Dracula (1992) 2/10 Coppola

(et paf, dans le nez!)

Décidément, Coppola est très inégal !


On lui doit certes Gatsby le magnifique de 1974, les deux premiers Parrain, Patton, et quelques autres. Mais cela ne l’a pas empêché de se ramasser complètement à plusieurs reprises, comme par exemple avec Cotton club (1984) – Apocalypse Now est juste entre le deux.

Ce Dracula est un infâme pot-pourri, fait d’emprunts divers et surtout maladroits.

A la base, il y a bien sûr une certaine lecture du livre de Bram Stoker. Mais il a fallu que les suppôts de Coppola fassent leur savant, en intégrant aussi des bribes de la vraie vie de Vlad Dracul, l’empaleur (Vlad Tepes). Or on sait que ces deux histoires n’ont pratiquement aucun point commun. Cela en devient juste plus confus. Ce n’était vraiment pas la peine de la ramener.

Et le scénariste James V. Hart s’est « amusé » à complexifier très inutilement l’intrigue, en liant des personnages qui étaient pourtant bien distincts. Ces rebondissements artificiels et malvenus, rajoutent du brouillage et finissent par épuiser le spectateur. Le long métrage n’avait vraiment pas besoin de cela.

Le film n’arrive pas à restituer l’effroi et la puissance des premiers opus muets, comme le Nosferatu de Murnau (1922). Une œuvre majeure qui a été reprise presque à la lettre par Werner Herzog (1979). Le style est épuré dans ces deux cas. L’acteur fétiche Klaus Kinski, qui est lui réellement déjanté, avait autrement de la gueule. On est bien loin du jeu d’acteur grotesque, de ce film de 1992.

  • Ces Nosferatu sont des Dracula authentiques. Simplement Murnau a changé les noms pour tenter d’échapper aux droits d’auteur. Dracula devient le comte Orlok.

Rien à voir non plus avec la composante sexuée du Bal des vampires (1967). Polanski a porté bien plus haut la belle ambivalence désir et viol vampirique. Sharon Tate et Fiona Lewis font bien mieux comme tentatrices « mordues », que la trop sage Winona Ryder. Avec elle, on dirait plus du Jane Austen que de l’horreur. D’ailleurs plusieurs scènes à Londres avant le drame, sont clairement dans cette mièvre tonalité.

Keanu Reeves est trop lisse, trop insignifiant (1992), comme d’habitude. Et l’interprétation de Polanski du même personnage est clairement plus lumineuse.

Et que dire de l’humour, plutôt rare, et qui tombe totalement à plat chez Coppola.

C’est le moment de citer l’hilarant Dracula, mort et heureux de l’être de Mel Brooks (1995). Avec un Leslie Nielsen qui donne le ton dans le rôle titre et un Peter MacNicol qui nous fait un Renfield de légende.

Mel Brooks vaut lui aussi son pesant de cacahuètes en Van Helsing. Dommage pour Anthony Hopkins. Mais il n’avait pas à se perdre dans ce film miteux de 1992.

Les rôles féminins de la réalisation de Brooks, sont bien vivants (si j’ose dire). Là également, le réalisateur a porté le film bien plus haut, tout en restant assez fidèle.

Il y a aussi de vagues régurgitations du Casanova de Fellini (1976) dans les maquillages et certaines mises en scène. Mais les grimages de 92 sont risibles et franchement mal faits. Les trucages sont pauvrets. Et Donald Sutherland dans ce Casanova délibérément excessif, avait autrement de la gueule.

Les bras fixés dans les murs et qui tiennent les flambeaux sont directement piqués à Cocteaudans La belle et la bête. Et il y a bien d’autres rapines comme celle-là.

Ici, le ton des acteurs est constamment ampoulé et suffisant. Coppola doit penser que cela fait anglais. Pourtant il a du mal à échapper à ses origines américaines. Il va même jusqu’à rajouter un authentique cow-boy dans l’intrigue !


L’histoire racontée ainsi est fumeuse et dépourvue de profondeur. L’intrigue est parcourue par un romantisme de pacotille. Les dialogues sont nuls en VO comme dans la version française.

La psychologie est réduite à néant.

Bref, un film outrageusement « grand public », et qui a été très lucratif, bien entendu.

A ce sujet, je suis dubitatif. Se peut-il qu’une bonne partie des spectateurs confondent judicieuse complexité et pénible confusion ? Tout se passe comme si le nuage de fumée avait valeur de densité pour les profanes. Ceux qui ne veulent pas chercher trop loin. Ce qui expliquerait cette course aux complications inutiles dans les réalisations, qui ne seraient alors que des faux-semblants d’intelligence.

D’où je parle ?

J’ai lu le livre de Bram Stoker. Et j’ai vu tous les films que je cite ici. J’ai même été visiter le château de ce bon Vlad en Transylvanie. Et vous ne me croirez sans doute pas quand je vous dirai que j’en ai même ramener de la terre. C’est pourtant vrai. Mais ce n’était pas pour faire prospérer de vampires en Alsace. Il s’agissait d’une bien innocente bravade humoristique à destination de ceux qui connaissent bien l’histoire. J’étais étudiant alors et sans doute un peu potache.

Je suis donc en droit d’être exigeant. D’où un 2/10 assassin, mais bien mérité. Et pan sur la tronche ! Quand un vampire m’agresse, je sors mon stylo rouge.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dracula_(film,_1992)


Gary Oldman

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Dracula (1992) 2/10 Coppola
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