California dreamin’ (2007) 8/10

Ce n’est pas la première fois que j’ai à dire du bien du cinéma roumain contemporain.

Cela se passe souvent sur un fond de désespérance, dû à de nombreux obstacles, dont la corruption et des impasses économiques. Mais c’est contrebalancé par la vitalité et l’astuce de personnages. Des caractères bien vivants et riches en couleur.

L’argument est ici redoutable et se base en partie sur une histoire vraie.

Un train de L’ONU est de passage dans un petit village en 1999. C’est une mission militaire de haut vol, gérée par les USA, qui doit permettre l’acheminement d’un matériel sophistiqué au Kosovo en guerre. Tout retard est préjudiciable. Le convoi est protégé par le gouvernement roumain et ne devrait pas faire l’objet de contrôles tatillons.

Pourtant le chef de gare d’une petite ville perdue veut à tout prix faire respecter le règlement. Tous les trains doivent être en règles et il ne peut y avoir de passe droit. Il exige les papiers de dédouanement. Lesquels n’existent pas.

Des flash back nous montre que petit, à la fin de la dernière guerre, il attendait désespérément les américains qui auraient pu sauver ses parents de la répression communiste. Il s’accroche donc à ces Marines US et les cloue au sol. Il y a une part de revanche contre ceux qu’ils considèrent avoir failli et d’attachement. Mais il les veut à côté de lui. Cela ne va pas être facile.

Lui-même est affreusement corrompu. Il fait piquer tous types de matériel dans les convois, comme si cela lui appartenait. Il a des filières bien organisées pour écouler cette rapine. Pour masquer ses exactions, il rejette la fautes sur les Roms. Lesquels peuvent également être en concurrence avec son business.

Il a amassé une petite fortune ainsi. Avec son magot, il convoite une usine qui ne va pas très bien. Les flics, achetés, sont de son côté. Les ouvriers sont vent debout contre lui et ne veulent pas se faire manger par cet homme. Mais rien ne l’arrête.

Vous vous doutez bien que les soldats américains sont extrêmement entraînés et organisés. Ils arrivent droits dans leurs bottes, dans ce patelin chaotique. Cela ne manquera pas de faire des étincelles.

Le vieux capitaine est brillamment joué par Assante.

Il ne comprend pas les obstacles que le chef de gare met devant lui. Cela n’a pas de sens.

Il tente une approche logique. Cela ne réduit pas l’impasse kafkaïenne.

Il fait appel au sens moral, puisque c’est quand même une mission de l’ONU qui va écourter la guerre des Balkans. Peine perdue.

Il n’hésite pas alors à élever la voix. Ça ne marche pas mieux. On a simplement deux coqs qui s’affrontent à présent.

Il propose une compensation financière. Le corrompu crie au pot de vin.

Il va le voir dans son appartement de fonction au dessus de la gare et s’essaye à la tactique de la camaraderie. Ils boivent quelques coups dans un climat apparemment bienveillant, mais rien n’y fait.

Des plénipotentiaires romains se rendent sur les lieux et se heurtent également au maitre ferroviaire. Il lui faut des papiers, pas des paroles. Il n’en a cure qu’on le menace de le virer, vu qu’il est très proche de la retraite.

Et comme le train est bloqué désormais sur une voie de garage, les soldats commencent à s’ennuyer. Ce petit jeu durera quand même cinq jours.

Le maire est bonhomme mais il n’aime pas non plus le chef de gare. Plein de bonne volonté, il organise des fêtes pour satisfaire les soldats de passage. C’est un esprit qui se veut universaliste.

Les jolies demoiselles se précipitent dans les bras des soldats. Elles espèrent qu’ils les ramèneront en Amérique. Cela crée bien sûr des conflits avec les mâles locaux.

La fille du chef de gare a 17 ans. Elle ne parle pas l’anglais mais elle est irrésistiblement attirée par un sergent, le numéro deux du convoi. C’est réciproque. Un jeune tordu fait la traduction. Il déforme les propos pour éloigner les deux mordus.

Le capitaine commence sérieusement à s’impatienter. Mais la consigne est d’être diplomate. Il est à deux doigts de tirer en l’air pour faire avancer les choses. Son second l’en dissuade. Une incompréhension s’installe entre les deux.

Le capitaine qui a tout essayé va rejoindre une réunion de la communauté. Il se montre comme un allié du maire contre le chef de gare. Lequel a des assurances verbales que les soldats vont aider aux représailles… sous réserve qu’il y ait un semblant de menace. C’est une affaire assez facile à monter. Le gradé en rajoute tant et plus que le petit peuple se soulève. Le chef de gare est attiré dans un piège. Il croit avoir à faire aux tziganes voleurs. Mais ils rencontrent des villageois armés de batons.

Entre temps les autorisations sont arrivées et le convoi est libre. Le capitaine lui est reparti. Le voilà détendu dans ce train qui avance enfin. Il laisse le chaos derrière lui. Les filles séduites se voient refuser l’accès aux compartiments. Elles comprennent qu’elles ont été bernées.

La fille du chef de gare ne peut que constater le massacre des civils, dont son père qui gît dans une mare de sang. Elle s’enfuira à Bucarest pour poursuivre ses études. Pas sûr que son congénère traducteur, qui est lui aussi dans la capitale, ait les faveurs de la belle.

Seul le blocage du train de l’ONU est vrai, mais cela n’a duré que quelques heures. Et puis le chef de gare n’était pas une racaille. Il a découvert à l’écran qu’il avait une fille… au lieu de deux fils.

Il n’en a pas du tout voulu au concepteur de la fiction. Ce réalisateur est d’ailleurs décédé accidentellement deux jours avant la fin du tournage. C’est bien dommage car ce Cristian Nemescu était très prometteur.

Assante est impressionnant de justesse. Il a vraiment apprécié de participer à ce film richement doté en idées. Il n’a pas craint le choc culturel. On y parle beaucoup de respect. Lequel peut être aussi instrumentalisé. Les autres acteurs sont très bons également.

Il y a plein de trouvailles comme cette Elvis Presley bis, qui sait mettre une bonne ambiance. J’en ai rencontré il y a quelques années aux Baléares et il n’était pas si bon. Les scènes de coeur sont bien tournées et donnent envie d’y participer.

Deux heures trente qui passent très bien et qui sont même nécessaires pour installer la légitime impatience (à faire redémarrer la locomotive).

California dreamin’, la chanson bien connue de The Mamas & The Papas (1966), peut meubler le générique de fin.

Prix un certain regard en 2007 à Cannes.

https://www.courrierinternational.com/article/2008/01/09/california-dreamin-ce-qui-s-est-vraiment-passe

https://fr.wikipedia.org/wiki/California_Dreamin%27_(film)

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