Carmen (Gypsy blood) (1918) 7/10 Lubitsch

C’est la version noir et blanc et muette, de la petite nouvelle de Prosper Mérimée, que l’on doit au grand Ernst Lubitsch. Cette création allemande est très fidèle au texte.

  • Lubitsch est un réalisateur allemand anti-nazi qui rejoindra plus tard Hollywood. Bien qu’il soit mort jeune, il a eu le temps d’être reconnu par ses pairs (Oscar d’honneur en 1947)

La version restaurée est très regardable avec une prise de vue ample et un montage qui respire bien. La nouvelle bande-son réinterprète à sa manière la musique de Bizet. Très réussi aussi bien qu’il n’y ait aucun chant de l’opéra ici.

C’est une classique histoire de femme fatale, un ange bleu (1930) version gitane.

La polonaise Pola Negri, à la forte personnalité, au physique avantageux, à la vitalité débordante, est intéressante en Carmen délurée. Une diablesse craquante qui souhaite avant tout parvenir à ses fins, en utilisant ses charmes.

Mais ce récit n’est ni linéaire, ni convenu. Le réalisateur parvient à restituer les hésitations et les états d’âme des protagonistes.

Les mâles vaillants sont quasiment toujours polarisés par leur ardent désir. Lequel est savamment entretenu par de belles promesses.

Pensant à tour de rôle pouvoir profiter de l’aubaine inespérée, ils se font tous prendre dans le miel.

  • En théorie ce scénario édifiant devrait prêcher pour la tempérance et la raison et contre la passion aveugle et destructrice. Mais en réalité, nous sommes charmés également et rêvons secrètement d’être consumés par un tel désir. En tout cas au moins pendant la durée du film.

Elle est fine mouche et connaît parfaitement la faiblesse des hommes. Elle décline ses tactiques de séductrice en fonction des rencontres. Elle s’adapte au profil des plus humbles comme des plus haut placés. Elle les mène tous par le bout du nez. Il y a toujours des femmes au dessus du lot et capables de ces « prouesses »… et ce d’autant plus que les potentielles victimes consentantes sont innombrables.

On pourrait juste reprocher à l’actrice d’adopter parfois un curieux côté de garçon affranchi. Ces passages Gavroche ont mal vieilli.

Lubitsch l’apprécie beaucoup et l’a fait tourner plusieurs fois. Ici le metteur en scène coquin n’hésite pas à la sacrifier (mais c’est dans le livre aussi).

  • Quel soupirant éconduit n’a pas rêvé un temps d’une telle mort symbolique pour la perfide ? Cette capacité à mieux contrôler la libido donne un avantage certain à ces ogresses et cela nous fait rager.

Harry Liedtke joue José, l’amoureux transi qui va saborder sa carrière militaire pour les beaux yeux de l’enivrante femme libre. Il va aussi sacrifier, sans le moindre remord, la bonne ménagère qu’il était sur le point d’épouser. En plus il est maladivement jaloux. Il finira mal ce garçon.

Harry nous fait une interprétation archaïque et d’une lourdeur assez pénible. Mais bon le kitsch donne maintenant un côté exotique au film. On lui pardonne facilement.

Et ce n’est pas faire d’anachronisme que de juger avec nos yeux présents. Plusieurs œuvres de cette époque sont jouées de manière assez réaliste et intemporelle. Pas la peine de rouler les yeux (trop fardés) et d’amplifier les gestes de théâtres pour se faire entendre (en muet).

Un bon moment.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carmen_(film,_1918)

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