Avis. Regain – Film Giono Pagnol Fernandel – Résumé. (1937) 7.5/10

Ce beau film en noir et blanc commence comme une triste La Strada provençale.

Une pauvrette est littéralement violée par une bande de malfaisants qui profitent de sa faiblesse. Elle vient d’être lourdée d’un minable spectacle ambulant. Elle est jouée par Orane Demazis, la compagne de Pagnol.

Un pauvre rémouleur, interprété par Fernandel, la sauve de la poursuite des assauts sexuels. En manque de bras pour tirer sa lourde carriole, il lui propose de l’aider en échange de la pitance. Elle devra aussi se plier à tous ses caprices, dont la galipette.

Ils vont se trouver sur le chemin d’un village en ruine au sommet d’une colline. Ici presque tout le monde est parti. Reste une vieille et un grand gaillard obstiné (Gabriel Gabrio) qui se contente de chasser. Tout se dégrade mais il n’y fait pas attention.

La vieille lui enjoint de prendre une femme, quel que soit le moyen. Il va rencontrer Orane par accident. Constatant que ce paysan a meilleur caractère que Fernandel, qu’il est simple mais gentil, elle va accepter de le suivre.

Le reste du film consacre les efforts méritants de ce couple pour reprendre le dessus. Ils vont semer du blé. Et le succès aidant, le village a toute les chances de revenir prospère.

Fernandel demandera sa part. Il veut un mulet et son harnais pour remplacer celle qu’il prétend avoir sauvée et perdue. Une bête remplacera « la bête humaine ». Gabriel s’exécutera pour solde de tout compte.

L’intérêt ne réside pas tellement dans cette histoire qui est assez simple. Le film dure quand même deux heures trente, sans que l’on s’en rende compte.

Ce qui compte vraiment c’est d’abord la psychologie tranchée de ces personnages quasi légendaires et la mythification des fondamentaux.

– Heureux les simples ! Les derniers seront les premiers !

– L’amitié est érigée en vertu suprême.

– Le respect des anciens, surtout s’ils sont faibles, prime sur tout.

– L’épisode du pain a de quoi tirer les larmes. Même si on rajoute à l’épure initiale du don du pain, un deuxième épisode d’élévation inutilement christique.

– Le beau travail manuel est également poussé au niveau mythologique. C’est d’abord le corps à corps avec la matière, la prière pour amadouer les éléments, puis la fécondation par le geste auguste du semeur (St Matthieu + Hugo + Millet + Van Gogh… )

– Je passe sur l’apologie du patriarcat qui n’est plus trop à la mode.

En 1937 on a besoin de revenir aux bases, pour savoir où on est, à défaut de savoir où on va.

– Ces points fixes permettent de s’arrimer à quelque chose. La terre c’est du solide, même si une grande partie de la société est « moderne » et ne rêve pas de cela. Et bien entendu ce retour aux sources avec du blé « bien français » n’est pas exactement le message pétainiste à venir de « la terre ne ment pas », ni l’apologie du renouveau national (renaissance du village, regain…).

Mais les désarrois de l’époque ne sont eux pas si éloignés que cela.

  • Puisqu’on est là, à noter la présence de Robert Le Vigan en méchant brigadier qui n’hésite pas à abuser de son pouvoir. Il est infect et va faire des misères à Fernandel. C’est de l’arbitraire à la Kafka et c’est bien vu.
  • Selon wikipédia, après la Libération, son implication dans la collaboration lui vaut d’être condamné à la dégradation nationale et à dix ans de travaux forcés. Il devrait une grand partie de l’opprobre à sa fougue antisémite sur Radio-Paris. Il aurait eu la plume facile quand il s’agissait de dénoncer les camarades. Ces amis ont tenté de le sauver en plaidant l’irresponsabilité. Et on ne peut pas dire que Julien Duvivier, Louis Jouvet, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault aient été des défenseurs suspects. Même Truffaut a essayé en vain de le faire revenir de son exil.

A voir pour ce témoignage sur la vie dure d’une époque, tempérée par un dynamisme et une positivité qu’a totalement oublié notre peuple, devenu enfant gâté et archétype de la râlerie.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Regain_(film)


Fernandel

Gabriel Gabrio
Orane Demazis
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