Avis. Seule contre tous – Rachel Weisz – Résumé (2010) 7/10

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Voilà un film qu’on ne peut pas vraiment critiquer. La situation exposée est trop réelle, trop grave et les intentions des auteurs sont trop généreuses. (The Whistleblower)

C’est l’histoire « vraie » de la difficile révélation d’une affreuse traite de femmes, telle que racontée par la lanceuse d’alerte onusienne Kathryn Bolkovac.

Cette redoutable affaire est traitée avec une volonté de réalisme très cru, ce qui n’exclut pas un emballage empathique bien compréhensible.

La réalisation reste assez conventionnelle avec des personnages très tranchés et un déroulement classique dans ces histoires du bien contre le mal. On y trouve même du suspense, selon les recettes habituelles du « contre la montre ».

Le sujet est sérieux. Il s’agit de l’esclavage sexuel en Bosnie.

Les forces de l’ONU, cette respectable institution altruiste, mais aussi d’autres groupements associés, ont profité de bordels exécrables. Cela de manière directe en utilisant ces « services » ou indirecte en s’en mettant plein les poches au passage.

Il semblerait d’après leur encadrement que ces lieux à soldats soient inévitables.

Des filles « achetées » ici ou là en Europe, sont soumises à des rapports forcés. Enfermées sous une surveillance chienne, on leur fait miroiter qu’elles seraient libres une fois la « dette » payée. C’est à dire après des mois et des mois de passes incessantes. Mais bien entendu on ne lâche pas comme cela des « vaches à lait » qui rapportent tant.

La violence est la règle. Tant chez les mafieux qui règnent par la terreur, que pour certains clients qui recherchent des sensations spéciales.

La loi du silence est si rigoureuse que les proxénètes n’hésitent pas à torturer ou tuer pour l’exemple, celles qui ont osé se plaindre. Les survivantes indociles sont enchaînées.

Pour que le système fonctionne en toute impunité, il faut corrompre la police. Et donc, jamais une affaire dévoilée ne va jusqu’au bout de la procédure.

De plus, les soldats bleus des forces de la paix, bénéficient de l’immunité, même dans ce cadre totalement amoral et illicite. Des rouages intermédiaires en profitent pour faire leur beurre.

Enfin il y a une délégation de pouvoir au profit de sociétés privées qui auraient tout à perdre qu’on connaisse cette réalité dégueulasse. Elles risquent de se voir privées de contrats.

Notre héroïne, si bien interprétée par la taiseuse Rachel Weisz, est un flic concentré sur son job. Comme toujours dans ces scénarios, le justicier trimbale des casseroles. Divorcée une deuxième fois, on l’a privé de la garde de ses enfants. Elle laisse entendre que ce serait parce qu’elle serait trop accaparée par son boulot. Un doute subsiste.

Aux USA, elle fait des pieds et des mains pour être mutée plus proche de ses gamins. Mais cela ne marche pas. Elle saisit alors une opportunité lucrative de travail en Europe, qui lui permettrait d’alterner des périodes de boulot et des périodes opportunes de disponibilité. Une manière de gérer le rapprochement plus facilement, au moins à certaines périodes de l’année.

C’est une mission dans la poudrière des Balkans. Là aussi elle fait du zèle. D’abord en essayant de faire bouger les choses. L’équipe est confrontée à des situations ethniquement inextricables, mais aussi par une interdiction d’intervenir directement. Ces autorités venues de l’étranger ne sont là que pour instruire. Malgré une bonne volonté manifeste, en tout cas au début, ces missionnés en font le moins possible, puisqu’ils se rendent compte qu’une fois leurs dossiers étayés et transmis aux autorités locales habilitées à agir, tout se bloque.

Elle arrivera pourtant à bout d’une affaire récurrente d’ultra-violence conjugale. Ce qui attirera l’attention d’une femme bienveillante des autorités exogènes. Elle sera nommée à la tête d’un service plus centré sur le mal fait aux femmes.

