Cherry Blossoms et merveilleux démons (2019) 3.5/10

(Kirschblüten & Dämonen)

Un (trop) long métrage contemporain, exagérément dépressif et prise de tête, avec un scénario nébuleux et psychanalyticoïde. Cela faisait longtemps qu’on n’osait plus faire des machins comme cela. C’est un film mal bidouillé et grinçant qui se prend pour une œuvre d’art.

  • Il faut dire que ce film fait suite à Cherry Blossoms, un rêve japonais (Kirschblüten – Hanami) (2008), que nous sommes supposés avoir vu, pour mieux comprendre le film de 2019 !
  • La réalisatrice ne manque pas d’air, si elle croit que nous sommes assidus à son « œuvre » à ce point ! D’autant plus que celle à qui les critiques allemands ont décerné la palme d’« ennui de la saison » en 2005, n’a pas laissé de traces mémorables.

Au centre du pensum présent, il y a un jeune alcoolique dépressif qui retourne dans la maison familiale vacante, suite au décès de ses deux parents. Ses mauvais penchants le désocialisent et l’amènent à une rupture d’avec sa femme, sa petite fille et tout ce qui lui reste de famille. Il vit seul et se laisse aller. Il n’a plus de prise sur rien. Tout part en vrille. L’alcool est la première « explication » de son drame.

Il est tourmenté par ses vieux démons au propre comme au figuré. A ceci près que ses « créations mentales » là sont très exotiques.

Suite à la visite, réelle ou figurée, de Yu qui fut l’amie de son père, une partie de ces petits diables empruntent au folklore japonais. En particulier, il est hanté par un avatar « poilu » et sans visage de la mort (*). Sans doute il y a-t-il là derrière, ce désir secret d’en finir. Une tendance qu’il devra combattre et dont il pourrait bien en venir à bout.

Mais des personnifications de démons des fêtes bavaro-alpines sont bien présents également. Un peu comme le Krampus ou le Tschägätta. Les jeunes villageois « normaux » déguisés en habits de paille et qui font un tintamarre effrayant, en profitent pour exprimer leur violence. Et bien entendu notre jeune prendra des coups. Il faut dire qu’il se sent profondément « mauviette » et des flash-back nous montrent qu’il a toujours été dominé et rejeté. Deuxième projet d’« explication » de son drame.

Des démons plus virtuels cette fois, sont issus du background familial. Notre personnage sera confronté à des parents imaginaires qui se manifestent en uniformes et comportements nazis. Il porterait donc en lui les non-dits de ce trouble passé. D’ailleurs son frère ne craint pas lui d’afficher son appartenance à un parti néo-fasciste. Il s’agit à nouveau d’une tentative « d’explication » des origines du malheur de notre possédé.

Dis comme cela c’est pour le moins curieux, mais dans le film cela l’est encore plus, puisque tout ceci aboutit à un mélange confus de fantasmes, de délires et de réalité.

Et la réalisatrice a plus envie d’en rajouter une couche que de ne nous aider à comprendre. Elle nous impose même un neveu qui entre en résistance en se faisant tatouer une croix gammée sur le front. Un choix à l’opposé de ses convictions. Une provocation scénaristique supplémentaire qui tombe totalement à plat.

Cela n’a rien de sérieusement politique, psychologique ou sociologique. Et dans la forme, ce n’est ni vraiment symbolique, ni vraiment poétique, ni vraiment dramatique.

On touche même involontairement au comique, comme avec ce récit « alourdi » d’un pénis amputé par le gel. Un « allégement » qui est supposé libérer le personnage central, en lui permettant de changer de camp et de mettre des parures de geisha. La surinterprétation maladroite de Doris Dörrie est décidément sans limite. Elle ose tout et c’est sans doute à cela que l’on la reconnaît.

Résultat, ce film puéril et trop long est d’une bien inutile complexité.

Ceux qui ont des tendances suicidaires, attendent avec impatience un Cherry Blossoms III, pour passer à l’acte.

  • (*) – les photographies de Charles Fréger ont un certain talent pour de telles transpositions des mythologies. Cf Yokainoshima, esprits du Japon.

https://www.imdb.com/title/tt8505838/

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