Avis. Quand on a 17 ans -Téchiné – Kacey Mottet-Klein – Résumé. (2016) 5/10

La prise de vue chez Téchiné est incroyable belle et précise. Dans cette simplicité apparente, tout à l’air plus net, mieux dessiné, plus vrai. C’est un travail de grand esthète, au sommet de son art. On est dans le registre de ces peintres illustres, qui à la fin de leur vie, ont réussi à éliminer tout le superflu et se consacrent désormais à l’Essentiel.

Et ce maître sait raconter une histoire.

Mais, et il y a un très grand mais, le réalisateur semble bloqué dans des schémas de pensée d’il y a 50 ans.

Même si ce film se veut contemporain, son monde n’est plus notre monde. Il est animé par cette matrice idéaliste simpliste et commode, qui prêche en boucle une tolérance obligée, qui est devenue de ce fait une intolérance, qui trouve son apogée dans la cancel-culture. A quoi on peut rajouter l’universalisme forcené, la juxtaposition et l’acceptation par principe de toutes les cultures, la liberté absolue, quitte à flirter ouvertement avec la pédophilie, et la défense des revendications minoritaires, quelles qu’elles soient…

  • Cela a commencé par les révoltantes manifestations pro-Khomeini des étudiants dans les années 60 en Europe et l’apologie par de nombreux naïfs de l’atroce révolution culturelle de Mao. Et bien entendu au sommet de ces manipulations, il y avait les Michel Foucault et les Jean-Paul Sartre, c’est à dire les emblèmes de la dictature intellectuelle de cette époque.
  • On aurait du se méfier par principe : on sait pourtant de longue date que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Errare humanum est, perseverare diabolicum : pourquoi donc continue-t-on encore aujourd’hui dans les mêmes travers ?

Dans ce récit centré sur deux adolescents qui se cherchent, on sent à tous les niveaux ces conventions artificielles. On est au-delà des simples clichés. Il s’agit de partis pris. Là est le danger.

D’abord un collège de maintenant n’a plus grand-chose à voir avec cette image idéalisée d’un établissement bien tenu, sans réels problèmes, où peut encore s’exprimer une autorité clairvoyante, où absolument tout le monde peut progresser, si on lui donne sa chance. Et on fait un sort à l’esprit de concurrence. C’est le vieux rêve républicain de gauche, lui-même dérivé des Évangiles … et donc de la secte des Esseniens.

  • C’est faire peu de cas de la régression profonde l’éducation. On pourrait même parler de faillite. La tutelle est même obligé de tricher sur les notes au bac pour tenter de masquer le problème.
  • L’heure est à davantage à l’acculturation. Le paradis est pour les simples d’esprit. On est donc bien dans cette nouvelle religiosité.
  • Et c’est ne pas voir les clivages profonds qui s’y sont immiscés, y compris entre certains groupes d’élèves. De plus en plus, on doit parler de désintégration au lieu d’intégration.

Le médecin généraliste de montagne est campé par l’éternelle Kiberlain. Mon dieu, le cinéma français n’a-t-il vraiment que cette actrice très moyenne à nous proposer ? On ne voit plus qu’elle, quelle tristesse !

  • Et là encore ce ne sont que des clichés datés. Sa médecine doit être un sacerdoce, pour nous la rendre aimable. Elle ne fait pas payer les pauvres. Elle se tape des heures aller retour dans des conditions de neige extrême. Son minuscule véhicule est même bloqué. Et au final pour cette seule consultation, elle fera crédit. Voilà l’image pieuse d’Épinal sur laquelle se base notre aïeul du cinéma.

Son mari est un valeureux militaire. En tant que pilote d’hélicoptères, lui il ne tue pas bien entendu. Ce gradé exemplaire n’a pas les mains sales. On peut l’assimiler à un acceptable serviteur de l’« humanitaire ». Il sera fauché par des « barbus ». Et la dame se retrouve noyée dans une tristesse romantique de type « un été 42 », avec un œil sur le côté en direction d’un beau jeune homme.

  • La encore l’esprit non-belliqueux « peace and love », que l’on doit aux années 60, a laissé des traces.

Et puis il y a ce bel agriculteur homo et branché, qui grâce à la modernité dirige ses vaches de loin. Sans qu’il ait à s’obliger à des contacts avec elles. Il est prospère et peut même se permettre un robot qui tond la pelouse de son joli chez soi. Ce beau spécimen cherche ces partenaires masculins sur Internet. Il est assez bien pour entrer désormais dans n’importe quel salon de bobos. C’est une extension des villes à la campagne qui n’aurait pas déplue à Alphonse Allais

Ces lourds partis pris sont encore plus nets pour le sujet central. Il s’agit de nous montrer la souffrance de deux homos en herbe. Ces deux 17 ans sont forcément passablement désorientés. On ne leur a pas appris quoi faire à l’école. C’est la faute à la société, bien entendu !

  • C’est le couplet convenu que l’on associe à ces jeunes poètes maudits (confer le titre rimbaldien). Cette « courageuse » minorité est bien entendu bien meilleure, que les autres. Eux, ils sortent du troupeau. Ils se distinguent de ces insignifiants, qui ne savent pas se défaire du main-stream et du panurgisme social. En tout cas, cette vision « libératrice » est bien celle d’une époque.
  • Et on nous fera le coup de l’infinie compréhension de la mère de maintenant : « times they are changing did change » – le père est ad patres. C’est désormais une obligation morale pour ces anciens, que d’accompagner et d’aider ces oiseaux à faire leur coming out.
  • Il y a même désormais une certaine fierté de classe (d’âge) d’avoir un homo dans sa lignée. C’est un magnifique faire-valoir de sa grandiose tolérance. Une sorte de démonstration à lui tout seul.

Pour résumer cela en quelques mots, ce film à la plastique parfaite, nous balance une conception Bisounours, qui travestit complètement la réalité et qui persiste dans l’erreur.

Si je peux me permettre cette charge contre les « gentils », c’est que le laisser-faire, le laisser-aller de ces « innocents » est le grand responsable du sombre tableau actuel Cela découle précisément des prises de position relativistes de la génération de Téchiné. Et on en est qu’au début de cette destruction massive, on profite encore un peu des graines semées avant eux.

Et quand on considère des œuvres tardives comme celles-ci, on voit bien que lui, comme beaucoup d’autres, ne sont absolument pas conscients de leur responsabilité.

Ayant dit tout ce qui précède et qui n’est pas flatteur, ayant cependant quand même fait un compliment sincère pour la beauté des images, on ne doit pas omettre non plus de saluer le talent des ces jeunes acteurs que sont Kacey Mottet Klein et Corentin Fila. Tout cela n’est pas de leur faute.

A noter que le vieux réalisateur apprécie le thème de l’homosexualité et des personnages qui se cherchent, puisqu’il a sévi un an plus tard, en 2017, avec le consternant « Nos années folles » – En 2009, il a présidé le jury du concours de scénarios contre l’homophobie, ce qui ne fait que confirmer la composante doctrinaire de son approche. En continuant ainsi, il n’est pas étonnant qu’on entre dans un septième art, canalisé par des quotas de minorités et des conventions de représentation favorable qui deviennent obligatoires (cf nouvelle charte pour présenter un film aux Oscars)

Je vous le dis, le mal est bien plus profond qu’on ne le croit. On aurait tort de minorer l’impact négatif de films comme celui-ci.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quand_on_a_17_ans


Kacey Mottet-Klein

Corentin Fila
Sandrine Kiberlain
Alexis Loret
Envoi
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