Brève rencontre (Brief Encounter) (1945) 6/10 Coward

C’est un film anglais, dont on peut dire qu’il est habile et bien mené, bien que les règles de l’époque l’aient conduit à être assez lourdement moralisateur.

On nous donne à voir – et à entendre – une adaptation monophonique et en noir et blanc d’une pièce de théâtre sentimentale de Noël Coward. Je me demande bien d’ailleurs comment ils sont passés des nécessaires dialogues des acteurs en salle à ce concept de monologue intérieur insistant sur la bande son.

Cette réalisation du talentueux David Lean consiste en un long flash-back. C’est un procédé relativement nouveau dans cette étendue là et dont on n’arrivera plus jamais à se débarrasser par la suite.

Cette technique va nous permettre d’expliquer progressivement pourquoi ce couple assez ordinaire, plutôt moche, attablé au café de la gare, n’en mène pas large.

Le pathétique de la situation est souligné tout au long du scénario par des passages du fameux second concerto pour piano de Sergueï Rachmaninov. On ne peut pas faire mieux pour faire d’une histoire basique de rencontre fortuite, quelque chose de plus universel. Tout le monde en connaît la prenante mélodie principale.

  • D’ailleurs cette musique irrésistible resservira dans la comédie Sept ans de réflexion de Billy Wilder, pour une drague infaillible de Marilyn Monroe. Qui peut résister à l’une ou à l’autre ?

Ces deux là, qui sont chacun mariés de leur côté, vont vivre une passion intense mais qui n’est jamais vraiment aboutie.

Dans ces derniers moments à partager, ils ont accepté de rentrer dans le rang, de retourner bien sagement dans leur famille (*). Bien qu’ils en souffrent. Ils n’avaient guère le choix. Ils n’ont pas su maîtriser leur peur de l’inconnu et ils ont été écrasés par ce puissant surmoi, qui leur imposait le respect de leurs méritants conjoints respectifs. L’amour est-il un formidable coup d’éclair dans un ciel serein ou une petite bougie faiblarde mais longuement allumée ?

Nos protagonistes sont de braves personnes, selon les critères d’alors. Le médecin est sérieux et modeste. La femme est une épouse dévouée et chatouilleuse sur les valeurs.

Leur approche est d’abord parfaitement innocente. Le hasard et les attentes à la gare ont fait qu’ils papotent.

  • Mais existe-t-il vraiment des personnes de sexes opposés, avec des affinités, qui se contentent de la friendzone ? J’ai fini par avoir une idée claire là dessus.

L’homme, nécessairement plus entreprenant, n’a pas tardé à déclarer sa flamme. Pressée, la femme a laissé entendre que c’était réciproque. Un cas classique de coup de foudre au cinéma avec ce thème vendeur de deux êtres qui sont faits l’un pour l’autre et qui vont devoir braver l’adversité. Ils sont moins beaux et plus usés que Roméo et Juliette, mais cela peut faire l’affaire dans un contexte de montée du vérisme (ou néoréalisme).

Ils se sont vus à plusieurs reprises. Ils ont commencé à mentir à leur proche pour cacher ces rendez-vous. Ils ont cédé aux embrassades langoureuses. Quand le désir est devenu tyrannique, bien qu’ils aient essayé d’éluder – surtout la femme -, ils ont été à deux doigts de coucher ensemble (**)

… et on revient à la case départ, avec la rupture programmée.

– – –

Dans ce film, le procédé du retour en arrière est futé. Et il est plus complexe qu’on ne le croit à première vue. Ainsi la jeune femme qui va faire le récit a l’esprit parasité par une amie bavarde. Ce qui l’empêche de se concentrer, augmente son tourment et ralentit les révélations. Et les derniers allers et venus dans le hall de gare cachent un secret.

Pour rajouter une dimension, une autre histoire vient se mêler discrètement au thème principal. Ce sont les avances lourdingues et récurrentes d’un employé des chemins de fer avec la patronne du café. Un beau contraste d’avec nos tourtereaux idéalistes. Une version bis aura lieu avec deux gamins dans les mêmes lieux. Et ces sous histoires sont aussi autant de soupapes à destination des spectateurs et qui les empêchent d’être étouffés, par ce lourd climat de culpabilité et de banalité.

Au total, ce film bien exécuté est quand même benêt. Et les deux acteurs principaux Celia Johnson et Trevor Howard paraissent assez fades, même si c’est sans doute voulu.

On peut discuter de l’opportunité de lui attribuer ce dixième de Palme d’or à Cannes en 1946 – Au sortir de la guerre, cet exorcisme collectif d’après guerre fut distribué curieusement à dix films en même temps !

Reste l’ami Lean qui fait quand même mieux dans le grand spectacle aéré, que dans un petit théâtre pauvre en oxygène : Oliver Twist – Le Pont de la rivière Kwaï – Lawrence d’Arabie (où Maurice Jarre semble avoir emprunté aussi au 2ème concerto de Rachmaninov)- Le Docteur Jivago…

  • (*) … et même en n’ayant pas « consommé », même en retournant sagement dans leurs pénates, le propos a été censuré ou réservé aux plus de 18 ans dans certains pays. On croit rêver !
  • (**) Et là j’ai un problème avec le pudique cinéma de cette période là. Les règles en vigueur alors – la censure ? – voudraient nous faire accepter cette idée moyennageuse, qu’il existe un amour fou – à mort – qui n’a pas besoin d’union charnelle. On surévalue le trop long chemin du tendre. Alors que sa justification ne tient que l’obligation génétique féminine de prendre le temps d’un bon choix de procréateur avec sa double casquette de soutien de famille indéfectible. Les hommes, dont la nature les oblige à disperser le plus possible de graines, sont plus pressés. Mais la fusion finale est LE but commun. Une agréable contrainte dictée par la survie de l’espèce mais détournée par quelques accommodements avec le planning familial.
  • Alors que j’étudiais la psychiatrie, un prof de l’époque nous a présenté dans l’amphi une personne hystérique ; cela se faisait comme cela en ce temps là dans les grandes universités.

Il l’a laissé parler puis une fois qu’elle était partie, il s’est appesanti sur les déclarations d’amour enflammées de la névrosée. Il a semé chez les étudiants, une phrase simple et efficace : « comment peut-elle prétendre l’aimer véritablement alors qu’elle n’a jamais couché avec lui ». Je sais que beaucoup vont contester la brutalité de la proposition. En particulier les femmes. Mais ne dit-on pas d’elles qu’elles sont plus chastes des oreilles que du reste ?

Rassurons-les. Bien entendu la sexualité primaire n’est pas le but premier de chaque homme lorsqu’il s’approche d’une femme. Il y a plus dans le couple que l’élémentaire accouplement. Mais à l’inverse que signifie un couple non copulant ? Une belle amitié ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Br%C3%A8ve_Rencontre

Celia Johnson
Trevor Howard

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