Chambre avec vue (1985) 6/10 James Ivory

Il s’agit juste d’un récit sentimental. Un genre qui n’entre ni vraiment dans le cadre de la comédie, ni dans celui dans la tragédie. C’est une entité qui flotte ainsi dans l’air, en lévitation entre les deux.

La toile de fond est une certaine société anglaise, celle de l’élite corsetée d’alors. Cela se passe sans doute avant la première guerre mondiale. Le film n’est pas explicitement daté, mais les habits et le décor semblent de cette époque.

Il n’y a absolument pas de critique sociale, bien au contraire. On sent une certaine nostalgie pour cette société d’ordre infini, avec des barrières bien précises. Un univers étrange où chaque pas, chaque parole, chaque attitude, sont mesurées au millimètre. Il y a un code de bienséance et de préséance, bien établi. Les Britanniques sont globalement royalistes, hiérarchisés et élitistes, ne l’oublions pas.

Il est à noter que cela permet une sorte de jeu d’échec des usages, qui se révèle assez intéressant.

Les choses se compliquent quand survient l’amour et/ou le projet de mariage, en tout cas chez les jeunes fougueux de cette espèce.

Tout le film est basé là dessus. Le conflit intérieur entre la raison et la passion. Il faut dire qu’on commence à peine à redécouvrir alors, qu’il puisse exister un mariage d’amour.

Les deux jeunes postulants tentent d’y aboutir. L’un, le garçon, mu par son désir, et qui est très déterminé. L’autre, la fille, qui marche à contre-courant de ses sentiments, sans bien comprendre encore ce qui lui arrive et la bouleverse.

Deux pays emblématiques sont représentés. Chacun incarne l’un des deux pôles. L’Italie chaude et passionnée est en opposition avec l’Angleterre froide et raisonnable.

La promise a goûté un baiser avec le beau gosse, en Italie. Ce fut rapide – interrompu brutalement – mais ravageur. Et ce minuscule épisode là, va ébranler tout son être.

Pourtant la jeune femme, dès son retour en Angleterre, se lance dans un autre projet. Le nouvel homme envisagé – à froid – est tout le contraire de son soupirant initial. C’est une sorte d’intellectuel déconnecté des réalités et qui passe son temps dans les livres. Son rapport aux choses et aux êtres, est distancié. Les esprits grossiers parleraient d’un balai dans le fondement.

Son baiser à lui, est on ne peut plus formel et décevant. Ce n’est assurément pas un choix du cœur.

Après quelques péripéties d’usage, la fin nous montre un retour salutaire vers le premier homme. On n’échappe pas à une explosion d’émotions.

Tout s’arrange, ils vont se marier. C’est le happy-end classique des romans à l’eau de rose.

  • Ces créations hors sol, qui ne devraient absolument pas avoir de suite. Sous peine de nous montrer la routine, l’usure… voire la séparation. C’est interdit ! L’horizon doit être définitivement bleu rose. On est là pour rêver.

Et donc pour elle, fini les hésitations. Elle se serait menti à elle-même et aux autres jusque là. En tout cas c’est ce qu’on nous dit dans le film, avec une certaine insistance.

  • Je suis perplexe sur cette utilisation insistante de ce terme « se mentir à soi-même ». Comme s’il n’y avait qu’une seule vérité en amour. On est plutôt dans le registre de la prédestination et de l’immanence. Pas besoin d’amener ces grands chevaux pour cette affaire sentimentale.
  • Dommage que le genre se refuse à admettre l’existence d’une passionnante complexité.

Bon, les auteurs mettent en scène le thème de l’amour primordial. Une abstraction qui se doit d’être unique, simple et définitive. C’est une vision susceptible de combler toutes les femmes, je pense. Un truc qui fait s’envoler en particulier les midinettes. En plus les deux protagonistes sont beaux (sinon cela marche moins bien pour l’identification)

Belle brochette d’acteurs principaux :

  • Helena Bonham Carter fait cette jeune fille pas sotte, plutôt moderne pour l’époque, et qui va finir quand même par laisser parler son cœur. Ouf !
  • Maggie Smith est un pilier du cinéma british. On ne compte plus les chefs-d’œuvre auxquels elle a participé. Bien qu’elle ait une personnalité bien à elle et très reconnaissable, elle peut jouer des registres bien différents. L’octogénaire continue à tourner. On appelle cela une grande dame. Là, elle nous fait une chaperonne un peu coincée et maladroite. Bien.
  • Julian Sands est le beau gosse qui suit son instinct.
  • Denholm Elliott est son père. Il est catalogué de « socialiste » ou de « libre penseur », pour critiquer son manque de participation aux règles. Mais ce côté rebelle qui ne la ramène pas, ne déplaît pas tant que cela. Chez les Anglais, on apprécie aussi les « originaux ». S’ils restent des exceptions, alors ils confirment la très stricte « rule ».
  • Daniel Day-Lewis est le prétendant prétentieux et sentencieux, qui n’atteint pas son but. Il joue bien ce rôle ingrat.
  • Judi Dench est une romancière coquine, qui égaye un peu le début du film.
  • Simon Callow interprète avec justesse, un révérend plutôt finaud et apaisant.
  • Rupert Graves est encore bien jeune ici. Il incarne le frère de l’élue. On sent déjà chez lui l’acteur qu’il va devenir. Le tempérament est une donne, dont on ne peut pas se débarrasser. Et c’est bien comme cela.

Le réalisateur James Ivory a trouvé le filon avec ces adaptations des livres sirupeux d’Edward Morgan Forster. Il sévira deux fois encore !

Je ne dis pas que c’est foncièrement mauvais. La trame sentimentale, certes un peu surfaite, donne l’occasion d’interactions parfois intéressantes, surtout avec de si bons acteurs. Les plus indulgents pourront considérer cela, comme des variations théâtrales sur un thème imposé. Et cela se termine mieux que Tristan et Yseult et autres couples désespérants.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chambre_avec_vue_(film)


Helena Bonham Carter

Maggie Smith
Julian Sands
Daniel Day-Lewis
Judi Dench
Denholm Elliott
Simon Callow
Rupert Graves
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