Avis. Poulet au vinaigre – Chabrol – Poiret – Bouquet – Résumé (1985) 6.5/10

Autant le dire franchement, je n’ai jamais eu une grande estime pour l’oeuvre de Chabrol. Dans mes lointains souvenirs, Poulet au vinaigre me semblait cependant un des rares films qui pouvait être sauvé.

Je vais donc tenter d’opérer une réévaluation, qui se veut la plus lucide possible.

Commençons par les bonnes nouvelles.

  • La prise de vue est belle, avec des gros plans bien amenés. Le montage est fort correct.
  • Mais le plus intéressant, c’est l’excellent jeu des acteurs. Avec très au dessus du lot, l’ami Poiret. En incarnant un flic intuitif et qui s’affranchit des règles communes, il est pile-poil dans ce qu’on attend de lui. Cet électron libre est incroyablement bien incarné par ce vrai franc-tireur, qu’est l’artiste lui-même. On l’aime pour cela.
  • Et pourtant cet inspecteur Lavardin ne déboule sur les lieux qu’au milieu du scénario, après plus de 40 minutes. Il sait se faire attendre le coquin.
  • Sa remarquable prestation force le respect au point qu’elle fait taire nos plus élémentaires scrupules. On finit même par accepter qu’il agisse comme un tortionnaire de la Gestapo, vu que c’est pour la bonne cause et que les autres sont soit des témoins trop silencieux soit d’authentiques salauds ! Et va pour les coups de poings dans la gueule et va pour le supplice de la semi-noyade, version évier. C’est tout juste si on n’applaudit pas. Il faut le faire !

Venons-on aux mauvais côtés.

  • Ce film policier est tiré par les cheveux. Les deux meurtres sont grotesques. Le jeune postier qui a bien vu qu’il se tramait quelque chose de malsain avec cette base de statue n’en tire pas les conséquences qui s’imposent. Le fait que Lavardin ait été aussi sur les lieux en espionnant cet enquêteur en herbe, semble fabriqué in extremis et n’arrange rien au manque de crédibilité du film. On est dans la logique d’enquête du coup de bol.
  • Les bourgeois sont caricaturaux, comme toujours chez Chabrol, ce bourgeois malgré lui. Et Michel Bouquet nous fait son sempiternel numéro de notaire de province pas très net. Jean Topart, en médecin manipulateur, nous fait du Jean Topart. Ni plus ni moins.

Les histoires secondaires donnent un peu de mouvement à l’ensemble.

  • Stéphane Audran nous fait une mère possessive accrochée à sa maison, au point de vouloir la brûler plutôt que de la céder. Une pirouette bâclée, sans doute inventée à la dernière minute, fera que l’infirme se lèvera au final. Audran a aussi ce petit côté malsain qui matche tellement bien avec ce monde chabrolisé voire chabrolesque.
  • Plusieurs poulettes (sans vinaigre) jouent de leur charme. Il s’agit de séduire ce qu’il y a de valable sur le marché local. Et le réalisateur n’hésitera pas à exposer largement la poitrine ultra généreuse de Pauline Lafont, qui est reconnu comme un argument de premier ordre. Elle joue dans le créneau jolie fille du peuple, tout sourire.
  • L’actrice prometteuse se tuera, sans doute accidentellement, 3 ans plus tard, alors qu’elle a à peine 25 ans.
  • Une autre femme, plus embourgeoisée mais tout aussi charmeuse, jouée par Caroline Cellier, montre un effrayant mépris pour les autres, dont son vieil amant officiel. Encore quelque chose de peu ragoutant. Mais Chabrol adore fouiller dans les poubelles. Et Caroline Cellier, avec son côté trop sûr d’elle et crispant, entre bien dans la peau de ce personnage antipathique.
  • On peut noter aussi la présence fugace de la belle Josephine Chaplin, qui sera la première victime.
  • Le jeune Lucas Belvaux interprète bien ce modeste postier de terrain et qui se trouve des talents d’enquêteur amateur. Il est partagé. Il y a d’un côté les devoirs envers sa mère à l’amour tyrannique avec les saloperies qu’elle lui impose de faire et de l’autre les élans centripètes que lui dicte sa libido tenace.

Ce film policier ne tient pas la route. Reste ce magnifique one-man-show de Poiret mais aussi une curieuse nostalgie inversée. Chabrol le triste, nous montre le petit bourg où l’on s’ennuie, les vieilles Renault, les vieilles Peugeot, les Ami-6 et j’en passe… Tous ces éléments qui ont largement contribué à désenchanter notre époque. Même la belle américaine paraît sinistre, telle qu’elle est vue par ce réalisateur. Il nous communique son spleen tenace qui recouvre tout, voire son dégoût. Si au moins c’était voulu !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Poulet_au_vinaigre

Jean Poiret
Stéphane Audran
Lucas Belvaux
Michel Bouquet

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