Braquage à américaine. Avis film Adrien Brody – Hayden Christensen – Résumé. (2014) 7/10

Un film d’action « à l’américaine », qui n’a pas trop de mérites en soi. Mais …

A bien y réfléchir, on se retrouve quand même avec un film assez intéressant. On pourrait le qualifier de « psychologique ». Et ce malgré la pure violence et les effets spéciaux, qu’on nous balance d’un bout à l’autre.

Cette dimension inhabituelle, repose en fait, sur le jeu expressionniste de deux excellents acteurs. Mine de rien, ils arrivent à extirper de l’intemporel, de ce scénario conventionnel. Comme des figures archétypales de la tragédie grecque classique, le « protagoniste » et le « deutéragoniste », portent leurs drames sur leur visage.

Cette affaire de bandits et de casse maudit, n’est en réalité qu’un cadre de peu d’importance. Le suspense ne réside pas dans l’issue du braquage, mais dans l’enfermement progressif des deux frères dans un piège annoncé et imparable. Ils savent ce qu’il va se passer, mais ils n’ont pratiquement aucune latitude pour modifier le scénario. C’est ça le film, l’enfermement.

Le principal réside donc dans l’interaction entre deux frères très proches, mais très différents de caractère. De terribles circonstances les ont tenu éloignés.

– L’un a fait de la prison pendant dix ans. Là, on l’a littéralement écrabouillé par des maltraitances et des viols quotidiens. C’est devenu une chose, une triste marionnette, avec quelques faux semblants.

L’emprise a persisté au-delà de sa récente libération. Il pense devoir quelque chose à ses protecteurs d’alors, mais surtout ceux-là le tiennent d’une main ferme, sans possibilité de leur échapper. Pour tenter juste de survivre il doit mouiller son frère. C’est ce qui mènera au désastre.

Ce rôle est incroyablement joué par l’immense acteur Adrien Brody. On sent dans notre chair, cette insupportable angoisse de bête blessée aux abois. Il sait rendre palpable, ce borderline permanent. On est étouffé comme lui, par l’étroitesse de sa nouvelle prison. Son visage reflète les tortures qu’il endure, jusqu’à l’insupportable, au point de nous faire mal.

On pourrait parler de transfiguration. C’est un rendu extrême, qui est devenu assez rare au cinéma.
Même sa façon de marcher, de bouger, avec cette sorte fierté feinte, toujours aux limites du déséquilibre, tient du grand art.

(Adrien Brody : Oscar du meilleur acteur pour Le Pianiste – Polanski)

– L’autre, le cadet, n’est resté incarcéré que quelques mois. Il a fini par remonter la pente. Il a des projets sérieux. Ce n’est pas le moment de refaire des bêtises. Le retour de ce frère poissard et mal avisé, tombe on ne peut plus mal.

L’acteur Hayden Christensen est très bon lui aussi, mais dans un registre plus civilisé. Le personnage sait qu’il va aller en enfer. Il se débat comme il peut. Il en a vraiment marre de ce frère qui plombe tout ces projets. Mais ce qu’il a conservé de droiture morale, et aussi en raison des pièges tendus, le forcent à suivre son frère à la dérive. De belles ambiguïtés, des dilemmes prenants, qui sont bien retranscrits dans le non verbal.

Un enchaînement sordide de violence et de crime, les rapprochera une dernière fois. Un engrenage implacable fera qu’ils seront obligés de commettre tous les deux un casse de banque, on ne peut plus dangereux.

Deux malfrats chevronnés les conduisent dans cette aventure téméraire, sans qu’ils puissent réellement se défendre.

Le piège se referme ?

Que dire de plus ? Certains d’entre nous œuvrent en permanence, pour maintenir ouvertes les fenêtres du possible. Mais sans doute que l’on ne peut pas garder toujours la même vigilance. Et progressivement, pour nous aussi, des portes se referment.

Soyons assez savant pour en ouvrir d’autres. Tout n’est pas perdu !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Braquage_%C3%A0_l%27am%C3%A9ricaine

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