Avis. Robe noire. Film. Père Laforgue – Lothaire Bluteau – Résumé. (1991) 6/10

Un film qui traite de la tentative de colonisation, à connotation religieuse, de l’Amérique du nord par les Français. Et qui sera surtout le prétexte de faire le point sur ce sujet sensible.

  • Au XVIIe siècle, les Jésuites sont bien implantés dans la future ville de Québec. Mais ils doivent se développer au-delà.
  • Les Amérindiens sont assez imperméables au christianisme. Le fameux Champlain missionne un prêtre, le Père Laforgue pour convertir des tribus sauvages dans des territoires lointains et sauver une mission. C’est une aventure qui a peu de chance de succès.
  • Le prêtre surnommé Robe noire, semble la bonne personne car il est jeune, en bonne santé et a appris certaines langues indiennes. Il va s’appuyer sur des guides Algonquins, pour tenter de rejoindre une colonie en perdition basée chez les Hurons. Son équipe va vite le surnommer « robe noire », car il porte en permanence sa soutane de prêtre. Ils n’ont pas beaucoup d’estime pour ces Français qu’ils trouvent stupides. Et ce paradis chrétien sans récompense, sans femme, leur semble grotesque.
  • Le religieux est aidé par un jeune homme vigoureux. Le novice va tomber amoureux d’une Indienne, la belle Annuka, avec laquelle il aura des relations sexuelles. Elle est interprétée par Sandrine Holt, une métisse chinoise.
  • Le groupe rencontre d’abord des Montagnais hostiles. Puis, ils seront fait prisonniers par des Iroquois extrêmement dangereux.

Un des intérêts du film, c’est qu’il traite sur un quasi pied d’égalité l’ensemble des protagonistes. On ne ressent pas trop lourdement ses préférences.

  • Ici les Français ne sont pas forcément de mauvais bougres. Et vu de là, certaines parties du projet colonisateur pourraient avoir du bon. En particulier l’apprentissage de l’écriture, comme c’est montré dans le film.
  • Par contre, l’importation des maladies occidentales a été catastrophique pour ce peuple non immunisé. C’est montré également.
  • Les Indiens, certes très violents, ne font que défendre leur territoire, leur fierté et l’ensemble de leur valeurs.
  • Certes toutes ces coutumes ne sont pas bonne à prendre. Des tribus pratiquent régulièrement la torture et de cruelles mises à mort.
  • Mais il faut bien dire que l’occident ne s’est pas toujours bien comporté par le passé, non plus. On pourrait parler là de l’Inquisition médiévale. La torture n’aurait été abolie en France qu’au XVIIIe siècle. Et le Le Ku Klux Klan a continué à sévir jusqu’à fort tard.

En réalité, ce qui nous importe ici c’est d’aller plus loin que le long métrage et de débattre de la colonisation, à la lumière de ce projet expansionniste césaro-papiste. C’est à dire « la Sainte Alliance du sabre et du goupillon ».

Pour cela il faut faire un état des lieux. Et le film rend compte de bon nombre de ces particularismes indiens.

  • La plupart des tribus sont dirigées par un chef élu par les anciens. Ce sont principalement des chasseurs, pêcheurs, cueilleurs. Mais il en existe de plus sédentaires avec culture du maïs, de haricots et de courges. Ils sèchent et fument la viande. Ils fabriquent plusieurs outils, mais sans l’apport du métal. Ils commercent par le troc. Ils ont des croyances animistes et donnent beaucoup d’importance à leurs rêves (ces « prémonitions » seront exploitées dans le film).
  • Ils pratiquent une sorte de sauna rituel et médical.
  • Ils ont toute une mythologie animalière et de nombreux objets symboliques et grigris.
  • Les Algonquins croient en l’existence de deux âmes pour chaque homme. L’une est immortelle et se trouve en permanence dans le monde des esprits et l’autre est chevillée au corps et disparaît avec lui. Ils font bien attention de satisfaire l’âme d’en haut d’un défunt afin qu’elle ne revienne pas habiter une autre personne.
  • Le droit de propriété est quasi inexistant, mais surtout dans la mesure où ils étaient démunis et qu’il était donc indispensable de partager. C’était un élément de survie, pas une attitude théorique à la Proudhon.
  • Les femmes ont une grande importance politique dans la société matriarcale iroquoise. C’est le contraire chez les Algonquins. Les hurons, hommes et femmes, connaissent eux une grande liberté sexuelle.
  • Les Algonquins, comme les Montagnais et les Hurons, finiront par s’allier aux Français qui combattent leurs ennemis.
  • Les Iroquois sont une nation puissante et belliqueuse. Ils sont en guerre avec tous les autres. Dans nos surévaluations des sociétés primitives, on passe généralement sous silence la violence de leurs incessantes rivalités. Le cannibalisme, rituel ou non, et sacrifices humains ne font pas bon genre également.
  • La plupart de ces Indiens font l’objet d’un culte rétrospectif propre aux nouveaux blancs urbains, dans la mesure où ils sont supposés subsister en équilibre avec leur milieu naturel.
  • En réalité, l’exploitation agricole maladroite, leur faisaient appauvrir les sols et brûler de vastes étendues. Ils s’appuyaient davantage sur leur superstition que sur la technique pour le succès de leurs cultures. Le contrôle démographique était le fait de guerres meurtrières et non pas d’une sorte de sagesse ancestrale.
  • Ils ne faisaient pas mieux que nous à l’âge de pierre. Encore un mythe de bon sauvage qui s’effondre.

