Avis. Sieranevada – Cristi Puiu – Bucarest – Résumé (2016) 8/10

2h45 en immersion profonde dans une réunion de famille à Bucarest. Et on ne s’ennuie jamais.

Un film sans concession. Le réalisateur semble nous dire « on n’est pas là pour faire joli ».

Mais le résultat a vraiment de la gueule. Sans sombrer dans la facilité du pathos.

Le pitch :

Les participants sont venus commémorer l’anniversaire de la mort du patriarche dans son appartement. Le tout selon des rites anciens, voulus par la veuve et qui semblent encore un peu en usage. Même si cela fait sourire quelques jeunes de la famille.

Le pope qui doit officier la cérémonie, est attendu comme Godot. Mais lui, il finira par venir. Tard, très tard ! L’attente est longue, tout le monde a faim.

Qui dit famille, dit déballages plus ou moins décents, vieux conflits réchauffés, coups de gueules, réactions qui vont de l’esquive à la confrontation musclée. Mais aussi affections particulières, affinités électives, protections.

La politique joue un rôle particulier. Ce n’est certes pas le massacre intrafamilial entre dreyfusards et antidreyfusards, pro-brexiters et anti-brexiters…

Cela parle plutôt du communisme roumain mais aussi du 11 septembre, avec une connaissance certaines de ces sujets… Avec quelques échanges subtils sur ces thèmes.

Les relations de famille, les relations de couple sont étudiées avec soin.

Les acteurs jouent avec beaucoup de finesse. Le film donne l’impression de participer à de vrais échanges entre des êtres comme vous et moi. On connaît ces réunions de famille ! Mais comme ici cela se produit dans un contexte familial exacerbé, c’est propice à des plus fortes tensions que d’ordinaire.

A noter une très intéressante coloration par des façons de faire et des rites roumains plus ou moins « orthodoxes ».

Je ne sais pas si le film est orienté avant tout vers un public étranger. Auquel cas tout cela serait peut-être souligné.

Mais peut-être est-ce plus parlant encore pour les Roumains ?

Le tout est rythmé par d’incessantes ouvertures et fermetures de portes.

Ici tout à un sens, tout à un poids, chacun à une place bien précise, qu’il défend, comme dans la vraie vie.


Le film n’est pas séduisant au sens séducteur du terme. Il est sans concession. Et faire la gueule l’emporte souvent sur la bonne humeur. Même si cela engendre quelques fous rires salutaires chez certains.

Dans l’ensemble c’est très bien rythmé et puissant. Même l’impatience est communicative.

Ce n’est assurément pas une comédie, même si l’on peut regarder cela le cœur léger et à distance.
C’est plutôt du film-réalité, d’apparence moins fabriquée que notre très banale télé-réalité.

Le film est réalisé avec très peu de moyen. Volontairement. Ce dépouillement donne beaucoup de force au propos. Cela n’a pas du être facile techniquement de filmer avec si peu d’espace et tant de personnages.

Vraiment réaliste. Si vous ne me croyez pas, apprenez que le réalisateur Cristi Puiu a vraiment perdu son père, alors qu’il était au festival de cannes en 2010. Il sait de quoi il parle.

Bien sûr, il y a des anomalies. Comment deux médecins présents, pourraient-ils rester les bras croisés quand un membre de leur famille vient d’avoir un AVC devant eux ?

Pour moi, c’est un grand film. Pour paraphraser un trait que l’on pourrait prêter à Houellebecq, « le génie de la médiocrité », on a ici le « génie de la vie ordinaire ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sieranevada

Avis. Sieranevada – Cristi Puiu – Bucarest – Résumé (2016) 8/10
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