Avis. Pour quelques dinars de plus – Résumé. (2016) 8/10

Une immersion pleine d’humanité, dans le monde de la débrouille, de la petite escroquerie et des prisons glauques. Le film est tournée dans une Jordanie qui ne se porte pas si bien que cela. Cela pourrait passer pour une comédie néo-réaliste légère, mais c’est bien mieux en réalité. (Blessed Benefit)

La plupart des personnages qui vont se croiser, ont essayé de joindre les deux bouts et ont fini par se prendre les pieds dans le tapis. Certains sont mieux lotis que d’autres, mais tous tirent la langue. Les familles attendent que lepère et mari les entretiennent correctement. Dans ce pays au fort taux de chômage, rien d’honnête ne marche vraiment. On vit dans les semblants et les promesses de jours meilleurs. Les dettes s’accumulent.

Parfois on se laisse tenter, en oubliant d’honorer un contrat pour lequel on a été rémunéré à l’avance. Mais un jour il faut payer la note, car l’appareil judiciaire et policier, curieusement, n’a pas trop l’air de trop dysfonctionner.

Le héros qui n’a pas l’étoffe d’un véritable escroc, va se laisser aller lui aussi. Il sera rattrapé et terminera en prison, faute de pouvoir payer sa dette. De là il implorera ses propres débiteurs de le rembourser pour qu’il puisse sortir.

Le monde carcéral fonctionne selon ses propres règles. Ce qui signifie d’abord un peu de corruption dans l’encadrement. Quelques dinars en échange de menus services.

Mais il existe aussi des règles tacites, chez les taulards confirmés comme chez les primo-arrivants. Avant tout, on respecte le chef de chambrée autoproclamé. Il est légitime à régner sur sa micro-jungle. Cet étage improvisé de régulation arrange la direction finalement et est nécessaire pour maintenir un semblant de savoir vivre ensemble.

Le modeste « kapo » monnaye ses services, distribue les faveurs. il déterminera quand il faut éteindre la lumière. Un point clivant entre les joueurs de cartes et ceux qui sont fatigués. On ne rigole, il y a de quoi engendrer de grosses bagarres chez ces prisonniers à bout de nerf.

Selon son bon vouloir ou les capacités financières du demandeur, le chef attribuera telle ou telle couchette. Certaines sont à éviter. D’autres sont recherchées. Elles ont un statut géographique bien précis, comme quand on habite un beau quartier ou non.

Ici le caïd – du temps de sa gloire -, organise même un petit magasin. Son pouvoir dépend bien entendu de sa force mais aussi de son charisme et de sa capacité à réguler les inévitables conflits.

Mais il est à la merci d’une conspiration, si on juge qu’il ne convient plus. Un coup d’état peut se produire. Il doit rester sur ses gardes et veiller à ses alliances. Cela ne s’improvise pas. En général la tache est dévolue à un vrai truand, un dur.

Il y a un peu du Charles Vanel dans Le Salaire de la peur dans cette histoire. Avec la mise en cause de ce qu’il est, par petits coups successifs et estocade finale, pour finir dans un certain mépris.

Ces aspects de la micro-société sont très bien rendus par les auteurs. C’est vraiment les fondamentaux de l’espèce humaine sociale qui sont relatés ici, dans ce « loft » minable.

Notre héros n’est pas coupable d’un grand délit, il n’est au trou que pour 3 mois. Il est assez fin pour comprendre qu’il faut se conformer de suite aux règles du lieu. Il paye sans s’offusquer. Il va gagner progressivement la confiance du caïd. C’est une inclination naturelle, pas forcément un calcul. Il fait preuve de souplesse. C’est un des rares détenus à paraître tout à la fois docile et respectueux, tout en gardant son honneur. Il ne peut pas compter sur sa force physique, mais sur sa capacité à parler à tous. On oublie souvent ce caractère pivot dans les jeux de rôles.

Très instructif. Il n’y a pas un poil de pathos, ce qui est remarquable avec ces situations individuelles pires les unes que les autres. Au contraire on pourrait même y voir un message d’espoir. Si le microcosme peut se réguler correctement, il devrait en être de même à l’échelle de nos sociétés.

Le film ne se gène pas de critiquer l’administration, alors même qu’il y a un portrait du monarque actuel dans les bureaux. Courageux ?

Le procureur fait son job en exigeant qu’on s’engage à dire la vérité la main droite sur le Coran. Qui oserait mentir ? Pas le héros, ce qui l’envoie tout droit en prison sans qu’on ait à enquêter. Des camarades de cellules se foutront de lui.

Quand les situations sont critiques, il y a toujours un bon apôtre improvisé pour dire qu’il faut s’en remettre à Allah. Comme si l’entité était à même de résoudre toutes les causes perdues… ou que rien de terrestre n’avait finalement d’importance.

A force d’être répété d’une manière ou d’une autre, ce message en forme de dernier espoir, pourrait sembler presque ironique. Terrain glissant.

Les acteurs sont excellents : Ahmad Thaher (Ahmad – Le personnage « pivot »), Maher Khammash (El Mor), Odai Hijazi (Abu Wafa), Nadim Remawi (l’homme mort), Mahmoud al Massad (Ibrahim – C’est le réalisateur mais aussi un des acteurs), Fayez Salmane el Huwaiti (Salem)

https://www.imdb.com/title/tt5161784/

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