Apports potentiels et défauts connus de la colonisation ?

Il faut être fou pour oser se positionner sur ce thème actuellement, tant le sentiment de culpabilité a fini par progresser dans nos têtes. L’heure est au mea culpa et à la repentance. La cause semble entendue.

  • D’où parle-t-on ? Il est important de comprendre que nous autres Français sommes des colonisés. Ce fait qui un jour m’est paru comme une grande évidence, a été en fait souvent cité déjà par Jules Ferry. C’est la Rome impérialiste de jadis qui a fait le travail. Et je n’ai pas le sentiment que nous ayons d’âpres contentieux à ce sujet. On sait donc de quoi on cause.
  • La colonisation vue à ras de terre est une expansion territoriale, un détournement des ressources et une domination des peuples. Dans les terra incognita, elle s’accompagne de la découverte de nouvelles espèces animales, de nouveaux produits et comestibles divers (maïs, patate, tomate, tabac, médicaments naturels…)
  • On appelle cela alors une exploitation.
  • Comme elle est basée sur un rapport déterminé par le civilisé sur le non civilisé, elle s’accompagne souvent d’un grand mépris pour les soumis ou à soumettre. Surtout s’il y a là derrière un véritable racisme, inconscient ou non, faisant des colonisés des vaincus d’espèces inférieures.
  • De plus elle peut engendrer de véritables génocides, voulus ou non (la méchanceté, la bêtise, les maladies…).
  • Le patrimoine culturel et artistiques des colonisés a souvent été volontairement nié ou détruit. Il faut y voir aussi la main des religieux en lutte contre de potentiels démons.
  • On a connu aussi cela en France et très récemment encore. Par exemple dans nos écoles où il était interdit de parler l’alsacien ou autres dialectes, y compris à la récré.
  • Dans la plupart des formes de colonisation, surtout en France, il y a une volonté d’intégration et d’union dans un creuset universaliste, qui veut gommer les différences. C’est un problème.

Certes la colonisation a ses tares. Mais il ne faut pas oublier qu’au final, la partie colonisée profite aussi des nouveaux produits, espèces et procédés. Je sais que de le prétendre est mal vu.

  • Pour les Indiens d’Amérique du nord, il y aura entre autres en retour, le cheval, les outils en métal et les armes (de chasse ou de guerre), l’administration, l’organisation générale, les corps intermédiaires, la santé rationalisée, les infrastructures, les déplacements optimisés, la rationalisation de la subsistance et les anticipations…
  • Bon nombre des choses qui pourraient faire passer de la tribu au niveau organisationnel supérieur. Une étape indispensable si l’on veut prospérer davantage ou simplement continuer à exister.

Quand les coloniaux sortent d’un pays, ils laissent généralement pas mal de choses derrière eux, bien qu’ils puissent en avoir soutirés d’autres.

