Cameroun fête nationale – Avis – 20 mai. 50 ans d’Union… de façade ?

Jeter un œil sur ce qui se passe à l’étranger peut se révéler intéressant. Les mises en scène grand spectacle de ce type nous disent quelque chose sur l’état de la nation.

On bien bien sûr évoquer les tentations de manipulations psychologiques du pouvoir. Mais on s’interrogera aussi sur l’adhésion ou non du peuple.

De tout temps, les peuples se sont rassemblés sur un évènement annuel principal à forte valeur symbolique. C’est en général l’émancipation arrachée par une forte lutte qui fédère. On se rassemble contre les supposés oppresseurs. Leurs descendants ne seront pas invités, pour ne pas gâcher l’ambiance par du consensus.

En France on connaît bien la symbolique du 14 juillet. Et pendant longtemps, jour de congé, bal, feux d’artifices et festivités ont été plus significatifs que l’essence révolutionnaire de la référence. Les balades martiales sur les Champs-Élysées avaient même fini par passer pour ringardes.

Les Russes ont continué à chérir « leur » 9 mai, ou Jour de la Victoire, avec une ardeur peu commune. En maintenant l’idée d’une adversité persistante, ils ont pu thésauriser sur cet orgueil national au point de pouvoir re-brandir la lutte anti-nazi, comme si cette vieille lune n’avait pas cessée son travail de sape jusqu’à maintenant. Nous, cela nous paraît complètement baroque, mais une grande partie de cette population y croit dur comme du fer. Étonnant ce pouvoir des commémorations !

Les USA ont leur fête nationale le 4 Juillet. Eux aussi ont perdu de vue le sens originel de déclaration d’indépendance. Les Anglais font juste rire avec leurs manières et leur supposée préciosité. Ce qui compte maintenant c’est qu’il s’agit d’un des rares jours fériés rémunérés, et puis les feux d’artifice et les barbecues.

Et nos Camerounais ? Eh bien ils fêtent la République Unie du Cameroun. Le référendum de 1972, a mis fin à la forme fédérale de l’État (antérieurement un Cameroun oriental, un Cameroun occidental) – Ce n’est donc pas tant la désignation d’un ennemi qui rassemble, mais la réunion de deux parties désormais amies. C’est une démarche différente et assez intéressante.

Du coup, tout ce qui touche à l’union nationale est souligné. On tente de retenir le bon côté des choses. Une très grande place est laissée aux forces vives, à la jeunesse et aux écoles.

Un autre point est remarquable. Les différents partis politiques reconnus (autorisés ?) défilent chacun à leur tour.

  • Je me demande qui a pu envisager quelque chose d’analogue dans un autre pays. J’imagine le parti de Macron, celui de Le Pen, celui de Mélenchon etc défilant l’un derrière l’autre (dans l’ordre que vous voulez) !

Le pouvoir est l’organisateur. Il n’est donc pas étonnant qu’il tente de tirer la couverture à lui. Quand on brandit l’Unité, on cherche souvent à l’instrumentaliser, pour faire taire les oppositions. C’est pas bien mais c’est humain.

Et puis le vieux Président de la République Paul BIYA, semble s’accrocher au pouvoir. Il a tout de même 89 ans et qui n’a pas une santé florissante. Il est actuellement le plus vieux président élu en exercice du monde. Il tente peut être de dépasser le record du Président Mugabe (93 ans), décédé depuis.

Le vieil homme qui tient à peine sur ses pieds ne fait pas vraiment de déclaration. Ce sont les commentateurs qui sont chargés d’enjoliver tout cela. Au début, ils ne font que souligner l’Union nationale transpartisane. Mais progressivement, le nom de BIYA se fait plus insistant. Et dans la dernière ligne droite, sous le feu nourri de l’ Hallelujah de Händel (Messiah – Messie), ils se lâchent en louanges et forfanteries. Ils dépassent clairement les bornes de l’égalité de traitement oppositions / pouvoir en place.

Madame Chantal BIYA, née Chantal Pulchérie Vigouroux est de plus en plus « blanche ». Cette volonté de se distinguer d’une partie de son patrimoine est assez curieuse pour l’épouse d’un homme qui se veut consensuel. Il n’est d’ailleurs pas bon de la critiquer. Bertrand Teyou l’apprendra à ses dépens avec son livre La Belle de la république bananière : Chantal Biya, de la rue au palais. Passage par la case prison.

D’ailleurs Amnesty International critique le régime mis en place par Paul Biya. Il aurait restreint les libertés fondamentales et commis des violations des droits de l’homme. Il serait à l’a tête d’une fortune considérable et une opposition expatriée a même initié en France une procédure de recel de détournements de fonds publics contre le « monarque ».

L’État fournit d’ailleurs de magnifiques Mercedes limousines blindées. On en voit rarement de si prestigieuses ailleurs. Ce n’est pas un signe favorable pour qui souhaiterait davantage d’égalité dans le pays … et moins de corruption.

On est loin de l’image que voudrait donner le défilé pacifique du 20 mai.

Dommage que l’image sur canal 2 international ait été de si mauvaise qualité. On avait vraiment du mal à distinguer les participants du spectacle. C’était vraiment flou.

Petit conseil amical : la cérémonie se déroule tous les 20 mai en pleine saison des pluies. Il y a donc quasi obligatoirement une belle averse. Les beaux complets vestons des ces messieurs et les belles tenues de ses dames, sont ruinés par les flots ! Il ne doit pas être si difficile d’innover avec de beaux parapluies, des chapeaux, des gabardines de secours ! « Chantons sous la pluie » / « Singin’ in the Rain  » avec entrain mais précaution.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chantal_Biya

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Biya

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