courbes < = > femme, pour donner un exemple basique. Sachant que tout cela reste forcément contextuel. Et que l’étendu de ce contexte varie beaucoup selon le vécu, les connaissances et les capacités de chacun.

Un jour peut être les neurosciences nous expliqueront cela. Mais en attendant, ces créations les plus abouties sont et resteront profondément « humaines ». Elles nous « parlent » pour l’instant… ce que ne fait pas encore – je suppose – le plus puissant des ordinateurs savamment programmé à cet effet.

L’homme aura-t-il toujours le dernier mot ? Et puis la créature versatile que nous sommes n’a-t-elle pas des goûts changeants ? Ce qu’on prend pour un summum, peut se révéler demain un petit sommet parmi d’autres. Les Aubes peuvent se révéler navrantes, la lune paraître atroce et tout soleil se montrer amer…

En mettant un 8/10, c’est surtout le prestigieux photographe que j’honore.

(*) Mystère : rite, culte religieux secret. Dogme révélé, inaccessible à la raison.

https://fr.wikipedia.org/wiki/F._C._Gundlach

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