  • On a fait un procès en spoliation analogue aux grandes compagnies qui ont mis en place le réseau de chemins de fer aux USA. Ce ne serait que des salauds d’exploiteurs qui se sont mis plein les poches et qui s’en foutaient du bien commun.
  • Il suffit de constater qu’au final les infrastructures ont fini par exister et qu’elles ont bel et bien favorisé le développement général, pour comprendre que le concept d’exploitation et de prédation coloniale et/ou porteuse de progrès, n’est pas si simplet que cela.
  • Adam Smith avait déjà expliqué que la recherche de l’intérêt personnel pouvait être un élément favorisant le bien de tous, surtout avec quelques gardes fous, c’est le concept de main invisible.

La colonisation a pu être considérée par certains autochtones comme « utile ». Ce furent des alliances salutaires avec l’envahisseur, dirigées contre d’autres tribus qui les menaçaient. Cela n’a d’ailleurs pas toujours donné le résultat espéré. Cette mutualisation a été souvent utilisée pour permettre à une poignée d’individus exogènes de soumettre tout un royaume, y compris les alliés de circonstance.

En dehors de l’exploitation des ressources, il peut y avoir les bienfaits de l’écoulement de produits, de part et d’autre.

La colonie est aussi un marché, ou des places stratégiques, que l’on ne doit pas laisser à d’autres. Enfant, on nous énumérait fièrement les « comptoirs » que la France possédait encore ici ou là. Le commerce n’est pas mauvais en soi, à ce que je sache.

Des produits exotiques bien utiles (caoutchouc etc) ne peuvent être développés que dans des contrées lointaines, soit par colonisation stricto sensu, soit par néocolonialisme économique… soit par partenariat.

Il existe une colonisation de peuplement exogène dans des zones qui n’étaient pas forcément occupées.

La globalisation des savoirs et des procédés a rendu caduque le rôle éducatif des colonisateurs. Et puis il y a eu la plus grande arme anticoloniale qui soit, le droit international à l’autodétermination des peuples.

  • A noter que ce principe a pu être instrumentalisé pour virer des coloniaux qui n’étaient pas issus de ses rangs, au profit de néocoloniaux économiques ou autre, en provenance du pays de ces mêmes donneurs de leçon. Les USA ont œuvré de manière souterraine pour chasser des coloniaux ici ou là, mais n’ont pas hésité à s’accaparer sans états d’âme, bon nombre de territoires exotiques, dont Hawaï par exemple. Pour ce qu’ils ont fait aux Indiens, la cause est entendue.

Interférence du religieux (césaro-papisme)

  • On est à distance de la Controverse de Valladolid (1550), dont l’enjeu discuté par les prélats, était de savoir si les Amérindiens étaient des immatures, dépourvues de sens moral, des esclaves en puissance, qu’on pouvait maltraiter, ou bien des hommes libres avec tous leurs droits et donc évangélisables.
  • La cause était entendue, presque un siècle plus tard, les autochtones pouvaient profiter des bienfaits de la civilisation, mais sous certaines conditions. Comme la perte de leur liberté, la soumission à d’autres hiérarchies. L’adoption de nouvelle formes de croyance et pensée. La rétrogradation aux rôles de suiveurs et non pas d’acteurs plein pot de leur destin.
    On a cela a minima quand on rentre dans une entreprise, surtout au bas de l’échelle. Cela ne fait pas de nous des sous-hommes.
  • Mais c’est toujours dur à avaler pour ceux qui pensaient être Les Hommes, sans rien d’équivalent au dessus.
  • Le bras armé des conquérants avance masqué sous la bannière religieuse. Celle qui promeut la paix universelle, un amour généralisé et une belle récompense dans l’au-delà. Il y a quand même là une sacrée hypocrisie.
  • Les monothéismes et un certain angélisme humaniste à vocation universelle poussent à la conversion de tous à leurs principes, souvent sans trop s’embarrasser de précautions et sans demander leur avis aux principaux intéressés.
  • C’est l’interventionnisme et c’est toujours d’actualité.
  • Quand on nous met en avant certaines exactions vraies ou fausses (armes de destruction massive, « massacre » de Timisoara…) on touche à une corde sensible, et on a vite tendance à vouloir que nos puissances « au service du bien » s’en mêlent coûte que coûte.

Nos anciens républicains, comme Clemenceau, avançaient que la colonisation, si elle avait du bon, ne pouvait être que temporaire. Qu’une fois les peuples remis à niveau, il fallait s’effacer. C’est d’ailleurs à quoi on assiste depuis la fin de la dernière guerre.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robe_noire_(film)

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