Avis. Temps de l’innocence – Scorsese – Day-Lewis – Pfeiffer – Résumé (1993) 4.5/10

Je suis en rogne. Scorsese a fait un mauvais film et personne n’ose le dire clairement.

  • Certains le trouvent « beau ». Alors que visuellement, il est d’autant plus criard qu’il se veut léché. Il en fait des tonnes. Et en cela, il est aux antipodes du bon ton aristocratique qu’il prétend dépeindre. Il manque encore et encore, de la nécessaire subtilité.
  • D’autres voient en lui une peinture ultra-précise de ce milieu privilégié des ultra upper class de la côte Est des États-Unis. Ce qui est totalement faux. Cette mise en scène ne fait que conforter des a priori conventionnels, qui se répètent d’un film à l’autre, et qui sont sans aucune profondeur. Si vous en doutez, allez relire les auteurs classiques de cette époque et vous comprendrez de quoi je parle.
  • Mention spéciale pour ces égarés qui considèrent que c’est une critique sociale et/ou féministe. Décidément, dans ce milieu frelaté, ils sont nombreux à ne pas voir plus loin que le bout de leur nez.
  • On comprend bien que ces critiques statutaires n’ont pas une caisse de résonance culturelle suffisante en eux-mêmes et qu’il se contentent de resservir des clichés.

Il n’y a pas de raison de montrer de l’indulgence, sous prétexte que le réalisateur a de nombreuses réussites à son actif (*). Curieux que ces gens là soient tétanisés par la statue du commandeur !

Il faut dire quand même, que ce n’est pas complètement le fait du réalisateur. Certes, il a pris le risque de mettre en mouvement une histoire issue d’un mauvais roman. Et comme il a mis quelques années à se décider, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. C’est avant tout le scénario qui est catastrophique. Et cela va durer 2 heures 20 !

Ce récit d’amour romantique au XIX e siècle, qui se passe à New-York, est aussi bête qu’un sitcom de la série rose. C’est une vision fifille d’un conflit sentimental qui concerne un couple illégitime qui se cherche. Deux êtres fondamentalement proches, sont tiraillés entre les obligations sociales et un supposé amour éternel. Coucou Jane Austen !

C’est mis en image de manière très classique et somme toute très artificielle. On sent bien que Scorsese n’est pas impliqué et maintient la distance.

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Un beau mâle de la haute société est destiné à épouser une jeunesse de sa condition. Elle n’est pas moche du tout. C’est un beau projet de couple qui reçoit l’approbation de tous et surtout de leurs pairs. Car au delà de leur propre destin, ce sont deux illustres familles au complet, qui sont sur le point d’être réunies ainsi.

  • L’acteur Daniel Day-Lewis ne se débrouille pas mal en soi. Mais quel saut vertigineux dans l’interprétation entre son rôle de mauvais garçon de My Beautiful Laundrette en 1985 et cette figure d’aristo sauce anglaise.

La jeune potiche, limitée, distinguée et souriante est interprétée tel quel par Winona Ryder.

Mais une femme mariée de haute condition, rentre dans le jeu, en tant que troisième côté du triangle. Elle souhaite quitter son époux qui est lui habite en Russie. Elle revient d’Europe. De part sa grâce et son apparente disponibilité, elle va semer le doute dans l’esprit du jeune fiancé. S’est-il trompé de partenaire ? Sa future, un brin nunuche, fait-elle le poids par rapport à cette femme classieuse et de grande envergure ?

  • Michelle Pfeiffer parvient à restituer ce qui pourrait être la Comtesse russe Ellen Olenska. Elle aussi est une spécialiste dans les sauts hallucinants. De l’effrontée un brin vulgaire de Grease 2 à la haute noblesse, mazette quel grand écart !

Le terrain est miné.

Déjà, cette jeune dame de qualité est en difficulté, car le divorce est quasi prohibé dans ces hautes sphères.

  • Ceci à nouveau, plus par principe, pour des raisons de continuité patrimoniale, que pour d’hypothétiques justifications morales. Mais cela, le film manichéen ne sait pas l’exposer.

Elle espère pourtant pouvoir profiter de cette liberté mythique qui est associée au rêve américain. Ici les Américains parlent aux Américains.

