Critique politique. Ma mère est folle, Diane Kurys aussi. Fanny Ardant, Vianney, Chesnais, Dombasle. 4.5/10

Ma mère est folle, soit ; mais comme ce fut le cas pour la plupart des nôtres, qui ont été jeunes femmes dans les années 60-70. Cependant, à considérer cette production, notre Diane Kurys ne semble pas aller très bien non plus.

Comment cette réalisatrice qui fut si talentueuse jadis et qui a commencé par ce petit bijou qu’est Diabolo menthe de 1977, en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu accepter de se lancer dans ce long-métrage de 2018 si faiblard ?

A-t-elle elle aussi, à l’instar de son premier rôle joué par Fanny Ardant, des dettes à payer, une hypothèque, des intérêts qui l’étranglent ? Éloignons ces mauvaises pensées et prétextons l’âge ; 75 ans tout de même.

L’histoire est tirée par les cheveux. Sous des dehors anti-conventionnels on est dans le néo-conventionnel absolu, celui d’une certaine classe qui squatte le pouvoir depuis des décennies.

Et puis, il s’agit de servir la soupe au vieux canasson de retour qu’est Fanny Ardant et au jeune mini-étalon montant, en la personne du chanteur à trémolos, le dénommé Vianney.

Pour l’Ardant (*), je ne ferai pas trop de commentaires. A y regarder de près, je ne l’ai jamais vraiment apprécié. Elle joue distancié. Eh bien qu’elle reste dans ses lointains nuages !

Et là, même si elle en fait des tonnes, même si on peut penser qu’il y a une part d’elle-même dans l’écervelée qu’elle incarne, elle ne me paraît toujours pas convaincante. Elle a déjà 74 ans, quand est-ce qu’elle y arrivera ?

Vianney s’en sort relativement bien, ce qui permet d’alimenter le buzz : Vous voyez, sous le vernis d’artiste musicien, se cache encore d’autres potentialités. Et il faudrait applaudir. La belle affaire, on ne compte plus les polyvalents comme lui. Il démontre juste que dans ce désert de talents qu’est devenu le cinéma français, de vrais comédiens formés auraient du prendre la relève. Et ce n’est pas le cas. On laisse la place à des comiques de sitcom et des chanteurs… Mouais.

Arielle Dombasle nous fait son numéro habituel de riche insouciante plutôt sympathique. Dans la vraie vie elle est quelque chose comme cela. Elle n’a « que » 70 ans, mais continue à bien faire son boulot « exotique ».

Le talentueux Patrick Chesnais est un acteur « pin pon ». Quand un film ne décolle pas ou s’enfonce, il vient à la rescousse.

C’est le cas ici. Il réveille le spectateur par cette pleine présence. Lui, s’est vraiment bonifié avec le temps. Il a pourtant fort à faire avec les artifices navrants du scénario, qui en font un ex-hétéro toujours amoureux de Fanny et qui continue à lui pardonner n’importe quoi. Il est devenu un vieil homo fripé comme une pomme d’hiver, dégoulinant de pognon et grand amateur des arts qui sont de bons placements.

C’est certes bien filmé, mais le récit n’est pas crédible pour un sou. D’ailleurs, le public a voté avec ses pieds. Et ce bide considérable n’est pas une injustice. Il ne faut pas prendre les gens pour des ânes béats.

***

En gros il s’agit de petits soubresauts, dans un milieu bourgeois éclaté, où survivent des amitiés tenaces. Ces personnages se serrent les coudes, car ils commencent à ne plus être trop nombreux à défendre leurs valeurs. Ils ont une conscience de classe paradoxale, dans la mesure où ils sont issus des mêmes mouvements individualistes, hédonistes et libertaires.

Les relations parents / enfants y sont si souvent écornées. La permissivité quasi absolue, qui a le « mérite » de ne pas être fatigante, n’a pas été une garantie de bonne éducation.

On vit désormais « confortablement », comme disent ces comptables devant les grandes fortunes, qui ne veulent pas effrayer Mammon et déclencher les foudres des contractuels du fisc.

Fanny se distingue. C’est une femme « repère », une égérie des anciens temps. C’est sûr qu’elle n’a pas eu à travailler, pour payer son pavillon cossu. Son mari, qui lui a du trimer, est décédé. Elle s’est couverte de dettes et est maintenant dans une fuite en avant, ne comptant que sur sa bonne étoile. Elle espère que ces diverses entreprises minables, type colliers de coquillages à deux balles, vont la sortir de là.

Jusqu’à présent elle n’a eu qu’à offrir jusque là son insouciance et son inconséquence soixante-huitarde. Et elle continue à penser que tout le bonheur du monde se résume à cela. Et si c’est nécessaire, elle ment sans vergogne pour combler les vides.

Pour préserver son équilibre, son fils Vianney a fui cette « folie » et ce parasitisme. Il a été le plus loin possible. Il a voulu une « vraie » vie de labeur, assortie des récompenses proportionnelles à la sueur qu’il émet. On aurait dit qu’il était « straight » avec un certain mépris, jadis.

Le film comporte les anecdotes d’usage, dont la fumette, les petits trafics, l’inévitable composante de road movie (en français « film routier »), les quiproquos, les retrouvailles sentimentalo-larmoyantes et j’en passe. Les clichés sont nombreux, comme ceux sur les huissiers.

Et bien sûr tout s’arrange à la fin à coups de dons de sommes astronomiques. Le cinéma a toujours été généreux avec sa monnaie de singe.

Cette injustice immanente, est en rapport avec le consensus idiot, comme quoi Fanny, cette oiseuse de première « est une femme formidable ». Ah bon ? Ici personne ne démontre rien. Elle s’est octroyée la garde d’un petit Bosniaque (?) pour faire « humanitaire ». En réalité c’est presque un kidnapping.

Et si son fils adulte s’offusque, c’est qu’il n’a pas de cœur, CQFD. Le piège aux « bons sentiments » se referme. D’ailleurs la mascarade ira jusqu’à la reconnaissance finale du statut de « bonne mère » incomprise, par ce fils antérieurement prodigue (zôn asôtôs, c’est-à-dire « vivant sans salut »). Sa tirade finale tellement téléphonée, est mièvre et stupide, mais elle devrait déclencher une petite larme chez les êtres sensibles et pas trop regardants.

Et donc Arielle assure le rachat du pavillon hypothéqué, pour que la frivole Fanny puisse en conserver l’usage. Mais le bâtiment sera quand au nom du fils Vianney, par précaution. Une babiole qui se chiffre sans doute en millions.

***

Pourvu qu’on continue à s’amuser et à se protéger dans ce milieu de nantis profiteurs « sin vergüenza » ! Je ne suis pas marxiste, mais cette anti-méritocratie m’énerve profondément.

Je connais des gens autrement sympathiques et méritants, et encore plus cosmopolites que ceux qu’on nous propose ici, et dont Fanny est le repoussant archétype, et qui n’ont le millième de sa chance.

Certains me diront que je suis passé à côté, que je n’ai pas saisi la composante parodique pour ce qui ne serait qu’une comédie. Mais je n’y crois pas. Le « mal » soixante-huitard est ici vraiment enraciné et on s’en moque tout au plus « gentiment ».

(*) l’Ardant : quand le nom commence par une voyelle c’est plus difficile à décliner que « la Magnani ». Tant pis pour elle, tant mieux pour nous.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma_m%C3%A8re_est_folle

https://fr.wikipedia.org/wiki/Diane_Kurys

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fanny_Ardant

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arielle_Dombasle

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vianney

https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Chesnais

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