Diva (1981) 7/10 Beineix

On se doit de préciser la Diva… de Beineix.

C’est son premier film et il marque une claire ambition novatrice ; en tout cas pour l’époque.

Notre réalisateur inexpérimenté a réussi à y mettre beaucoup, sans que cela devienne ni trop copieux ni trop fouillis.

Pour réussir ce premier pari là, il faut une idée principale à la fois simple et très structurante. Et un traitement de choc.

C’est une histoire qui tourne autour d’une jolie Diva traditionaliste, jouée par une vraie soprano d’opéra, Wilhelmenia Wiggins Fernandez.

  • Elle n’est pas moche, ce qui donne toujours une plus-value en salle. Ceux qui font confiance à sa bonne mine et qui n’y comprennent pas grand-chose, sont forcément intimidés. Pour les analogies, on penche du côté de Jessye Norman, bien sûr.

Dans le film, elle campe sur ses principes. L’art de l’opéra ne peut être que vivant et non pas figé sur un enregistrement.

La technique est cependant tellement avancée, qu’on peut désormais pirater un concert avec un niveau audio professionnel. C’est le scénario qui le dit en tout cas. Et pour cela il se base sur le dernier cri de feu la cassette (K7) !

  • Il doit m’en rester qui dorment dans la cave ; souvenir coupable, sans doute démagnétisé maintenant.

Un gamin entre dans le jeu. Il parviendra à accomplir son rêve, approcher la star inflexible. Qui n’aspire pas secrètement à cela ? Pourtant c’est lui le copieur coupable? D’où les dilemmes passion/raison, vérité/trahison, on ne peut plus classiques.

Pour continuer sur le fil K7 audio voir là : Fantasmes audio : vinyle, k7 audio, CD…

Le film a l’audace de citer clairement des marques, dont la Malaguti inaccessible de ma jeunesse. C’est un concept nouveau et efficace, et non pas un placement de produit comme maintenant.

  • Cela doit faire franchement marrer maintenant, qu’on ait pu avoir pour idéal ce genre de pétaradante mobylette 2 temps, que l’on peut ranger dans la catégorie Critair 99 et plus. Là encore l’illusion des marques est en pleine progression. On saura faire fantasmer le bon peuple, par l’image, avec les Apple, les Nike et toutes ces sortes de choses.

Même la Diva participe de cette société du paraître. Elle se moque du prénom Jules, jugé vieillot, celui du jeune héros.

Les trouvailles qui font « modernes » sont nombreuses. Et elles tiennent vraiment en partie de l’impasse de feu la « modernité ».

Le jeu des acteurs se veut plus naturel et délié. Ce qui fait par exemple paraître la prestation de Richard Bohringer, bien meilleure qu’elle ne l’est d’habitude. Mais en réalité ils ne font que d’adopter les contenances et les tournures elliptiques et convenues, d’une certaine caste en vue du moment. 1981 cela ne vous dit vraiment rien ?

Vue de maintenant cette modernité, avec si peu de limites formelles, est datée. Mais je trouve que Luc Besson, qui partage ces ambiances, a fait pire.

Le côté loft artistique est bien développé. L’habitat cool, bordélique et informel, colle bien avec le look des protagonistes qui y vivent. C’est toute une époque, cette ambiance de récupération.

C’était de la poésie ? Non c’était du prosaïque Warhol, sans le savoir.

Nombreux sont ceux qui ont marché dans ce conformisme de l’anti-conformisme.

Ce boulot d’il y a quarante ans reste une référence. On ne va pas cracher sur ce passé commun, on doit l’assumer. Même si on sent bien que cette prétendue société des loisirs, était quand même un peu le lit de notre relativisme et du laisser aller général.

Au moins en ce temps là, on pouvait « raisonnablement » se laisser vivre. On n’avait pas conscience que l’addition serait payée par les générations suivantes.

Il est franchement hilarant que ce film, qui propage l’idée de l’avènement de la technicité ultime en matière de son, ne soit même pas sorti en stéréophonie.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Diva_(film)

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