Downsizing (2017) 5.5/10 Matt Damon

Avec cet ultra-rétrécissement volontaire de certains individus, se posent pas mal de questions.

On met de côté tout de suite les questions techniques insolubles, mais balayées d’un revers de main par la réalisation.

Bien entendu, tout réduire si fortement de manière homothétique est impossible. Et être minuscule (12 cm) ce n’est pas juste d’avoir tout réduit. Il faudra se décider entre l’hypoplasie et l’hypotrophie. C’est à dire, soit on réduit le nombre de cellules, soit on fait maigrir chaque cellule individuellement. Dans l’un ou l’autre cas, on est confronté à des problèmes physiologiques très sérieux, et même rédhibitoires avec notre constitution.

En ce qui concerne l’environnement, il n’existe pas un micro-gazon pour les maisons de poupées. Ceux qui ont joué au train électriques savent qu’on est obligé de tricher avec une moquette verte fabriquée spécialement pour cela. Et on peut douter de l’existence de ces bananiers forcément très réduits, qu’on voit dans leur monde de maquette.

Contrairement à ce qu’on visionne sur l’écran, le bois ou d’autres matériaux des meubles ne devraient pas conserver leur aspect si lisse en changeant d’échelle. A ce niveau, apparaissent forcément des micro-fissures et de la discontinuité.

Les lois de la gravité imposent des comportements bien différents selon la taille de l’espèce. Et généralement en perdant du poids on tend à rebondir plus facilement. C’est juste un cas de figure parmi tant d’autres.

Bon, arrêtons avec la science classique et passons aux sciences économiques.

Le grand intérêt d’une telle proposition, c’est d’envisager le comportement et les buts de ces néo-humains avec cette nouvelle donne. Le film donne d’abord la motivation du resizing; il insiste même. On souhaite devenir petit car ainsi la vie est moins chère. Si vous ne vous nourrissez que d’un millième (?) de la ration habituelle, vous faites nécessairement des économies.

C’est sans doute vrai pour ce type de produits. Mais pas pour tous. Si vous pouvez vous servir d’ordinateurs aussi performants que les autres, mais qui sont à votre taille réduite, c’est que vous profitez d’une ultra miniaturisation… qui n’est pas encore de ce monde. Elle nécessite des moyens de recherche et de production considérables, inversement proportionnels à la taille obtenue. Et les fabricants s’empresseraient de l’appliquer d’abord au plus grand marché. Ils ne voudraient pas être payés avec des micro-pièces au poids insignifiant ou avec des dollars d’une taille inférieure à 2,61 inches de large sur 6,14 inches de long sur une épaisseur de 0.0043 inches.

On voit déjà des limites sérieuses, sur ce seul exemple.

On peut rajouter, qu’être à ce point petit, c’est sans doute être moins productif. En tout cas dans tous les travaux manuels. Mais si vous travaillez avec un nombre de neurones réduits (le choix hypoplasique) alors on peut étendre le raisonnement à la sphère intellectuelle (le prolifique Anatole France n’avait certes qu’un cerveau d’un kilo… mais pas de moins d’un gramme)

Travaillez moins et consommer plus ? Cela va vite faire grincer.

On tente la philosophie ?

L’argument consumériste est tenace dans le film, en tout cas au début. Et les petits êtres qui ont rêvé de s’en mettre jusque là, découvrent rapidement les limites de ce bonheur artificiel. Leur vase clos bariolé, avec ce bonheur forcé, ressemble étrangement au village dystopique du « Prisonnier » (Patrick McGoohan en 1967-68)

Ils ne peuvent pas se gaver indéfiniment au propre comme au figuré. Et revient rapidement la question du sens de la vie et de l’importance accordée à tout un chacun – les rapports sociaux.

Ce n’est pas une pétition de principe, mais une dure réalité. Que sont ces micro-nains aux yeux des grands ? De petits parasites insignifiants ? Des profiteurs oisifs qui se contrefichent des grands problèmes de l’humanité ?

Et que sont encore ces familles de taille normale pour ces tout petits ? Il y a clairement des rapports d’influence qui s’estompent. On voit mal un père réduit faire la leçon à sa fille, qui ne pense qu’à la bamboche, et qui est des milliers (?) de fois plus volumineuse que lui. La petite souris n’a pas plus d’impact sur l’éléphant. Size matters quand même !

Ces êtres, aussi riquiquis soient-ils, ont leur fierté et se considèrent tous comme importants. Pas moins que nous les grands. Mais le sont-ils encore vraiment ? Avec ce conflit de taille, on assisterait à une profonde perturbation des rapports sociaux, au point de diviser définitivement l’humanité en deux branches bien distinctes.

