Comedian harmonist (1997) 6.5/10

Comme vous le savez, le point Godwin est le moment de rupture dans un échange, où l’on vous signifie que vous n’avez plus droit à la parole (cancelling) car vos arguments sont décrétés comme dignes des Nazis et d’Hitler. Que cela soit vrai (rarement) ou faux (le plus souvent).

Il est donc difficile de critiquer un film qui nous parlent de l’ostracisme d’un fameux groupe musical allemand, parce que la moitié du groupe était juif. D’emblée la crainte de se prendre un Godwin sur le nez incite à l’autocensure et à accepter de monter la note parce qu’il traite d’un tel sujet. C’est comme cela.

Donc je ne dirais pas grand-chose de l’ascension de cette troupe, en parallèle avec celle du National-socialisme. Mais avec forcément des objectifs bien distincts.

Réunis en sextuor, ils ont pris pour modèle les polyphonies swing américaines. C’était très à la mode déjà, et cela l’a été encore plus pour eux, quand ils ont chanté en allemand.

Sous la pression tardive du régime totalitaire, ils se sont scindés en deux groupes « raciaux », l’un émigrant aux USA et l’autre restant sur place.

Ce qu’on nous présente ici comme une belle histoire d’amitié, s’est terminé en réalité par une brouille complète et des procès.

L’histoire semble très romancée avec ce qu’il faut d’embrouilles et de réconciliations. Il y a une femme pivot au centre. En passant de l’Allemand bon teint et leader né du groupe, à une sorte de délicat poète juif… et inversement (plusieurs allers et retours). Elle permet de faire le « pont » entre ces extrêmes. Un autre membre du groupe divorcera quand même de sa femme non aryenne pour être en règle et poursuivre sa carrière.

On sent la menace sourde et l’on s’attend à bien plus grave que cette scission, où chacun part relativement facilement de son côté, parfaitement sains et saufs et plutôt libres de leurs mouvements (attention au Godwin!) – Tant mieux pour eux. Pour bien d’autres, ce n’était bien entendu pas un « complexe de persécution », mais une chasse à l’homme des plus sombres. La musique n’adoucit pas toujours les choses, surtout dans sa variante martiale.

C’est assez plaisant à voir, si on refuse d’adhérer à l’idée que c’est un parfait biopic, et qu’on le prend plutôt pour une aimable comédie musicale.

Les Allemands, repentants ou non, ont beaucoup apprécié. Ils ont primé le film.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Comedian_Harmonists_(film)

Ben Becker
Ulrich Noethen
Meret Becker

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