Et là rapidement elle sera confrontée à ces filles kidnappées et livrées aux soldats. Elle combattra le mieux qu’elle peut. Mais se rendra compte rapidement qu’on lui met des bâtons dans les roues.

Les filles violées ne sont jamais protégées par la police locale, mais au contraire remise dans le circuit de la prostitution et copieusement « punies ». C’est vraiment l’horreur pour les pauvresses. Mais aussi la désespérance pour Rachel, face à l’impuissance généralisée. Elle a beau jouer finement, rien ne fonctionne réellement dans sa stratégie.

Elle va même se retrouver face à face avec de membres de son organisation qui vont protéger sans aucune gène les macs et la renvoyer dans les cordes. Mais que peut elle faire avec juste son indignation et aucun moyen sérieux pour combattre tous ces intérêts contraires.

De plus, on sent que par son acharnement elle est directement menacée.

Bien qu’un peu adouci par un récit linéaire, dont on pressent qu’il pourrait mener à des avancées, le film est vraiment dur.

A ce stade, tout est verrouillé et c’est l’indignation absolue du spectateur.

Il y a d’un côté tous les bons sentiments que personnifie la combative Rachel, mais aussi ceux d’une mère courage ukrainienne qui recherche désespérément sa fille.

On peut compter aussi sur un amant danois honnête qui lui requinque le moral. Cependant il doit revenir au pays pour tenter de solutionner sa propre situation matrimoniale.

Une vieille dame digne l’aide également. C’est l’éternelle Vanessa Redgrave. Elle connaît parfaitement la difficulté et appuie comme elle peut la démarche de la policière.

Enfin un homme de la hiérarchie, tout aussi révulsé, lui donne des coups des mains en cachette.

Et de l’autre côté il y a toute l’abjection du monde, l’horreur totale. Avec les atrocités commises, mais aussi la déliquescence, la pourriture généralisée, l’hypocrisie, la corruption paradoxale des forces du bien, l’intimidation, les menaces directes et tout ce qui concoure au « pas de vague »… Trop d’intérêts sont en jeu.

On pourrait aussi parler de banalité du mal, avec ce rôle bien tenu par Monica Bellucci, une personnalité importante dans la machine humanitaire, mais dont la rigidité contribue au blocage de la situation.

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La situation empire au point de devenir insoluble et dangereuse pour l’enquêtrice. Il faut le reconnaître, le combat est perdu localement.

Avec un clic de souris, ses plaintes iront en haut lieu. Ce qui fera qu’elle sera immédiatement virée.

Reste le 4ème pouvoir. On la verra plaider la cause à la BBC. Et elle sera entendue. Le spectateur peut respirer à nouveau.

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Comme je l’ai signalé au début, le film est a priori intouchable, puisqu’il traite avec sérieux d’une cause juste. Il impose, en quelque sorte, un silence respectueux. On ne déblatère sur le mort à un enterrement.

On peut quand même lui reprocher de jouer une dramatisation hollywoodienne avec une angoisse croissante bien programmée. On pourrait se croire dans une fiction d’horreur, par moment. On pourrait parler de pathos aussi.

On peut discuter du « seul(e) contre tous » qui est un des principaux moteurs du cinéma héroïque américain. L’extrême personnalisation de ce combat « maternel » est sans doute exagérée. Il y a forcément d’autres sources qui concourent à la recherche de la vérité.

L’action pure prend facilement le dessus et tend à voiler notre réflexion.

D’ailleurs on retrouve cette parade judicieuse dans la bouche de Rachel : « On nous accuse d’écouter notre coeur plutôt que notre raison, mais au moins nous conservons notre humanité ».

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Ce film intéressant, mais difficile malgré tous les aménagements, n’est pas sorti en salle en France et dans de nombreux pays.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Seule_contre_tous_(film)

Rachel Weisz
Vanessa Redgrave
Benedict Cumberbatch
David Strathairn
Monica Bellucci

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