Carlos – Film (2010) 8/10 Blockbuster révolutionnaire. Édgar Ramírez, Assayas

Il est très difficile de comprendre qui est vraiment ce Carlos. Ce terroriste idéaliste autant que mercenaire, qui est actuellement enfermé dans nos prisons. Mais on peut à la rigueur le juger sur ses actes.

Si l’on en croit ce biopic, Carlos est intelligent et efficace. Mais on n’est toujours pas très sûr de ses motivations profondes, même une fois qu’on voit le mot « Fin ».

C’est tout le problème de ce genre d’exercice. Il est impossible d’être neutre. Le choix de l’acteur, sympathique ou non, les circonstances que l’on met en avant, tout cela est profondément subjectif et oriente notre jugement. C’est un piège dont il est difficile de se prémunir avec de tels personnages. Pour Landru ce serait pareil.

Alors ?

  • Tueur froid, justicier expéditif, un « héros » capable de tirer dans le dos, homme d’action redoutable… d’accord.
  • Idéologue ? Fanatique ? Histrion ? Ou homme épris de justice et qui est capable de mourir pour une cause ? Pas si évident que cela de trancher. Il peut aussi avoir été l’un et/ou l’autre à ses heures.
  • Alcoolique « sac à vin communiste », mauvais mari et autres traits de sale caractère ? Sans doute.

Dans un premier temps, il a épousé la cause palestinienne avec l’antisionisme qui va avec. C’est factuel.

Il a exécuté les ordres du réseau auquel il appartenait. Ce furent des actes de terrorisme sanglant. Mais on peut le présenter aussi comme un soldat résistant. C’est toujours lle même problème, le résistant des uns et le terroriste des autres.

Plus tard, alors qu’il est devenu une « vedette », il n’a été qu’un boulet dans les relations internationales. Il est passé par plusieurs pays « amis » qui l’ont rejeté à chaque fois.

La cause palestinienne et la cause arabe en général, cèdent la place à la cause islamiste. Carlos se convertit. On parle aussi des Kurdes. Et il ne faut oublier les combats communs avec les révolutionnaires rouges européens et donc l’anti-impérialisme. La cause révolutionnaire sud américaine est un peu en retrait chez ce Vénézuélien. Il est est aussi question d’intérêts mercantiles et de pétrole. C’est vraiment très compliqué, imbriqué et versatile.

Après la chute du mur, « la guerre est perdue » nous dit-il.

Dans sa dernière étape, au Soudan, son avenir est scellé. La France a pu facilement s’en emparer pour le juger et le condamner.

Plusieurs de ses faits d’armes sont mis en scène. Je ne sais pas si l’épisode de la prise d’otage des membres de l’OPEP à Vienne est fidèlement raconté, mais c’est efficace. On voit la détermination mais aussi la capacité opérationnelle à changer de cap au fur et à mesure du déroulé. C’est montré sans pathos, comme une opération chirurgicale qui est en train de virer à la catastrophe et que l’on rattrape de justesse. L’important c’est de corriger le tir et de prendre les bonnes décisions. Pour les états d’âmes, on repassera.

En dehors de toutes considérations morales et politiques et en s’abstenant de juger la véracité du personnage, on peut dire sans hésiter que Edgar Ramirez joue très bien. Il donne de sa personne en étant parfois normal, parfois gros, mais ça c’est l’anecdote.

Certains personnages dont on parle ici, sont des légendes de ce milieu révolutionnaire d’alors : Johannes Weinrich, bien interprété par Alexander Scheer, Magdalena Kopp.

Une poignée de personnes influentes dirigent le monde. Une poignée de révolutionnaires déterminés est capables de semer une belle zizanie et d’ébranler l’édifice. Mais au fond ceci n’est qu’apparence, de part et d’autre des intérêts beaucoup plus grands manœuvrent ces marionnettes.

Un bon documentaire aurait pu nous apporter beaucoup, mais il n’aurait pas pu nous mettre au centre de l’action comme ici dans le film. L’idéal doit se trouver dans cette complémentarité fiction et docu. Il y a des allers retours à faire.

Le film d’Olivier Assayas est méritant. Un long et beau travail, même s’il n’échappe pas à côté blockbuster par moment. Sous certains angles, le Carlos figuré par Edgar Ramirez peut sembler un héros. Faisons donc bien attention à avoir un recul critique.

Je serais tenté de le voir comme un objet cinématographique détaché de la réalité historique. Auquel cas je n’ai pas à juger de sa vraisemblance. Et là, c’est un beau spectacle de 2h45, qui mérite son 8/10.

Production Budget (Carlos) : $18,000,000 (worldwide box office is 0.1 times production budget) En clair le budget est vraiment minime par rapport aux classiques blockbusters et la rentabilité a été catastrophique.

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlos_(film,_2010)

https://on-tenk.com/fr/documentaires/histoire-et-politique/mauvaise-conduite

Carlos – Film (2010) 8/10 Blockbuster révolutionnaire. Édgar Ramírez, Assayas
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