Avis. Reservoir Dogs. Tarantino. Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, Steve Buscemi. 7/10

Quentin Tarantino aurait-il érigé un de ces monuments sacrés, qu’on n’aurait plus trop le droit de critiquer ?

En fait, il s’agit d’une création « architecturale » osée, que l’on doit à un analyste assez sérieux du cinéma mondial.

Mais est-ce si équilibré que cela ? C’est parti comme un film d’amateur, sans prétention. Dixit Tarantino. Mais chemin faisant et compte tenu des pointures réquisitionnées, le projet a considérablement gonflé.

On parle maintenant de film « culte ». Une caractérisation qui recouvre généralement les films expérimentaux et pas toujours aboutis, mais qui ont bousculé l’art cinématographique.

Bertrand Tavernier, qui avait également la double casquette de réalisateur et d’historien du cinéma, ne tarissait pas d’éloge, car lui voyait la tambouille et les astuces de la création. Ils s’aimaient bien ces deux là.

Et pour la méthode ?

Avant tout, notre réalisateur débutant pratique le reverse engineering. Une technique consistant à dépiauter les films de truands, en partant du résultat final, pour en prélever les principes.

Il en a découpé tous les éléments, puis les a rassemblé à sa manière, à l’envers. On part de la fin et on explique par les images, progressivement, les propos tenus au début. Ce sera le cas aussi dans le futur Pulp Fiction. Plus fort encore il cantonne les protagonistes à des couleurs (Mr White, Mr Orange…) l’histoire qu’il ne connaisse rien l’un de l’autre dans la bande. Mais c’est aussi un coup de cinéma qui frise l’abstraction.

Le même procédé est utilisé pour les caractères. On assiste d’abord à ce qui semble une assemblée de gamins farceurs et enjoués. Mais on finira par découvrir qu’il y a là des tueurs froids et des tueurs sadiques de la pire espèce.

Tout s’emboîte au final, même s’il existe des incongruités par rapport à de vraies devenirs de gangsters. Ce n’est pas un film sur les bandits, mais un film sur la représentation au cinéma de malfrats hyperboliques, les plus abjects. L’hyper-outrance est la règle et sans doute que cet artifice nous empêche de juger le film sereinement. Soumis à une telle débauche de sang et de cris, on a vite à faire à des courts-circuits neuronaux.

L’agonie de Tim Roth, une balle dans le ventre, et les tentatives maladroites de Harvey Keitel pour le maintenir en vie et lui redonner confiance est bien de ce tonneau là. Le spectateur se rend compte rapidement que c’est quasi désespéré. Il acquiesce quand on parle de le laisser devant un hôpital, il se morfond quand on ne le fait pas, pour qu’on ne remonte pas la piste. Tarantino nous a bien eu.

Il faut voir aussi les danses jubilatoires de Michael Madsen, alors qu’il mutile et massacre un policier prisonnier, pour comprendre que notre auteur malicieux tente de nous rendre complice de ces crimes virtuels. Si c’est le cas notre sort est scellé. Impossible de se dépêtrer du film. On est prisonnier à notre tour. Qui va jeter l’allumette sur ce grand blessé aspergé d’essence ? Dire que cela pourrait abréger ses souffrances… et les nôtres !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Quentin_Tarantino

https://fr.wikipedia.org/wiki/Orange_m%C3%A9canique

https://fr.wikipedia.org/wiki/Reservoir_Dogs

Harvey Keitel
Tim Roth
Michael Madsen
Steve Buscemi
Chris Penn
Lawrence Tierney

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire