Avis. Voyage dans le temps et paradoxe spatio-temporel – Explications.

La réflexion est partie du film suivant : Il était temps ! (2013)

Même si tant de films utilisent ce commode moyen de transport, le voyage dans le temps est impossible.

  • Et je ne parle même pas des problèmes de réalisation du voyage, des contraintes techniques etc.
  • Non, je me base juste sur les paradoxes et impossibilités qui découleraient d’une telle aventure.

Cependant, si comme moi, vous aimez ce casse-tête intellectuel, on peut quand même se pencher sur la question.

Tentons de catégoriser la chose.

Deux types de voyage dans le temps.

Après rapide analyse, j’ai l’idée qu’il y a grosso modo deux formes envisageables de retour dans le passé T-1 à partir d’un présent T.

1) Premier choix : Une personne « A » se positionne en spectateur dans un passé à T-1. Et « A » peut voir alors son propre soi-même « A1 » de type T-1. L’individu est double. Et on ne sait pas trop ce qui se passe pour la trajectoire T+1 de « A ». Ce n’est pas clair non plus, pour les nouvelles trajectoires de « A » et « A1 » pour la période de T-1 à T, forcément modifiée elle aussi. A partir du moment où un personnage imprévu déboule, même en marchant sur des œufs, il y a changement.

Et enfin que deviennent « A » et « A1 ». L’un disparaît à T au profit de l’autre ? Ils coexistent ? On peut citer en exemple, le scénario de Retour vers le Futur.

2) Deuxième choix : On revient dans son propre passé, et on change alors son destin… et accessoirement tout l’univers en raison des modifications chaînées des événements. Et l’individu est unique.

Dans ce cas, pour qu’il ne reste qu’un « A », il faut matcher les périodes. Pour ne pas nuire à ce principe, l’intervalle qui va de T-1 à T devra être effacé et reste à réécrire. C’est plus intuitif à première vue, mais lorsque qu’on pousse l’idée dans ses retranchements, les conséquences sont tout aussi loufoques. Comme on le verra. C’est l’option choisie ici, dans Il était temps !


Ce jeune homme « A » de notre film restera unique (choix 2). Il tient le secret de son père. Il n’utilisera son pouvoir, que pour améliorer son approche amoureuse ou secourir des proches. La modestie et la gentillesse avant tout !

En profitant de ses erreurs, le jeune fera de petites reculades dans le temps (quelques minutes parfois), pour reprendre le chemin juste avant le plantage et corriger le tir. Une correction des petites bourdes, qui peut se révéler très efficace.

  • Il y a un avantage stratégique du même ordre pour Mell Gibson dans le film Ce que veulent les femme. Sachant ce qu’espère l’élue de son cœur, car il « entend » ses pensées, il n’a aucun mal à anticiper ses demandes. Elles craquent toutes.

A noter au passage, que s’il reste unique (non dupliqué), pour profiter de ses retours en arrière, cela suppose, qu’il ait la mémoire du passé et du présent en même temps.

  • Forçons le trait :
  • imaginons qu’il retourne dans son passé à l’âge de ses 5 ans. La double mémoire (adulte de 25 ans sur enfant de 5 ans) est peu probable en terme de maturation du cerveau.
  • Et si l’individu « A » revient avant sa naissance… alors il n’a plus qu’à attendre. Rien dans son changement potentiel de destinée ne peut se produire… il n’est pas encore là ! On peut toujours rafistoler la chose en édictant le principe qu’il n’a pas le droit d’aller trop loin en arrière dans son passé. Mais quel grand Manitou va déterminer cela ?
  • Et je n’ai même pas parlé d’une irruption au temps des dinosaures, quand l’homme n’existait pas. « A » ne peut pas à l’évidence s’affranchir des principes de sélection naturelle, et se retrouver à refonder l’humanité ex nihilo, à T-1, avec l’aide de sa copine « B ». La réécriture de l’histoire de ce très reculé T-1 à notre présent T n’est plus possible sérieusement
  • Bien entendu dans ce fantasme du voyage dans le temps, on préfère s’accrocher au mythe reborn, et à la sympathique curiosité de l’idée, plutôt qu’à la logique élémentaire.

Mais, les obstacles théoriques ont peu de poids, pour qui veut profiter de la chose, pour se régaler en multipliant ses ébats amoureux, tout en progressant à chaque fois.

  • Le coquin honorera ainsi la belle X fois, autant de fois, qu’il se permet chaque fois, de revenir au début. Une nuit sans fin (sur le modèle peu ou prou du film Un jour sans fin – 1993)
  • Elle, qui n’a pas la mémoire de ces assauts, s’étonne que l’étalon, qui au final a si bien amélioré la technique, en reste à une seule fois. Et lui, tout sourire sachant par sa double conscience, qu’il s’agit d’une certaine manière, de X fois.

Ces petites incursions temporelles se font de la manière la plus agréable possible et par petites secousses (amoureuses). Ce qui n’exclut pas les paradoxes spatio-temporels.

  • En gardant la même donne, l’histoire serait encore plus ébouriffante, si deux compétiteurs amoureux, au lieu d’un, se livraient à des effacements sélectifs du passé, dans le sens contraire l’un de l’autre. Ceci ne convient pas à « A », donc il retourne à la situation d’avant et la modifie à son avantage. Mais l’autre « C » ira un peu plus en arrière et inversera l’histoire une nouvelle fois. Et ainsi de suite. On arriverait vite à des situations infiniment complexes et potentiellement cocasses, avec une succession de « A », « A1 »,« A2 »,« A3 »… et « B », « B1 »,« B2 »,« B3 »…
  • L’enjeu fondamental pour les raisonneurs, est de révéler l’impossible complexité, engendrée par ces incursions passées.

Pas juste le problème du battement d’ailes du papillon qui pourrait changer l’univers à chaque fois, mais qui induit des modifications ingérables entre le passé et le présent, si on sait revenir en arrière.

Dans Retour vers le futur, on imagine pour combler le trou, des effacements visibles en temps réel. Mais cela ne suffit pas, le présent ne peut être à la fois ce qu’il est et ce qu’il est devenu, modifié par les inévitables changements, même minimes, lors du foulement du passé, par le voyageur. Un petit cailloux déplacé suffit à remettre en cause l’univers.

  • On a vu de grandes objections théoriques.
  • Mais il en existe des plus pratiques.
  • Dans les réfutation classiques, on est perplexe aussi sur le fait qu’un homme puisse être accidentellement son propre père, en fautant dans le passé. Ou à l’inverse qu’il puisse tuer son « lui-même » du passé… et donc qu’il ne peut exister dans le futur d’où il est censé venir.
  • A noter qu’un tel voyage ne peut être en théorie antérieur à la date de la création de la machine temporelle.
  • Le serpent se mord d’ailleurs la queue, quand la machine est pensée avec la recette de fabrication communiquée à partir du futur, moment où la machine est devenue réelle. Il n’y a donc plus d’invention.
  • Il y a bien d’autres principes qui sont malmenés. Mais qu’importe, l’Idée de remonter dans le temps est si séduisante en soi, qu’on fera tout pour balayer la critique.

Non, la complexité qui nous intéresse ici, va au-delà des tous ces trucs classiques et bien connus maintenant. J’esquisse un modèle « arborescent » pour rendre cela plus palpable. Un schéma, qui on le verra, peut aussi nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes.

Le jeune « A »fait des petits bonds dans le passé. Il doit rester unique, selon le modèle 2 – Soit !

En prenant la métaphore de l’arbre (copyright), il revient donc à un embranchement virtuel passé et crée une autre branche terminale, qui elle même par la suite pourra donner naissance à d’autres branchettes. D’autant plus de nouvelles ramilles, qu’il refait de reculades dans le temps.

Dans le film, ce sont pratiquement tout le temps de petits retours dans le temps, quelques minutes ou un peu plus. Mais il peut se décider une autre fois, de revenir bien plus en arrière, qu’il ne l’a jamais été.

Par exemple, il retourne des années dans les passé, avant que sa sœur ait une mauvaise fréquentation et des addictions. Il fera don un retour sur une branche bien plus basse. Et selon le principe d’unité de la personne, il créera une autre branche et abandonnera de ce fait, tout un rameau avec toutes les petites modifications des retours récents.

L’ancienne arborescence restant telle quelle, mais rétrospectivement elle apparaîtra comme inutilisée.

Le rameau récent sera lui à reconstruire, avec la nouvelle donne.

L’arbre des possibles commence à prendre forme.

  • Accessoirement, il y a là à l’évidence un nouveau paradoxe, moral cette fois ci. En quoi l’enfant mâle qui existe réellement à l’instant T-1, doit-il être effacé, au profit de la petite fille de l’instant T-2 puis T ? Où est l’amour paternel dans tout cela ? Pour résoudre le dilemme, le réalisateur coquin à conçu d’un côté un petit garçon peu sympathique et de l’autre une adorable fillette. C’est donc la seule justification de cet eugénisme, voire de cette euthanasie spatio-temporelle !

Cette schématisation par l’arbre, outre que j’ai déposé un brevet dessus (j’rigole), permet de se soustraire un peu, des abstractions pesantes et qui font mal à la tête. Juste un peu.

  • Pour le commun des mortels, l’arbre est un simple poteau télégraphique qui va de la naissance à la mort (en haut). Pour les voyageurs dans le temps, ce sont des arbres complexes, comportant tous les possibles qui ont été expérimentés, le présent et le passé.
  • L’image met aussi en évidence ceci : en théorie la conscience de soi est une. Mais ici elle est multiple, soit qu’elle se perçoit à des moments différents (différents étages de l’arbre), soit qu’elle se situe au même(s) moment(s), mais sur des branches du même niveau.
  • Le film qui lui a une temporalité quasi linéaire, donne l’illusion qu’il n’y a qu’une seule conscience (un seul acteur qui cumule les rôles) et qu’il ne peut y avoir donc de conflits.
  • Mais si vous vous repenchez sur l’arbre, vous voyez en coupe transversale, que plusieurs histoires se déroulent au même moment pour cet individu.
  • En « réalité », mais l’auteur ne s’en rend sans doute pas compte, on n’est pas loin de la théorie du multivers. C’est à dire, à l’instar de la Bibliothèque de Babel de Borges, en poussant le concept à l’extrême, toutes les occurrences du monde, à la virgule près, sont susceptibles de coexister dans des mondes parallèles.

Ce qui est un peu ardu quant à ce schéma arboricole des histoires de remontée dans le temps, l’est un peu moins dans nos devenirs de simples humains. C’est à quoi je veux en venir.

Si l’on pense à nos histoires individuelles, on peut difficilement contester que nos parcours soient faits de choix et de concours de circonstance. Ce qui nous mènent constamment à privilégier tel ou tel embranchement. Et donc, nous nous baladons nous aussi sur un arbre complexe au travers des possibles. Et nous nous privons de pas mal de branches, à l’existence potentielle.

  • Ah, si j’avais ceci ! Ah, si j’avais choisi cela ! Ah, si j’avais oser parler à cette séduisante jeune femme ! Mais nous n’avons pas la capacité mentale d’imaginer bien avant, toutes les nouvelles branches qui auraient pu se constituer. Et notre nouvel état de conscience, qui en aurait découlé. Le moindre petit choix est souvent un casse-tête.

Imaginez l’immensité des devenirs auxquels vous auriez pu avoir droit ! Aidons nous des mathématiques et de l’arbre.

C’est simple à calculer, puisque le développement de cet arbre est de l’ordre de la spirale logarithmique et de la suite de Fibonacci.

  • Chaque nombre entier de la suite, est la somme des deux nombres qui précèdent.
  • Si l’arbre a déjà 10 branches et que chacune en donnera 3, alors à l’étage suivant il y en aura 30, puis 40 (10+30), 70 (40+30), 110, 180, 290…
  • Donc rapidement vous pourriez compter sur 290 vies différentes, au lieu d’une ou de 10 en moyenne. Quand je dis 10 vies, c’est que je vois en effet au moins dix grands changements de cap et/ou expériences profondément nouvelles, chez bon nombre d’entre nous. Chez nous les rameaux s’arrêtent aux expériences réelles. Et les embranchements représentent nos changements de direction. Si je me retrouve en haut à droite, cela n’exclue pas que je me sois trouvé dans le passé en haut à gauche. Je suis simplement revenu à la fourche précédente pour entamer ma « nouvelle vie ».
  • Et en Espagne elles sont 1003. On peut rapprocher le mythe de Dom Juan de cette arithmétique là. Sans doute qu’il s’agit d’une boulimie d’exploration de du maximum «branches » d’une autre sorte d’arbre. S’agit-il là de la Tentation du fameux arbre de la connaissance ?

Voilà maintenant il faut que je vous avoue quelque chose.

  • J’ai un peu triché. Je suis revenu dans le passé récent, pour corriger mes erreurs rédactionnelles.
  • Je vous avais envoyé prématurément cette critique, à un stade encore plus bâclé et avec encore plus de fautes, que dans le texte actuel. Vous ne vous êtes bien sûr rendu compte de rien, puisque l’ancien est effacé au profit du nouveau.
  • N’hésitez pas à me faire part d’éventuelles corrections à faire, je referai des petits périples dans le temps, jusqu’à la parfaite optimisation.

Qu’importe qu’ainsi, je mette en péril l’équilibre de l’univers !

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