Et ces deux félins là, sont sur la même longueur d’onde. Pour le dire crûment, ils rêvent de coucher ensemble. En réalité, rien ne les empêche de le faire. Une maîtresse est parfaitement acceptable à cette époque, vue les contraintes des mariages arrangés. Mais ici se glissent, un encombrant surmoi de classe et un conflit moral intégriste.

Et puis cet horizon, qui pourrait être si bleu-rose, est voilé par ce menaçant mariage « officiel », prévu avant cette rencontre là, et qui s’annonce pour très bientôt.

L’homme pourrait se conformer socialement en épousant la jeunette et en laissant tomber son amie de coeur. Il faudra choisir son camp. Ce n’est pas facile dans les bluettes comme celles-ci. On va traverser quelques vallées de larmes. C’est le genre qui veut cela. Moi, sincèrement je baille.

Ils n’arrivent pas vraiment à choisir. Ils se mettent dans la posture inconfortable, d’espérer quand même un peu, de pouvoir convoler tous les deux dans une union légale. Ce qui bien évidemment les mettrait au ban de leur classe et est donc impossible. Dilemme, dilemme…

Ils prendront quand même une décision. Ils sont sur le point de réaliser un pacte ultime. Ils pourraient s’aimer une fois, juste une fois, avant de se séparer à jamais. C’est très romanesque, je suppose.

Et même cela, ils seront bien incapables de le faire. D’où bien sûr, de prétendus regrets à jamais. C’est à dire des états d’âme très théoriques, qui ne durent en fait que le temps d’un film.

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Il n’y a aucune analyse des mécanismes aristocratiques qui imposent le mariage de raison et l’endogamie. Aucune compréhension sur le nécessaire maintien de l’important patrimoine en privilégiant l’entre soi. Ce qui n’empêche pas l’amour véritable soit à l’intérieur du mariage soit à l’extérieur.

Ce qu’on veut nous enfoncer dans le crâne, c’est que ces gens fortunés ne penseraient qu’aux apparences, au maintien de leur statut social, aux jolis bouquets de fleurs et à l’ordonnancement de couverts dans des soupers au luxe tapageur. Ces hypocrites ne seraient préoccupés que par les cancans. Leur culture serait du flan. Quelques dandies domineraient les autres, pour la seule raison qu’ils seraient les arbitres du savoir vivre. C’est une caricature de mauvais goût. L’aristocratie vue d’ici est une banale coquille vide. Une vue typique du Bronx.

Scorsese paraît ici être tout petit, dans un costume mal taillé. Il est plus à l’aise dans le coup de poing contemporain que dans les finesses historiques. Il est même grotesque quand il se mêle de ce monde qu’il ne comprend pas et qu’il se permet d’adapter à sa sauce ketchup.

On est vraiment loin de ces merveilleuses peintures de cette deuxième moitié du XIX e siècle que l’on doit aux grands auteurs classiques, comme Tolstoï, Balzac et bien d’autres. Il n’y a pas l’ombre d’une grande idée dans ce film et pas non plus ce fourmillements de petites idées que l’on pourrait espérer d’une grande réalisation. C’est un film inutile, convenu et navrant.

Et même si on voit ses efforts désespérés pour rendre compte du lustre de cette société là, il paraît un charlot par rapport à un Visconti du Guépard, un Kubrick de Barry Lindon et j’en passe. Il se perd dans le comptage des petites cuillers en argent, ou la couleur des roses à offrir à une belle. On sent très clairement que ce n’est vraiment pas son truc. Il ferait mieux de revenir aux conflits de pizzeria dans lesquels il excelle.

L’omniprésente musique violoneuse n’arrange pas l’affaire. Pas plus que l’insupportable voix off qui nous dit quoi penser. On se croirait dans un mauvais épisode de Desperate Housewives, le piment en moins, la mièvrerie en plus.

Le film a engagé le budget énorme de 34 millions de dollars. Il ne rentrera pas dans ses frais. Cela n’en fait pas une œuvre élitiste, sur l’air bien connu qu’entonnent les thuriféraires des artistes maudits.

(*) au pif je peux citer quelques films du Maître es-cinéma, qui eux ne sont pas de la daube. Quand il est dans son domaine, c’est un grand bonhomme en effet.

1973 : Mean Streets

1976 : Taxi Driver

1980 : Raging Bull

1985 : After Hours

1990 : Les Affranchis

1995 : Casino

2004 : Aviator

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_de_l%27innocence

Daniel Day-Lewis


Michelle Pfeiffer
Winona Ryder

Envoi
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