Décollage pour la Grande-Bretagne. Écosse en drone. Stephen Rooke. 8/10

Écosse S1E4 – 2019 / Aerial Britain : Scotland

I) Pour ou contre les drones ?

Le problème ces nouveaux outils performants voire révolutionnaires, comme ici le drone, c’est le risque d’en abuser.

C’est toujours comme cela. En particulier dans le cinéma. On se souvient des excès d’images de synthèse, à leurs débuts.

Ici, la chorégraphie autour des sites survolés est tellement mouvementée et répétitive, qu’on risque d’avoir le tournis.

Si on virevolte ou deux fois dans l’espace de la même manière, cela va encore. Mais sur la toute la durée d’un documentaire, quasi exclusivement filmé de cette manière, il faudrait se renouveler et montrer du génie avec cette nouvelle palette. On devrait même pouvoir compter sur des maîtres de ballet confirmés.

Sans doute qu’un nouvel art est né, la prise de vue en 3D cinétique, dans avec un repère réel tri-axial. L’image en relief étant recréée dans le cerveau, en combinant les informations de diverses parallaxes.

  • Pour mémoire, le cinéma recréait déjà la 3D cinétique, mais sur généralement une translation simple XY (comme le paysage qui semble se déplacer dans le train en mouvement) ou haut / bas (grue ascensionnelle) et sans le Z.

II) Riquiqui ?

Il y a un deuxième écueil classique, avec cette technique, c’est l’effet maquette. Comme les volutes de l’engin preneur d’images finissent quasiment toujours par ascensionner vertigineusement, on finit par considérer que les sites archéologiques ou historiques observés sont de toutes petites choses. En tout cas, cela n’a rien à voir avec le regard qu’on porté ceux qui les ont créés.

Mais l’effet en soi, reste très intéressant bien entendu.

III) Reportage enrichissant.

Et puis les sujets d’observation choisis par le réalisateur Stephen Rooke, au sein de cette magnifique Écosse sont proprement bouleversants. Que de richesses dans les réalisations humaines de toutes époques, ces endroits mythologiques, et ce depuis 5000 ans. Et puis on reste pantois devant ces paysages grandioses, quoique certes un peu hostiles, surtout pour ceux qui comme moi, ne sont pas des adeptes du froid glacial.

Il y a bien sûr la visite aérienne des Loch dont celui que vous connaissez tous. L’anecdote rigolote est la suivante. Une équipe très technique pensait avoir localisé le monstre lacustre du Loch Ness. Mais au final cela s’est avéré être la carcasse d’une réplique artificielle réalisée pour un film !

  • Mais on ne néglige pas non plus l’évocation des Rois puissants, des personnages féroces et même de notre James Bond écossais Sean Connery. D’où le petit tour à Glen Coe (Craig) et dans les Highlands. Rassurez-vous, l’anecdotique cède la place à la beauté des lieux.
  • Et même si on cite Harry Potter pour le fameux Poudlard Express, qui va de Fort William à la petite ville côtière de Mallaig en passant par le viaduc de Glenfinnan c’est une allusion négligeable. Le train à vapeur Jacobite Steam est magnifique même sans le lunetteux. Heureusement qu’on peut prendre de la hauteur et voyager sans ces créatures fictives et parasites.

Dans le genre guide touristique traditionnel, les vieilles fermes à whisky ne nous sont pas épargnées. La plus ancienne serait Glenturret et donc on nous la montre. On sent bien qu’à présent le site est plus commercial qu’authentiquement légendaire.

Une fois débarrassé de ces passages obligatoires, restent de nombreuses très belles choses, comme la très élitiste université de St. Andrews. Élitiste n’est pas un gros mot, dans ce pays de bosseurs, qui flatte encore la réussite. Quels jolis bâtiments, si typiques d’un certain style architectural britannique.

  • On se contrefiche de savoir qu’elle a accueilli William et Kate. Elle tourne depuis 1413 et donc leur passage est juste une toute petite parenthèse.

Le Royal and Ancient Golf Club of St Andrews serait le plus vieux golf du monde (1552-1754). C’est donc le berceau de ce sport. Je n’y connais rien, mais je dois reconnaître qu’il a bien plus de gueule que les golfs formatés actuels. Déjà de part sa grandeur, sa fluidité et une certaine imprévisibilité de son parcours. Les créateurs se sont même embarrassés d’un 17e trou quasi impossible, le « road hole bunker. On peut aussi admirer le maintien inconditionnel de ce très vieux petit pont de pierre qui enjambe le « Swilken Burn ». Un ouvrage multiséculaire mais sans réel intérêt pratique. C’est cela la tradition.

Le Pont du Forth est une merveille plus récente. On dirait un immense animal rouge en reptation. Et même si on le voit bien à terre de divers points de vue, le cinéma aérien lui rend grâce.

Le village Skara Brae du Néolithique daterait de 3200 et 2500 av. J.-C. Et ce qui s’est constitué en fonction des contraintes locales et des nécessités, est vraiment superbe. En peu septentrional certes vu que c’est dans les Orcades. D’autres cités millénaires, mais d’âge différent, ont été mises à jour. Dans le style du Knap of Howar. J’espère qu’à l’époque, il faisait moins froid.

Tout cela ne vous dit probablement pas grand-chose, si vous êtes casanier. Mais c’est le mérite des documentaires de vous inciter à voyager… en vrai ou virtuellement.

Le reportage enchaîne sans répit les découvertes. On vous en laisse la surprise.

On peut comprendre que les Britanniques soient tellement attachés à leur patrimoine et à leurs traditions. Le final se termine par un défilé musical fort consensuel d’Écossais en kilt. Et on perçoit, même de loin, que c’est plus fort que le simple amusement folklorique. C’est toute une civilisation qui est honorée par le rite. Respect !

  • Nous autres les Français, si souvent contempteurs de nos propres richesses et de notre histoire, devrions en prendre de la graine. Une société qui n’est pas fière d’elle a peu de chance de survivre. Vraiment dommage !

https://www.st-andrews.ac.uk/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Skara_Brae

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