Les créateurs ont compris qu’ils tournaient en rond, soit en grossissant le bonheur/malheur consumériste soit en appuyant sur les contradictions sociétales. Ils ont donc obliqué au milieu du film vers la question écolo. Un virage abrupt et dérangeant.

L’écologie est à la mode.

Ces questions, basées principalement sur la profonde perdition supposée de la planète, font le bonheur de ces nouveaux ascètes ; ceux qui jubilent dans la pénurie.

On agite donc les mantras habituels.

Plus petit tu es, plus réduite sera ton empreinte carbone et ta consommation. Petits comme cela tu peux en caser des centaines de milliards sur la petite Terre !

Et puis les grands sont supposés avoir saccagé le monde, nuit à la biodiversité, crevé la couche d’ozone, ralenti le gulf stream, réduit le pôle nord et les glaciers. Et j’en passe car cela fait longtemps que je me suis lassé de cette messe.

C’est en gros le moteur de la deuxième partie.

Nos gaillards vont donc en Norvège rejoindre le très préoccupé initiateur de la réduction d’individus. Ce savant free-lance n’a pas de remords, bien au contraire. Pour lui la petite taille reste la solution à tous les maux du globe.

Non, il agit juste ici en tant que chef d’une bande de hippies cultivés, de la variante survivaliste. Des personnes conscientisées, tous plus grisâtres et bizarres les uns que les autres et qui ont construit un abri anti-fin-du-monde.

Sur le principe il n’a pas si tort que cela, les petits rongeurs enterrés s’en sont mieux sortis que les immenses dinosaures. Encore faut-il que la fin soit toute proche, sinon on risque de s’ennuyer ferme dans ce souterrain.

Le côté vêtement écru, barbe non entretenue, cheveux dans leur jus, ne contribue pas à donner bonne mine à ces machouilleurs de végétaux. Il y a maintenant un uniforme pour la décroissance. C’est tout ce qui s’approche de la grossière et rugueuse robe de bure. Ces flagellants se chargent de nos péchés et donc cela doit faire mal. Et le freinage est « matérialisé » par un comportement ultra-lent. On ne s’imagine pas ces nouveaux Jésus processionnaires en train de courir dans tous les sens, comme le premier excité venu. Convention de cinéma qui ne date pas d’hier. Cf les dix commandements et tous les films bibliques.

Matt Damon est le héros christique du film.

Il n’hésite pas à faire de l’amour-baise (dixit) avec une naine unijambiste vietnamienne. Laquelle a été réduite de force par le régime communiste et est entrée en douce aux USA, dans les interstices d’un petit emballage de carton.

Il faut dire que Matt a beaucoup grossi. Je veux dire en vrai, pas seulement dans le film. N’ayant plus le charme de sa jeunesse, il doit réviser ses ambitions amoureuses à la bais(s)e (dans le film cette fois). Et puis c’est aussi tendance, ce non-consumérisme sentimental. On fait avec les restes ici comme ailleurs. (je vais m’en prendre plein la tête avec des paragraphes iconoclastes comme celui-ci).

Ce n’est qu’en faisant le bien (même tout petit petit) qu’on existe. C’est vrai cela ?

Notre ami, tout dévoué aux pauvres gens souffrants, choisira d’aider son prochain au grand jour, plutôt que se cacher dans un tunnel norvégien. Il s’agit de caresser les lépreux, d’embrasser les tuberculeux, de lécher les plaies des HIV syphilitiques – là vraiment je force le trait.

La musique des anges bien pourrie complétera cette pitrerie para-chrétienne et écolo-survivaliste.

Ce film, qui dure 135 longues minutes, n’a pas plu au public. En tout cas au-delà de la phase initiale consumériste, à laquelle la plupart rêvent de participer. C’est fait pour.

Les critiques ont été tout autant déboussolées et n’ont pas répondu aux appels du pied de ces questionnements convenus – mais brouillés – du moment. En tout cas, c’est vrai pour la plupart.

Et ce n’est pas parce que le film serait trop ambitieux ou trop original, comme le pensent certains critiques. Et qualifier ce scénario de conte philosophique ferait se retourner notre bon Voltaire dans sa tombe.

Il ne faut pas se torturer inutilement la tête, un échec aux States, n’est pas forcément un signe de mérite, n’en déplaise à ces intellectuels franchouillards un brin pervers. Billy Wilder avait l’intelligence de comprendre que si un film ne passe pas, c’est qu’il y a forcément quelque chose qui cloche. Il s’appliquait cela à lui même. Qu’on se le dise.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Downsizing_(film)

Matt Damon
Kristen Wiig

Envoi
User Review
0 (0 votes)

Laisser un commentaire